Le droit d'aimer: Une romance M/M sur la découverte de soi (French Edition)

Chapitre 23

 

La vidéo se met en route beaucoup trop forte et nous fait sursauter, rompant le charme de ce moment. Il met pause et baisse le volume. Je m’approche de lui sur la couverture et nous regardons la vidéo sur le petit écran de son téléphone. Nos épaules se frôlent et cela me fait tout drôle.

La vidéo démarre, bien que ce soit tourné dans la salle de répétition, il n’y a pas un bruit parasite. Les notes de la chanson « Minefields » de Faouzia et John Legend résonnent et Lyam se met en mouvement au même moment. Ses bras se déplacent avec grâce, son corps semble peser le poids d’une plume et ses mouvements correspondent au rythme et à l’intensité de la chanson. Je suis sous le charme. Indéniablement.

Il a ce petit quelque chose qui vous fait vous sentir bien à ses côtés et regarder cette vidéo me fait prendre conscience que j’ai envie de tout connaître de lui.

« Ooh-ooh, these minefields that I walk through

Ooh-ooh, what I risk to be close to you

Ooh-ooh, these minefields keeping me from you

Whoa, what I risk to be close to you »[2]

Le refrain remplit tout l’espace entre nous et des frissons me prennent par surprise. Lorsque la chanson s’arrête, je respire à nouveau, comme si j’avais retenu mon souffle pendant tout le temps de la vidéo.

— C’était énorme Lyam ! Sérieux, t’as un talent de ouf !

— Merci…

Il coupe son téléphone, le range à nouveau dans sa poche et ne voulant pas m’étendre sur ce que j’ai ressenti, je propose que nous mangions les sushis.

La conversation se veut très naturelle. Finalement, tous mes doutes s’envolent. Il me met très à l’aise et il n’y a strictement aucune gêne entre nous. Nous rions, parlons de tout et n’importe quoi, et ça fait du bien.

Le soleil se couche à l’horizon sur l’océan et nous profitons de ce moment pour aller mettre les pieds dans l’eau. C’est un peu froid, mais justement je crois que cela nous fait du bien.

— Et donc, ce rendez-vous, il signifie quoi pour toi ? demande prudemment Lyam en regardant au loin.

J’hésite. Que répondre ? Je ne voulais pas vraiment me poser cette question, mais je suis forcé d’admettre qu’elle est légitime venant de sa part.

— Je…

— Si tu ne sais pas, Julian, c’est pas grave, vraiment, me coupe-t-il dans mon élan.

— Si… C’est juste que je ne suis pas certain d’être prêt à l’admettre… Enfin, pas à l’admettre, mais à…

— Le dire tout haut ?

Je ne réponds rien, mais croise son regard et cela suffit à ce qu’il me comprenne.

— Tu sais, tu n’es pas obligé de le crier haut et fort. Pense juste à ce que tu veux vraiment au fond de toi. Et dis-le-moi. C’est tout. Je ne te demande rien de plus. Je te demande juste d’être honnête avec moi, et je pense que ces dernières semaines tu as eu le temps de réfléchir à tout ça…

— Oui, j’y ai beaucoup réfléchi. Disons que tu me plais, Lyam.

Oh, je viens de lui dire ça, vraiment ?

Ses lèvres s’étirent en un petit sourire en coin et il répond :

— Tu me plais tellement, si tu savais !

— Je crois que je veux la même chose que toi… Mais je ne suis pas certain de réussir à le dire à d’autres personnes pour le moment.

— C’est tout ce qui te bloque ? L’appréhension du regard des autres ?

Je me sens honteux de lui avoir avoué ma peur, mais en même temps je dois être honnête envers moi-même et envers lui.

— Je crois…

— Oh Julian ! Tu sais, tu n’as aucune obligation de faire un coming out. En fait, je dirais même que c’est un peu surfait… Pourquoi est-ce qu’on devrait le dire après tout ? C’est notre vie, nos choix et personne ne vit à notre place. D’ailleurs, pourquoi est-ce que ça dérange tellement ?

Il fait une pause et je continue de l’écouter tout en bougeant mes pieds dans le sable sous l’eau.

— Il faut que tu comprennes quelque chose, les relations que tu as n’engagent que toi et ton bonheur ne dépend que de toi. Pas des autres. Si tu as envie d’une chose plutôt qu’une autre, pourquoi est-ce que ça serait défendu ? Si tu es attiré par les mecs, bah sache qu’on est nombreux dans ce cas-là et que c’est en aucun cas une honte. Tu n’es pas seul. Et tu emmerdes ceux qui pensent le contraire !

Ce qu’il me dit me fait réfléchir et soudain il me prend par la main.

— Tu vois ? J’ai envie de te prendre la main, bah je le fais. Ça te dérange ? demande-t-il tout bas.

— Non…

— Bien. Alors, ne te pose plus de questions. On est bien là, non ?

— Oui, tu as raison…

— Je ne sais pas si j’ai raison, mais en tout cas c’est ma façon de voir les choses… Je sais que ça peut paraître insurmontable et difficile au début… Mais crois-moi, l’amour est le même entre deux hommes, deux femmes ou une femme et un homme.

— C’est certain… chuchoté-je presque plus pour moi que pour lui.

— Bon ! Je crois que tu as amené des bonnes choses… ?

Il me fait face et son sourire espiègle me fait éclater de rire !

— Macarons au caramel, tes préférés, n’est-ce pas ?

Nous nous dirigeons vers notre emplacement et je sors la boîte de mon sac. Il me regarde presque avec des cœurs dans les yeux.

— Toi, tu sais me parler !

Nous mangeons notre dessert et le temps file à une vitesse folle. Nous décidons de rentrer vers vingt-trois heures trente puisque je travaille demain matin.

— Je te ramène ? me propose-t-il.

— Oui, si ça te fait pas un détour ?

— Aucune importance, tu vas pas rentrer à pied à cette heure-ci !

— Si t’insistes.

Nous montons dans sa voiture, j’apprends alors que c’est la sienne. Il l’a reçue à ses dix-huit ans et je suis impressionné. Les sièges en cuir sont encore comme neufs et l’intérieur est très classe. Il branche son téléphone à la voiture et me laisse choisir la musique. Je le guide jusqu’à chez moi et lorsque nous arrivons devant ma maison, je ressens comme un pincement au cœur de devoir le quitter aussi tôt.

— C’est ici, dis-je d’un ton monocorde.

— Tu as l’air ravi de rentrer, ironise-t-il.

— Je suis fatigué, c’est tout et puis…

— T’en fais pas, on se reverra, n’est-ce pas ?

— Oui, dis-je en souriant.

— Tu connais la série Élite ?

Je hausse un sourcil, perplexe, ne comprenant pas pourquoi il me pose cette question soudaine.

— Euh, ouais, pourquoi ?

— Tu ressembles beaucoup à Aron Piper qui joue Ander, je trouve…

— Ah bon ?

Je pose une main sur la portière dans l’optique de l’ouvrir et il se penche vers moi pour me chuchoter :

— Oui, et je le trouve sacrément sexy.

Il se redresse et ajoute :

— Bonne nuit, Julian !

J’ai un sourire béat sur le visage et je n’arrive pas à le retirer. J’ouvre la portière tout en le fixant et en lui disant :

— Bonne nuit à toi aussi.

Je sors de la voiture, il démarre aussitôt et au moment où je passe la porte d’entrée, je réalise. Putain, il a dit qu’il me trouvait sexy, non ?

 

***

 

Depuis cinq jours, je ne fais que penser au premier rendez-vous que j’ai eu avec Lyam. Il est la personne à laquelle je pense chaque soir avant de m’endormir et lorsque je me réveille. Je pense constamment à lui et nos conversations ne m’aident pas vraiment à y voir plus clair dans mes sentiments. Ou justement, peut-être que si. Puisque je n’arrive pas à me passer de lui. C’est complètement dingue quand j’y pense. Nous avons enfin quitté l’application Match&Meet. Je ne sais pas si nous sommes officiellement ensemble, parce que nous ne nous sommes pas encore embrassés. Mais une chose est certaine, nous passons tout notre temps libre à discuter par message. Nous avons échangé nos numéros le lendemain de notre date. Il n’était plus envisageable pour moi d’échanger avec d’autres personnes sur Match&Meet. Même si, soyons honnêtes, je n’ai aucune envie de parler à des filles.

J’ai passé ma soirée de dimanche soir avec Roxane, à tout lui raconter dans les moindres détails. Je sais qu’elle est heureuse pour moi et ça fait du bien de voir que pour elle aussi tout se passe bien avec Aron.

Aujourd’hui, je devais avoir entraînement de basket comme tous les jeudis, mais il a été annulé parce que le gymnase est pris pour une kermesse de l’école primaire du quartier. Je suis donc à la maison, dans la cuisine en train d’éplucher des pommes de terre pour ma mère. J’aimerais beaucoup lui parler de Lyam, mais j’ai peur qu’elle ne comprenne pas. Je n’ai pas envie de faire de coming out traditionnel… Il est hors de question que je réunisse ma famille dans le salon pour leur dire que je suis gay. Non, c’est inconcevable. Je m’attends au pire pour ce genre de scène. Mais je n’ai jamais parlé ouvertement du sujet avec ma mère. Si je connais les pensées de mon père à ce sujet, jamais ma mère ne s’est exprimée là-dessus. Je profite alors d’un moment rien qu’avec elle, pour la sonder indirectement.

— Tu as vu, il y a un couple de deux hommes qui est arrivé en ville, ils viennent souvent à la boulangerie !

— Ah oui, c’est Ash et Paul ! Ils sont super gentils, j’ai discuté avec eux la dernière fois. Tu les as vus quand ? se questionne-t-elle.

— Quand tu n’étais pas là une fois, c’est papa qui était au service et j’ai apporté les baguettes devant.

— Ah voilà ! Ils sont charmants, deux jeunes hommes bien élevés.

Ce qu’elle dit me rassure immédiatement, elle n’a pas l’air de relever leur homosexualité. C’est que cela doit lui paraître normal, et j’en suis ravi.

— Oui ! Apparemment ils sont cool.

— Pourquoi est-ce que tu me dis ça ?

— Oh pour rien, comme ça, je me suis souvenu d’eux, c’est pour ça !

— C’est parce qu’ils sont homosexuels ? Tu sais mon chéri, ils ont tout à fait le droit d’aimer qui ils veulent.

Oh mon dieu, elles pensent que je suis homophobe ! Je rigole intérieurement, parce que si elle savait.

— Ah mais oui, je sais maman ! Ils forment un beau couple, dis-je pour me rattraper.

Je me remets à éplucher mes pommes de terre sans rien ajouter. J’ai failli lui dire, mais je n’ai pas trouvé les bons mots dans ma tête et je ne sais pas si c’était vraiment le moment.

Mais bien sûr que si, c’était le moment idéal !

Je suis trop nul, j’aurais dû lui dire, mais je n’ai pas eu le courage. Il va bien falloir que je lui dise que je sors avec quelqu’un, un moment ou un autre. Mais pas pour l’instant, pas tant que rien n’est sûr avec Lyam.

 

***

 

Ce dimanche, la boulangerie est fermée et pour une semaine. Mes parents ont pris des congés, pour pouvoir souffler. Cela ne dure rarement plus d’une semaine, mais ça leur permet de récupérer de l’énergie.

Pour le repas, mes parents ont invité des amis à eux et j’ai invité Roxane. Mon frère dort encore et pourtant il va bientôt être midi. Je toque à sa porte, mais il répond qu’il arrive, donc je n’insiste pas.

Roxane vient d’arriver. Je descends afin de l’accueillir et nous sortons sur la terrasse pour préparer la table. Les amis de mes parents ne sont pas nombreux, nous les connaissons depuis notre arrivée aux États-Unis. Ils habitaient dans notre quartier, mais ont déménagé un peu plus loin de Bal Harbour il y a deux ans.

Mon père sert l’apéritif à tout le monde et Sarah, l’amie de ma mère, s’approche de Roxane et moi.

— Alors Julian ! Tu nous la présentes quand ta petite amie ? m’interroge-t-elle avec un beau sourire.

— C’est vrai ça ! Tu tardes à nous en présenter une ! surenchérit son mari.

Je ne réponds pas de suite, abasourdi par sa question. Elle est pourtant si anodine, mais tellement déplacée finalement.

— Bientôt, et ça risque de vous surprendre ! répond Roxane à ma place.

Elle nous éloigne et Sarah a juste le temps d’émettre un « ah bon » rapide.

— Mais enfin, qu’est-ce qui t’a pris, Rox ?

Je m’assure que nous sommes assez éloignés des invités et continue :

— T’es sérieuse ? T’aurais pu me griller !

— Oh ça va, quoi ! J’ai failli le dire, rien que pour leur clouer le bec !

— Rox ! Bon, j’avoue je savais pas quoi répondre… Mais quand même !

— Mais quoi ? Après tout, pourquoi est-ce qu’on s’évertue à dire « petite amie » pour un mec et « petit ami » pour une fille ? Il y a de tout, merde quoi !

— J’avoue…

— Mais oui, sérieusement Julian, je me mets à ta place et ça m’énerverais tellement ce genre de question ou remarque ! Déjà de un, c’est pas une course, donc non tu ne « tardes » pas à leur présenter quelqu’un. Ça vient quand ça vient, point. Et de deux, je ne suis pas d’accord avec le fait que les adultes demandent toujours ça à un jeune s’il n’est pas en couple !

— C’est sûr, mais on y peut rien… C’est comme ça, dis-je platement.

— Non ! Il faut changer les mentalités, pourquoi est-ce qu’on ne demanderait pas plutôt « est-ce que tu es amoureux » plutôt que « t’as une petite amie » ? Parce que ça peut aussi bien être une fille qu’un gars ! Pour moi c’est plus neutre de dire « amoureux »…

J’admire cette fille, elle a toujours des idées folles, mais j’admets qu’elle a raison. Et si pour changer on arrêtait de demander le genre d’amoureux, mais plutôt si nous on est amoureux ?

— Oui, tu as raison. On devrait pas supposer la sexualité de quelqu’un, parce que clairement on ne peut pas savoir.

— Exactement ! Ahlala, je te jure, si seulement on pouvait changer les mentalités en un claquement de doigts !

Nous rejoignions finalement les invités et mangeons tous ensemble, sans encombre. Il fait beau et Roxane a décidé qu’on passerait l’après-midi ensemble à la mer. Nous allons donc bronzer, nager et ne rien faire à la plage. Une après-midi de pure détente, et ça fait vraiment du bien. Je pense toujours à Lyam et nous échangeons quelques messages dans la journée. Si seulement nous pouvions nous revoir rapidement…

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