Le droit d'aimer: Une romance M/M sur la découverte de soi (French Edition)

Chapitre 4

 

La garce, elle avait raison.

Je n’ai pas regardé mon téléphone de toute la soirée, préférant regarder une série, et j’ai reçu une dizaine de messages sur ma boîte de réception Match&Meet. En à peine quelques heures, mon profil a été vu plus de cent cinquante fois. Je n’en reviens pas, je trouve cela presque irréel.

Pourtant, lorsque je me suis réveillé ce matin, j’avais bien une dizaine de notifications sur mon téléphone. Je profite de ne pas travailler aujourd’hui pour rester un peu plus tard au lit. Nous alternons les week-ends avec le deuxième pâtissier de la boutique. Mon père a fait en sorte que nous puissions profiter de nos fins de semaine au moins deux fois par mois.

Je débranche mon téléphone de son câble et me connecte à l’application Match&Meet. J’ai l’impression d’être excité et réticent en même temps à l’idée de parler à des inconnues. Je me dis que je devrais commencer par explorer l’interface avant de répondre à un quelconque message.

Les photos des filles sont très différentes. Il y en a qui mettent leurs atouts en avant, enfin beaucoup trop à mon goût. Certaines ont des photos où elles sont de profil, littéralement, si bien qu’on ne voit pas vraiment à quoi elles ressemblent. Il y a un peu de tout, je regarde certains comptes, lis les descriptions et leurs centres d’intérêt, mais aucune ne retient vraiment mon attention. J’ai l’impression qu’elles écrivent toutes la même chose : qu’elles sont sportives, qu’elles aiment la musique, le cinéma, les sorties et les nouvelles rencontres. On ne va pas vraiment plus loin que ça. Lorsque je remarque une photo qui frôle carrément l’indécent, je hausse les yeux au ciel et me dirige directement sur mes messages privés.

 

Dix messages m’attendent. Je les ouvre un par un :

Marie J. : Salut Julian ! Ton profil m’a beaucoup

intéressée. On se rencontre ?

Mais c’est quoi ce genre de message ? Il ne faut pas d’abord apprendre à se connaître avant de se rencontrer ? Je retourne en arrière et ouvre le deuxième :

Tina G. : Salut bb, t’as d’autres photos de toi ?

OK, là je suis carrément rebuté par les sites de rencontres. Curieux malgré tout, j’ouvre les messages suivants et ils se ressemblent tous, à croire que ce sont des robots qui me les ont envoyés.

Les photos ne m’attirent pas du tout, elles ont beau mettre leurs seins en avant, ce n’est ni joli ni excitant. Tous les autres messages sont du même type…

Mais je remarque qu’il n’y a pas que des messages privés, il y a aussi la possibilité de faire des « match ». Je trouve le concept beaucoup plus intéressant, c’est étrange d’envoyer un message à quelqu’un dont on ne sait même pas si on lui plaît.

Je clique sur le cœur en haut à droite, qui signifie les matchs à valider et y découvre quatre filles ayant fait une demande de match. Une photo parmi les quatre retient mon attention et son prénom me plaît : Léna H. Elle est blonde, avec une frange qui descend jusqu’un peu au-dessus de ses yeux. Elle n’a pas beaucoup de maquillage, et sa photo semble naturelle. J’apprécie ce genre de simplicité. J’appuie sur son prénom et arrive sur son profil. Ce que je lis me plaît plutôt bien. Elle fait de la danse, ce qui est original, du moins sur le site, apparemment. Elle aime la mer, les choses simples de la vie et la mode. Au moins, elle n’a pas écrit les banalités que j’ai pu voir sur les autres profils. Elle a de quoi retenir mon attention, je l’avoue.

Je cherche son âge ainsi que la ville où elle vit, mais rien n’est mentionné. Je me demande si cette personne existe réellement, je pensais pourtant que l’on devait renseigner notre ville impérativement. Peu importe, je réponds à sa demande de match et je clique sur le cœur à mon tour.

Je passe en revue les autres et clique sur un autre match avec une Sarah L. qui elle aussi m’a l’air plutôt sympa. Les minutes défilent et je me rends compte que j’ai passé plus d’un quart d’heure sur l’application. Je me lève enfin et prends une douche.

 

— Bonjour maman, dis-je en entrant dans la cuisine.

— Bonjour mon chéri, bien dormi ?

— Oui, tu n’es pas à la boutique ? l’interrogé-je étonné de la voir à la maison.

Elle lève les yeux de son journal et me sourit :

— Non, c’est Jennifer qui me remplace, je ne me sentais pas très bien hier soir, je lui ai demandé de venir pour aujourd’hui.

— Oh. Qu’est-ce qui se passe ?

Je sors un bol et des céréales du placard puis m’installe à la table.

— J’avais une grosse migraine. J’ai préféré prendre ma journée pour me reposer, souvent ça dure trois jours en plus. Mais ça va, t’en fais pas, me rassure-t-elle en se levant. Tiens, je t’ai préparé ton smoothie.

Elle sort le grand verre du frigo et avec un clin d’œil, elle me le sert.

— Merci !

Je le bois et savoure la fraîcheur des fruits mixés. Nous discutons de l’actualité et mon téléphone vibre sur la table. Je zieute l’écran et le retourne avant que ma mère ne lise à son tour.

Une notification de Match&Meet m’indique que j’ai reçu un message de Sarah L. Je ne le regarde pas tout de suite, elle peut bien attendre.

— Il est où Alex ? me renseigné-je.

— Il est sorti avec un ami, il revient avant midi normalement. Est-ce qu’il t’a parlé ?

— De quoi ?

— Je ne sais pas…

Je sens qu’elle est gênée.

— Est-ce que ça va pour lui, au lycée je veux dire ? me demande-t-elle plus directement.

Je reprends ma respiration après avoir avalé une cuillère de céréales.

— Ouais, je crois. M’enfin, il m’a rien dit de spécial, mais…

— Je m’inquiète, je ne sais pas s’il nous dit la vérité… me coupe-t-elle.

— À propos de… ?

J’attends une réponse, mais je sens qu’elle réfléchit avant de formuler le reste de sa phrase.

— Hier soir, il m’a dit qu’il y avait une grève à son lycée et qu’il était avec des potes.

— Ah oui, je l’ai même vu rentrer et il est ressorti aussitôt, expliqué-je à ma mère inquiète.

— Ah. Mais quand je suis rentrée, j’avais un message du lycée qui me disait qu’Alex a été absent tout l’après-midi… Et je l’ai aperçu au skate park, seul, les écouteurs dans les oreilles.

— Ses potes ont dû partir, je ne sais pas… tenté-je de trouver une explication. Mais pourquoi est-ce qu’il aurait séché par contre ?

Ce qu’elle me dit m’inquiète moi aussi, Alex a toujours été un mec joyeux et sans problème. Pourtant, il m’a tout l’air d’y avoir un souci avec ce que ma mère vient de me dire. Il faut que j’éclaircisse la situation. Je lui promets alors de lui parler pour mettre au clair cette histoire de grève.

 

J’ai un entraînement de basket cette après-midi et notre coach ne va pas nous lâcher cette fois. Nous devons être au meilleur de notre forme pour le match de la semaine prochaine. Je traîne la plupart du temps avec Victor et je le vois qui m’attend devant la salle.

— Salut mec, t’as une petite mine ! lui fais-je remarquer.

— La nuit a été courte, si tu vois ce que je veux dire…

Un sourire espiègle collé au visage et je comprends où il veut en venir.

— Je ne veux aucun détail ! m’exclamé-je.

Il me tend une clope et nous tirons plusieurs taffes avant de rentrer. Si le coach nous voyait, il nous tuerait. Nous savons que c’est totalement incohérent de fumer avant de faire du sport et que cela réduit nos capacités de respiration et de récupération, mais c’est plus fort que nous. Je fume depuis plusieurs années déjà, et le coach m’a fait la morale plus d’une fois pour que j’arrête. Malgré tout, je n’ai jamais réussi. Du moins, je n’ai jamais essayé serait plus juste.

Victor me raconte quand même sa soirée avec sa nouvelle conquête de la semaine, mais je ne l’écoute que d’une oreille. Ce n’est pas si intéressant de savoir comment il a réussi à fourrer sa langue dans la bouche de la fille et dans quelle position. Je fais mine d’écouter, mais je préfère lorsque nous parlons d’autres choses que de meufs.

 

L’entraînement passe très vite, nous suons plus qu’autre chose. Il faut le dire, notre équipe est loin d’être douée et aux vues des personnes qui la composent, cela ne m’étonne pas. Je n’ai jamais été très doué non plus, mais je me débrouille à mon niveau. Victor aime évoluer en solo, mais ce n’est pas ce qui fonctionne au basket. Malgré tout, notre entraîneur s’applique à nous expliquer chaque mouvement et chaque étape de défense ou d’attaque.

Je réussis à oublier l’espace de quelques heures l’application de rencontre et le fait que des messages m’attendent sûrement, bien sagement dans mon téléphone.

 

Mon frère est rentré en début d’après-midi, ce qui a inquiété ma mère puisqu’il avait dit qu’il rentrerait pour le repas. Finalement il a mangé chez un pote. Je n’en suis pas convaincu, j’essaie de frapper à sa porte, mais il reste muet. Il doit être en train de jouer ou d’écouter de la musique avec le casque.

J’essaie de rentrer dans sa chambre, mais je me retrouve devant une porte close. Fermée à clé. Cela ne ressemble pas du tout à Alex. Je laisse passer pour ce soir, me disant que je lui parlerai demain au petit-déjeuner.

À vingt heures, alors que le soleil commence à se coucher, j’en profite pour aller faire encore un petit tour de quartier. J’enfile un short et un t-shirt ample, mes écouteurs dans les oreilles et me voilà prêt pour aller courir.

Généralement, les entraînements de basket ne m’épuisent pas au point de ne plus pouvoir faire de sport de la journée. La musique à fond dans mes oreilles, j’oublie un peu tout et me laisse porter par la mélodie. Mes voisines profitent toujours du spectacle, je les vois à chaque fois près de leur fenêtre à me reluquer lorsque je passe devant chez elles. Cela me fait rire, et je n’ai jamais rien dit.

 

Je cours le long de la plage et même si nous sommes à Bal Harbour depuis dix ans, je ne me lasserai jamais de cette vue. Le coucher de soleil est magnifique. J’aperçois un jeune couple au loin, main dans la main en train de marcher dans le sable. Ils se rapprochent et se prennent en photo avec la vue. Cela me rappelle encore une fois que je suis seul et que je n’ai personne avec qui partager ce moment. Je pense alors à Roxane et m’arrête prendre une photo que je lui envoie. Elle me répond aussitôt :

Roxane : Trop beau ! Profite ;)

J’ai envie de lui répondre avec qui profiter, mais je m’abstiens. Je sais qu’elle me ferait à nouveau la morale et me demanderait comment se passent les rencontres sur Match&Meet.

Roxane : Alors, Match&Meet ? Des matchs ?

Des messages ? Des meufs ?

Oups, j’ai parlé trop vite.

Julian : Ouais, j’ai eu des messages et des

matchs. Mais je sais pas. 

Roxane : Tu sais pas quoi ? Arrg Julian tu

m’énerves ! Parle-leur !

 

Julian : C’est pas aussi facile que ça, je leur dis

quoi, hein ?

Roxane : Parle-leur comme tu me parles à moi,

sois naturel !

Soudain je ressens une appréhension. C’est vrai quoi, qu’est-ce que je vais bien pouvoir leur écrire ? Je verrouille mon téléphone, ne répondant pas à Roxane. Je fais chemin arrière en courant jusqu’à chez moi. La chaleur descend peu à peu et c’est agréable de se défouler à travers les rues de Bal Harbour.

 

Ding. — Nouveau message de Léna H.

Je glisse mon doigt sur la notification. Cette fois je prends mon courage à deux mains et me décide à répondre.

Léna : Salut Julian, comment tu vas ? J’ai vu

qu’on a eu un « match ». Je n’ai aucune idée de

comment démarrer la conversation, je t’avoue que

c’est la première fois que je m’inscris sur un site

comme ça… Alors voilà, j’ai entamé la discussion, à

toi de me dire si tu as envie qu’on parle 😊

Ce message me fait sourire, c’est une façon plutôt originale d’entamer une conversation. J’admire déjà son courage de l’avoir fait en premier. Si cela ne tenait qu’à moi, je crois qu’on y serait encore d’ici six mois sans que j’aie envoyé le premier message.

Le message de Sarah L. est totalement différent et me refroidit davantage :

Sarah : Cc bg, c cool que tu ai match avec moi.

Ca va ?

L’entrée en matière est diamétralement opposée à celle de Léna et j’avoue avoir une préférence à échanger dans un véritable anglais plutôt qu’avec des abréviations.

Je retourne sur le message de Léna et y réponds. Je commence et recommence plusieurs fois à écrire. Ne sachant que répondre d’aussi bien qu’elle, je réfléchis un moment avant de finalement lui envoyer un message relativement nul.

Julian : Salut Léna. Je vais bien et toi ? C’est la

première fois pour moi aussi. Ce serait cool de

discuter ! Je m’imagine si on avait cette

conversation dans la vraie vie… Je te dirais d’abord

que je m’appelle Julian et que je suis enchanté de te

rencontrer ! J’ai 20 ans et je suis pâtissier, et toi ?

😉

Je ne suis pas vraiment satisfait, mais il faut bien envoyer quelque chose. Je suis quasiment certain qu’elle ne me répondra pas de toute façon…

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