Le droit d'aimer: Une romance M/M sur la découverte de soi (French Edition)
Chapitre 29
Les moments avec Lyam sont toujours trop rapides. Je ne vois jamais les minutes défiler. J’aimerais pouvoir rallonger les journées. En me réveillant ce matin, je vois trois heures quarante sur mon réveil. Je sais qu’il me reste seulement dix minutes pour me préparer si je ne veux pas être en retard au boulot. Mon père est déjà debout, je l’entends en bas. Il ne va pas me louper si je ne pars pas à l’heure de la maison.
Finalement, j’entends la porte claquer et je suppose qu’il ne se soucie pas de savoir si je suis réveillé ou non. Il attend que je sois en retard à la boulangerie pour me passer un savon si je ne suis pas à l’heure.
En quatrième vitesse, je sors du lit et me prépare pour partir. Je rejoins la boulangerie à pieds et presse le pas pour aller plus vite.
4h00.
Pile à l’heure.
Je m’attelle à mes tâches quotidiennes et mon esprit divague forcément vers Lyam. Aux alentours de sept heures et demie, je sors discrètement mon téléphone de la poche pour lui envoyer un SMS. Nous discutons régulièrement et je tente de ne pas me faire prendre par mon père.
La matinée se déroule sans encombre, l’apprenti me pose beaucoup de questions. Je lui apprends alors à faire les brioches tressées.
— Et les macarons ? Quand est-ce que j’en ferai ? demande-t-il impatient.
— Ah ça ! C’est un peu la chasse gardée ici !
Il hausse un sourcil en me scrutant bizarrement.
— C’est plutôt moi qui m’en occupe parce que j’ai eu des formations spécifiques en France. Mais on va voir pour que je puisse passer du temps pour t’apprendre ! ajouté-je.
— Cool ! Parce que les tiens sont une tuerie !
Nous rions et continuons à bosser.
***
Dans ma chambre, je prépare mon sac pour aller au basket. J’entends mon frère qui passe dans le couloir et je vais le voir. Il semble beaucoup plus serein qu’il y a quelques semaines. Je pense que ses nouvelles activités y sont pour quelque chose. La boxe lui redonne vraiment confiance en lui et il prend plaisir à se concentrer sur autre chose en plus du lycée. Je sais que ça n’a pas été facile pour lui, mais il se construit peu à peu une carapace pour ne plus se laisser atteindre par un quelconque harcèlement. Ça me fait très plaisir qu’il se prenne en main.
Arrivé dans les vestiaires du gymnase, notre coach est déjà dans les starting-blocks. Je mets mes chaussures pour m’entraîner avec l’équipe.
Nous passons deux heures intensives à courir, nous faire des passes et améliorer notre technique. Tout le monde est épuisé et le coach siffle la fin de l’entraînement. Nous entrons dans les vestiaires. J’ouvre mon sac pour chercher une serviette.
Je m’éponge la tête, bois un peu d’eau et là, mon téléphone s’allume sur le banc.
— C’est qui ça ? balance un de mes potes assis à côté de mon portable.
Il pointe du doigt l’écran de mon téléphone, où la photo de Lyam et moi est évidente. Nous nous enlaçons et sommes très proches. Le coucher de soleil en fond ne suffit pas à détourner son attention. Ma respiration se bloque instantanément.
Oh non.
— Personne, dis-je froidement en verrouillant l’écran.
— Eh les gars, Julian il a un nouveau pote… Enfin un copain, devrais-je dire ? assène-t-il en levant les yeux vers moi.
Je ne sais pas quoi répondre, mais je tente malgré tout :
— Mais non, c’est mon frère.
Il m’arrache le téléphone des mains et le rallume en le montrant à toute l’équipe présente dans les vestiaires. Victor n’est pas là, il doit être en train de discuter avec le coach. Mon cœur s’emballe, je n’ai aucune envie de leur avouer aujourd’hui, et encore moins dans ces conditions.
— Mec, c’est pas ton frère. Il ressemble pas à ça et là clairement vous avez le même âge, ajoute un gars.
— Oh putain, Julian, t’es gay ?
— Ça vous regarde pas, craché-je furieux.
— T’es dans notre équipe, bien sûr que ça nous regarde ! ajoute-t-il.
Je ne dis rien et prends mon téléphone de ses mains.
— Alors ça te fait quoi d’être ici avec que des mecs, hein ? Tu nous mates bien !
— N’importe quoi !
Putain, je ne sais pas du tout comment réagir et Mathis s’approche dangereusement de moi. Il me regarde d’un air sévère et je comprends qu’il ne doit pas trop apprécier la nouvelle.
— Tu sais ce que je leur fais, moi, à ces pédés ?
— Ouais, tu vas dégager de là et vite ! vocifère un autre de mes coéquipiers.
— Eh, les gars, calmez-vous, nan ? tente un autre gars de l’équipe, en vain.
Je suis contre les casiers, et malgré ma grande taille, j’ai envie de me faire tout petit. Je n’ai aucune envie de devoir me justifier, je ne sais même pas quoi leur dire. Je me sens minable. J’ai envie de me terrer au fond d’un trou, là tout de suite.
— On veut pas de toi ici ! T’es pas un vrai mec, tu fais plus partie de l’équipe !
— Ça change rien les gars, osé-je à peine dire.
— Bien sûr que si, ça change tout, putain ! Tu te tapes un mec ! J’ai aucune envie que tu mates mon cul !
Décidément, ils ne comprennent pas grand-chose.
— J’ai aucune envie de vous mater, détendez-vous ! lâché-je pour essayer de les calmer.
Je tente de me décaler vers le côté, pour ne plus lui faire face. Je veux partir d’ici, et vite.
— Où tu vas comme ça ? Attends, je vais te montrer ce que c’est un vrai mec !
Et sans prévenir, je reçois un uppercut dans le visage.
— Vas-y Mathis, montre-lui ! aboie un autre mec.
Je n’ai pas le temps de respirer à nouveau, qu’encore un poing frappe mon nez. Je crache du sang et là c’en est trop, j’essaie de me débattre. Je balance un coup à mon tour, mais il attrape justement mon poing et réussit à contrer mon attaque. Je ne comprends pas d’où vient cette violence, je ne les dérange pas pourtant. Je n’ai jamais rien fait qui puisse être déplacé envers eux et cela ne change rien à notre équipe. Mais Mathis ne semble pas du même avis. Pourquoi est-ce que je ne me défends pas plus ? Je sais pourtant que j’en ai la force, mais je n’en ressens pas. C’est bien trop rapide pour que je puisse réfléchir à ce qui m’arrive.
— Tu dégages de l’équipe, OK ? On veut pas d’une fille avec nous.
Ses paroles me donnent une gifle au même titre que ses poings, j’ai mal partout. Je tente encore une fois de me dégager et l’agitation dans les vestiaires a dû interpeller Victor et le coach parce qu’ils entrent en trombe et crient :
— Putain, il se passe quoi, là ?
Mathis se recule directement et s’en va en courant.
— Julian est gay, mec ! Sérieux, il se tape des gars !
Le coach poursuit Mathis, mais je ne suis pas certain qu’il réussisse à le rattraper. Tous les autres gars racontent alors qu’ils ont vu ma photo et Victor se tourne vers moi.
— C’est vrai ce qu’ils racontent ? se renseigne Victor, les yeux légèrement écartés.
Tout le monde se tait, me laissant la parole. Mais je sens déjà mes yeux gonfler, je ne vois plus bien de l’œil droit. Ma lèvre est ouverte, Mathis n’y est pas allé de main morte et sa bague au doigt m’a véritablement heurté.
Je sens du sang couler le long de ma joue, je dois avoir l’arcade ouverte. Tout est allé si vite, je n’ai pas eu le temps de réaliser ce qui était en train de se passer.
Pour toute réponse je baisse les yeux et hausse les épaules. Le coach revient à ce moment et nous ordonne de déguerpir des lieux. Il est furieux et nous crie dessus.
— La cohésion d’équipe, ça vous dit quelque chose ? Non, mais j’hallucine, croasse-t-il en posant son regard sur moi.
Je garde toujours la tête baissée et me précipite à l’extérieur en prenant mon sac.
— Julian, attends ! crie Victor. Mec, pars pas !
J’accélère le pas et des larmes coulent de mes yeux. Je ne peux pas les retenir. Victor me rattrape et m’interpelle :
— Julian ! Pourquoi ils ont fait ça ?
Je renifle bruyamment, le regarde et pour toute réponse, je lui dis :
— Parce que je ne suis pas comme eux.
— Comment ça ? C’est vrai ce qu’ils ont dit ?
— Oui.
Victor ne réagit pas sur le coup. Je me tourne et le laisse là, planté sur le parking du gymnase. Je marche vite jusqu’à chez moi.
Je passe la porte de ma maison et manque de chance, mes parents sont là, postés dans l’entrée en train de discuter. Mon frère n’est pas loin non plus, il sort de la cuisine et tous me regardent avec un air ahuri.
— Mais enfin Julian ! Qu’est-ce qui t’est arrivé ? s’affole ma mère.
Je ne réponds rien et elle continue en s’approchant de moi :
— Oh mon dieu, mais c’est grave ! Oh mon dieu, Julian.
Mon père quant à lui fronce les sourcils et de son air dur, il gronde :
— Aucun de mes fils ne sera donc capable de se défendre correctement ?
Je lâche mon sac et ma mère me prend dans ses bras. Alex arrive derrière moi et pose une main sur mon dos. Je prends tout le réconfort que je peux, alors que j’entends encore mon père râler. Mais les sons ne parviennent plus à mon esprit. Je suis trop secoué pour réagir et je n’ose pas leur raconter pourquoi. J’ai le visage en sang, je sens mes lèvres me tirailler et ma tête tambourine comme si j’étais dans une fête foraine.
— Mon chéri, raconte-moi ce qui s’est passé, viens avec moi, me dit doucement ma mère.
Mon petit frère nous suit, et nous allons dans la salle de bain. Elle commence par sortir la trousse de secours et cherche de quoi désinfecter les plaies. Mon père est furieux, il se met dans l’embrasure de la porte et crache :
— Julian, t’es donc incapable de frapper le premier ? Faut avoir des couilles pour se défendre, bordel ! Visiblement, toi t’en as pas ! Putain, qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?
— Luke, écoute, c’est pas le moment. Va voir ailleurs, assène froidement ma mère à son attention.
Il fait les gros yeux, mais s’en va, sûrement plus parce qu’il n’a pas envie de se disputer avec elle, que parce qu’il n’a plus rien à ajouter.
Elle me tapote les lèvres et ça pique. Je ne peux m’empêcher de serrer les dents et de faire la grimace. Mes larmes coulent toutes seules et je ne sais pas quoi faire, quoi dire.
Je préfère ne rien leur raconter. C’est trop dur.
— Bon, tu veux rien me dire, d’accord, mais parles-en peut-être avec ton frère ? Mais là, je crois que tu vas devoir aller aux urgences. Il faut des points de suture.
— Quoi ? Non, pas la peine, dis-je.
— Si ! Je crois que ce serait mieux pour toi.
— Mais non, laisse. Je vais le faire moi-même.
Je lui prends les cotons des mains et appuie fort là où ça fait mal. J’ai l’impression de mourir de l’intérieur, parce que ce ne sont pas sur les plaies que ça fait mal. Mais j’ai mal au cœur. Lorsque je pense à Lyam, mon cœur se contracte, mon ventre se tord et je ne peux m’empêcher de penser à leurs paroles assassines.
Je me lève, me pose devant le lavabo puis relève la tête vers le miroir. Ma mère est sortie chercher d’autres compresses. Je m’observe alors et prends peur lorsque je vois mon œil virer au bleu.
Mon téléphone vibre dans ma poche, ça doit être Lyam. J’ouvre difficilement son message et déchiffre les lettres à l’aide de mon œil valide.
Lyam : Qu’est-ce que tu fais de beau ? 😊
Lyam : Je pense à toi, tout le temps…
Je prends une grande respiration et lâche tout ce que je ressens depuis des semaines. La douleur est tellement intense que je m’écroule à côté de la baignoire, assis contre ses parois. La tête dans mes mains, je tente de me calmer, mais mes larmes redoublent lorsque mon frère entre dans la salle de bain.
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