Le droit d'aimer: Une romance M/M sur la découverte de soi (French Edition)

Chapitre 14

 

Nous avons convenu de nous retrouver mercredi en fin d’après-midi, à la plage. Je n’avais aucune envie d’aller dans un bar et encore moins dans un restaurant. Je veux que nous soyons libres de nos mouvements, que personne ne soit autour de nous et surtout, j’aimerais que nous puissions être naturels, sans aucune pression. Le rendez-vous est demain, mais ce soir j’ai envie de lui parler. Je lui envoie alors un message sur Match&Meet et ignore les matchs en suspens. Toutes ces filles doivent attendre une réponse, mais je ne ressens absolument pas le besoin de leur répondre.

Julian : Hello, ça va ? Comment s’est passée ta

journée ?

Léna : Hey ! Oui et toi ? Ça va, fatigante, mais

j’ai réussi ma nouvelle chorée 😊 Et toi ?

Julian : Ça va aussi. Oh cool ! J’ai fait une

montagne de macarons ce matin, on avait une grosse

commande.

Léna : J’espère qu’il en reste pour moi ! J’adore

ça ! Ils étaient à quel parfum ? 😊

Julian : Plus aucun à la boutique ! C’était au

chocolat et à la framboise, la cliente n’était pas très

originale.

 

Léna : Oh non ☹ Miam ! Parce qu’il y a plus

original ?

Julian : Bien sûr ! Mes préférés sont ceux à la

rose, ou au caramel !

 

Léna : Le caramel c’est la vie !

 

Julian : Totalement d’accord 😊

Léna : Tu te souviens quand je t’avais proposé un

jeu ?

 

Julian : Oui ?

Je m’en souviens très bien même, lorsque je lui en avais parlé lors de notre rencontre, elle avait semblé se renfermer et je ne sais pas si c’est une bonne idée d’en reparler, mais pourquoi pas.

Léna : Eh bien, ça te dit toujours ?

Julian : Bien sûr, et c’est quoi ton jeu ?

 

Léna : 2 vérités et 1 mensonge. Ça te parle ?

 

Julian : Yep, c’est cool 😊

Je suis véritablement curieux de jouer à ce jeu, cela me permettra d’en apprendre encore plus sur elle et je ne peux qu’apprécier ce genre d’initiative.

Léna : OK, alors je commence !

 

Julian : Vas-y, je suis prêt !

Léna : 1. Mon deuxième prénom c’est Sundy. 2.

J’ai toujours été douée au lycée. 3. Je veux ouvrir une

boutique de vêtements.

Julian : Je dirais que le mensonge c’est… le 3 ?

Léna : Raté !

Julian : Mmmh le 1 ?

 

Léna : T’es pas doué haha, c’était le 2.

Julian : Ah bah merde ! Je pensais que tu étais

une élève modèle et tout !

 

Léna : Non non ! Allez, à toi !

Julian : OK. Alors : 1. J’ai étudié en France. 2. Je

suis un pro au cluedo. 3. J’adore les petits pains aux

raisins.

 

Léna : La réponse 3 ! (J’espère que c’est ça,

parce que sinon on va pas s’entendre haha !)

 

Julian : Yes c’est ça ! Je déteste, rien que le goût

des raisins secs !

Léna : M’en parle pas, ça me dégoûte !

Je rigole tout seul au fond de mon lit et nous continuons notre jeu.

 

Julian : C’est ton tour 😊

Léna : 1. J’ai embrassé 2 mecs dans ma vie. 2. Je

n’ai jamais écrit de lettres d’amour. 3. Des filles ont

déjà voulu sortir avec moi.

Alors là, j’admets ne pas savoir du tout ! Elle est douée à ce jeu. Je réfléchis quelques secondes et finis par tenter :

Julian : La réponse 3 ?

Léna : Eh non, ça, c’est vrai.

Julian : Sérieux ? Et tu leur as répondu quoi ?

 

Léna : Que j’étais pas intéressée, haha !

Julian : Je vois. Bon du coup, je vais dire au

hasard la 2 ?

 

Léna : Tu t’améliores ! Oui c’est ça.

Donc elle n’a embrassé que deux mecs dans sa vie. Intéressant ce jeu.

 

Nous poursuivons toute la soirée, avec des réponses plus folles les unes que les autres. Et je ne vois pas le temps passer, si bien qu’il est déjà minuit. Je finis par lui dire bonne nuit, les yeux à moitié fermés devant mon écran. Nous nous disons à demain et je pose mon portable sur ma table de nuit, ferme les yeux et plonge dans les bras de Morphée.

 

Le réveil n’est étonnamment pas si difficile que ça, le smoothie de ma mère y est pour quelque chose. Il me booste et a le don de me réveiller instantanément. Le petit mot qu’elle a laissé me réchauffe le cœur. Elle est toujours au taquet, même si j’ai vingt ans, elle ne lâche pas ses traditions.

Ce matin, nous devons préparer un gâteau d’anniversaire, la cliente l’a commandé pour cette après-midi. Elle a commandé un cheesecake, mais je m’occupe de réaliser la décoration et mon père du cheesecake en lui-même.

Les baguettes sont au four et les viennoiseries en sortent tout juste. Je prépare les éléments pour la confection des fleurs en chocolat. La commande est notée sur le carnet de mon père. Je lui demande à travers la cuisine :

— Le nom de la personne, pour le gâteau, c’est quoi ?

— C’est pour le fils des Boja ! Calvin, je crois, je vais vérifier.

Je relève la tête, soudain arrêté dans mon mouvement et mes mains se figent à l’entente du prénom. Il ne manquait plus que ça. Je vais faire le gâteau d’anniversaire de ce connard ! La vie n’a pas fini de me donner des claques pareilles. Je prends sur moi pour ne rien montrer à mon père, il n’apprécierait pas que je m’énerve. Pour lui, un client est un client. Et le client est roi, comme on dit toujours. Du moment qu’ils paient, mon père s’en fout complètement. Mais peut-être qu’il ne penserait pas la même chose s’il savait ce que ce petit con a fait à Alex.

Je ne dis rien, préférant intérioriser tout ça. Il revient vers moi, les mains pleines de farines.

— Ouais, c’est ça. Tu dois écrire « Joyeux anniversaire Calvin ». Et dépêche-toi, on n’a pas toute la matinée. Tu dois encore faire les choux à la crème !

— OK. Et c’est tout ce qu’il reste ? demandé-je prudemment en guettant sa réaction.

— Les éclairs aussi, répond-il froidement.

— D’accord, un petit mot aimable serait pas de trop, chuchoté-je plus pour moi que pour lui.

Mais il m’a entendu. Il se retourne et d’un regard, je comprends que j’ai été trop loin.

— Julian ! Je t’ai connu plus respectueux. Fais ce que je te dis.

Je ne réponds rien et me remets au travail. Je n’ai qu’une envie : écraser toutes les fleurs en chocolat blanc que j’ai confectionnées. Je prends plusieurs grandes inspirations et me dis que je fais ça pour quelqu’un d’autre. Cela m’aidera à faire mon travail correctement. Mais je n’en reviens quand même pas, on dirait que la vie se fout de ma gueule. Comme si j’avais envie de réaliser une belle décoration maintenant ! Je lève les yeux au ciel et me reprends. Sur la plaque en pâte d’amande, j’écris de ma plus belle écriture le prénom de Calvin, tout en repensant à l’autre soir où il nous a avoué fièrement avoir frappé mon frère. Quel connard !

***

 

 

J’arrive au lieu de rendez-vous que nous nous sommes fixés avec Léna. Elle a un peu de retard. Surfside n’est pas très loin, mais si elle vient à pied, il y a au moins vingt minutes de marche jusqu’à la plage.

En l’attendant, j’allume une cigarette pour me détendre. Je ne stresse pas autant qu’à notre première rencontre, mais j’ai peur qu’elle soit comme ce jour-là justement. J’espère au fond de moi retrouver la Léna d’hier soir, celle avec qui je peux rigoler et avec qui j’ai plein de choses à raconter.

J’aperçois quelqu’un venir vers moi, mais ce n’est pas Léna. Plus la personne s’approche, plus je me rends compte que je le connais.

Lyam, le meilleur ami de Léna.

— Salut, dit-il assez bas.

— Salut. Léna n’a pas pu venir ? Il y a un problème ? l’interrogé-je.

Il me scrute, mais ne répond pas tout de suite. Après de lourdes secondes d’hésitations, il se reprend, comprenant que j’attends une réponse :

— Léna ne viendra pas, dit-il simplement.

— Euh… D’accord. Et pourquoi, elle va bien ? demandé-je hésitant.

Il passe d’une jambe à l’autre et regarde au loin derrière moi, comme s’il fuyait mon regard.

— Qu’est-ce qui se passe ? Il lui est arrivé quelque chose ?

— Non, non, elle va bien.

— Lyam ? Pourquoi est-ce que Léna n’est pas là ? Et surtout, pourquoi est-ce que toi, tu es là ? m’inquiété-je d’un coup en écrasant ma cigarette.

Il prend une profonde inspiration, me fixe gravement et après plusieurs tentatives de prises de paroles, il arrive enfin à articuler :

— Il n’a jamais été question de Léna.

Il balance ça de but en blanc, sans rien ajouter.

— Comment ça ? dis-je, choqué.

— Léna n’était qu’un prétexte… Je… S’il te plaît, écoute-moi.

Je commence à reculer, c’est plus fort que moi. J’ouvre la bouche, laissant mes lèvres former un petit « o » et je ne sais pas si c’est ce que je crois, mais mes mots bloquent dans ma poitrine. Je n’arrive pas à réagir.

Il s’approche de moi et continue :

— Je ne sais pas comment te l’expliquer… Mais…

— Mais quoi ? arrivé-je à lâcher.

— C’est avec moi que tu parlais sur Match&Meet.

Il lâche la bombe, comme on lâche un rocher dans la mer.

J’ai l’impression qu’on m’a poussé à l’eau. Je n’arrive plus à respirer. Je ne peux pas remonter à la surface. Je suis submergé par mes émotions : de l’incompréhension, suivi par la colère.

— Qu… Quoi ? Mais… Mais non, j’ai vu Léna… Et on a eu…

— J’étais là.

— Oui, mais c’est Léna qui est inscrite et je suis…

— J’ai pris l’identité de Léna… Parce que…

— Parce que quoi ? Ça t’amuse de jouer avec les gens ? ragé-je.

— Je voulais parler avec quelqu’un…

Je continue de reculer, mais il me retient en me prenant le bras.

— T’en va pas, laisse-moi t’expliquer… Je suis désolé, Julian, mais pars pas.

Je ne sais pas quoi faire, je suis tellement abasourdi que je ne contrôle plus rien. Je sens monter mes larmes, parce qu’une partie de moi a envie de rester, une part de moi a envie de l’écouter. Mais une autre part de moi crie de partir, de m’enfuir, de ne pas rester là, de ne pas écouter cet escroc.

Pourtant, je reste planté devant lui. Lyam lâche mon bras et je me surprends à fixer ce point de contact entre nous. Je ne sais plus ce que je ressens.

— Julian… Je suis vraiment désolé. Je voulais tout arrêter après t’avoir rencontré. Mais, c’était plus fort que moi. Nos conversations, tout ça, c’était réel.

— Tu me parlais de confiance, putain ! crié-je encore sous le choc.

Il baisse les yeux vers le sable. Il pousse un long soupir et relève la tête face à moi. Son regard bleuté se replonge ensuite dans le mien.

— Je sais… J’aurais jamais dû faire ça, mais tout ce que je t’ai dit, tout était vrai. Je n’ai jamais menti sur tout ça…

— Et la danse ? Et la vidéo ? Et Léna, c’est qui pour toi ? Et…

— Je suis danseur, on est partenaire depuis de longues années, me coupe-t-il. Mais il ne s’est jamais rien passé entre nous… Parce que je suis…

— Parce que tu es quoi, hein Lyam ? énoncé-je presque en larmes.

— Parce que ce qui m’attire, c’est pas elle, c’est pas les meufs… C’est toi, c’est toi qui m’attires, Julian.

— Tu es… ? demandé-je sans finir ma question.

— Je suis gay, oui Julian. Je sais que ça doit te faire un choc… Mais j’aimerais que tu réfléchisses…

— Que je réfléchisse à quoi, putain ? le coupé-je dans son élan.

Il me prend le bras, mais je me dégage brusquement. Il recule d’un pas et lève les mains vers moi.

— OK, tu n’es pas prêt. Je le sais. Mais Julian, sache que tout ce dont nous avons discuté, tout était vrai. On s’entend bien, à travers un écran, certes, mais écoute-moi, tu me plais énormément et je sais que c’est dur à entendre, mais promets-moi d’y repenser… Je ne t’ai jamais menti sur ma vie, sur ma passion, j’ai toujours été sincère…

— Sauf sur qui tu étais, lancé-je agressif.

— Mais je suis désolé, se plaint-il.

— Lyam, tu t’es fait passer pour Léna, bordel ! Et Match&Meet, ils n’ont pas un modérateur pour vérifier les identités ?

— Léna existe…

— Et elle était au courant pendant tout ce temps ?

Il acquiesce.

Je passe ma main dans mes cheveux, je ne sais plus quoi ajouter. Comment aurais-je pu imaginer cette révélation en venant ce soir au rendez-vous proposé par Léna, enfin Lyam ?

Et soudain, c’est trop pour moi, ma tête ne suit plus mes sentiments. Je craque.

— Mais putain, tu es au courant que je pensais sortir avec Léna ? Et toi là, tu débarques, tu m’annonces que ça a toujours été toi avec qui j’ai parlé ? Tu crois que je vais réagir comment ? Tu croyais que j’allais te dire quoi ? Désolé, mais c’est trop pour moi, je peux pas, c’est…

— Julian ! tente-t-il de me rattraper.

— Lâche-moi ! Je… Je ne peux pas !

Je pars en courant et le plante là, sur la plage de Bal Harbour. Ce que je ressens me perturbe tellement que je préfère continuer de courir, même si je ne suis pas habillé en conséquence.

Des larmes de rage coulent le long de mes joues et je cours, encore et encore, toujours plus vite. Je me pose mille questions. J’essaie de couper mon cerveau, malheureusement il en a décidé autrement. Je déteste ces sentiments.

Je ne peux pas m’empêcher de me dire que ça ne me déplaît pas autant que je le voudrais. Non ! Merde, je ne peux pas être attiré par les mecs ! Ce n’est pas possible, je pensais parler à Léna, c’est avec elle que je voulais être, pas avec Lyam.

De nombreuses choses dans nos conversations me paraissent soudain limpides. Il y a eu tellement de moments où j’aurais pu comprendre que ce n’était pas Léna, mais en même temps comment aurais-je pu le deviner ?

Putain, ma tête va éclater ! Je n’ai plus aucun souffle. Je m’arrête d’un coup et me plie en deux, me déplie et crie de toutes mes forces.

Là, au milieu de la plage, face à la mer, seul.

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