Le droit d'aimer: Une romance M/M sur la découverte de soi (French Edition)
Chapitre 1
Ma meilleure amie a insisté pour que je vienne à la soirée organisée par des gars qu’elle ne connaît même pas personnellement. Ils viennent tous de sa promo de la fac, mais elle ne leur parle que superficiellement lorsqu’ils ont cours ensemble, quelques heures par semaine. Elle a jugé cool de s’être fait inviter et forcément, je me devais de l’accompagner. Je n’avais aucune envie de la savoir là-bas seule.
Alors me voilà à 21h, devant la porte de cet Alban, je crois. J’envoie un message à Roxane.
Julian : Je suis là, t’es où ?
Elle me répond presque dans la seconde et je rive mes yeux sur l’écran de mon téléphone :
Roxane : J’arrive dans 2 min ! Attends-moi !
Je lève les yeux au ciel. Bien sûr que je vais l’attendre. Il est hors de question que je débarque seul là-dedans alors que personne ne me connaît. La musique est forte, on l’entend depuis la rue. Mais en même temps, toutes les fenêtres sont ouvertes. Bal Harbour est une ville où il fait toujours beau, on a vingt-cinq degrés toute l’année. Forcément, les piscines sont les éléments numéro un dans les soirées. Je suis même étonné qu’ils n’aient pas prévu de faire leur soirée sur la plage. Elle n’est qu’à cinq minutes de marche et d’habitude, ce genre de soirée se fait au bord de la mer chez nous.
Roxane est toujours en retard ! Je crois qu’il n’y a pas une seule fois où elle tient les horaires prévus. Mais je ne lui en veux pas, elle réussit tout le temps à se faire pardonner. Je lui réponds que je l’attends dans la rue de son pote. Je ne vais pas rester comme un con devant la porte.
J’en profite pour sortir une clope de ma poche et la porte à mes lèvres pour l’allumer. J’observe les alentours, la maison d’Alban est plutôt grande, il a l’air d’y avoir plusieurs étages, à vue d’œil je dirais deux. J’entends des gens sauter dans l’eau, j’en déduis qu’il doit y avoir une piscine dans le jardin. Mais les arbustes cachent la vue de cette partie, je suppose que je le saurai assez vite.
Les minutes passent, je fume ma cigarette et Roxane n’est toujours pas arrivée.
Mais qu’est-ce qu’elle fout, putain !
Je l’adore, mais d’habitude elle a seulement cinq minutes de retard et non pas dix voire quinze ! Je prends mon mal en patience et surfe sur les réseaux sociaux. Évidemment, il n’y a rien d’intéressant, comme d’habitude. J’y étais déjà à l’instant, donc il ne peut rien y avoir de nouveau. Je termine ma clope et l’écrase au sol.
Une voiture arrive au loin, par chance c’est bien mon amie qui en sort. Je m’approche et elle arbore le plus beau des sourires sur ses lèvres.
— Julian ! Désolée d’être en retard, vraiment ! s’essouffle-t-elle.
— C’est pas grave, la rassuré-je en l’enlaçant brièvement en signe de bonjour.
— T’as pas attendu trop longtemps ?
— À peine pas ! ironisé-je.
Elle lève les yeux au ciel et nous rions. Roxane fait virevolter ses cheveux blonds à travers le vent et nous dirige vers la maison de son pote.
— Tu verras, ils sont cool ! s’enthousiasme-t-elle.
— Si tu le dis.
La maison est à couper le souffle, la décoration moderne et les murs blancs en jettent. L’espace n’est pas ce qui manque, même si nous semblons être une trentaine, il y a énormément de place. Ils ont l’air sympas, mais je pense qu’ils ont déjà bu plusieurs verres d’alcool. Nous disons un rapide bonjour à tout le monde. Même s’ils ne m’ont jamais vu, cela ne semble pas les déranger plus que ça.
Roxane fait la bise à plusieurs gars et m’entraîne au bar improvisé sur une table de la cuisine. Nous nous servons un verre de vodka-pomme.
— Viens voir, leur piscine est sublime !
— Leur ? l’interrogé-je.
— Ouais, c’est la maison d’Alban et Louis. Ils sont jumeaux et sont dans le même cours de chimie que moi.
— Ah d’accord !
Je comprends donc mieux pourquoi j’ai cru apercevoir deux fois Alban, mais avec deux t-shirts différents. Lorsque nous atteignons l’extérieur, mes yeux sont absorbés par la grandeur du terrain et de la piscine. Roxane avait raison, c’est dément !
Il doit y avoir une dizaine de personnes dans la piscine, donc nous devons être beaucoup plus que ce que je croyais. Cela ne me dérange pas plus que ça, mais je ne suis pas très doué pour me lier rapidement d’amitié avec des gens que je n’ai jamais vus. Mais encore une fois, Roxane est là, la soirée devrait bien se passer. Je me fais la promesse de ne pas trop boire, pour pouvoir la ramener, même si nous rentrons à pieds. Je tiens à rester suffisamment sobre pour marcher droit.
Un mec s’approche de moi, cela doit être Alban ou Louis, je ne sais pas qui est qui.
— Salut Roxane !
— Hey ! Louis, je te présente Julian, mon meilleur ami !
— Salut, dit-il en me tapant deux fois dans la main.
Je réponds, et il reprend aussitôt :
— Servez-vous, y’a des pizzas à l’intérieur et les verres sont…, il fait une pause en observant nos mains. Ah, vous avez déjà trouvé ! Si vous voulez vous changer pour la piscine, allez au premier étage, il y a deux salles de bain.
— Merci ! répond Roxane en observant en même temps son verre.
Louis s’éloigne pour nous laisser seuls et je bois plusieurs gorgées de ma boisson. Ma meilleure amie connaît quand même quelques filles, avec qui elle a échangé dans sa promo. Elle me présente, et nous discutons pendant un long moment. Nous déclinons toutes les invitations à aller dans la piscine, n’ayant pas amené de maillot. Puis, nous participons à un jeu qui consiste à tourner une roue pour savoir combien de gorgées tu vas boire. Pas très original, j’ai vu mieux…
Au bout d’un moment, Roxane se lasse et nous allons nous poser tranquillement dans un coin du jardin. Il y a des canapés avec des coussins très confortables. Personne ne s’y est installé, nous en profitons alors pour faire une pause de la soirée bien mouvementée.
Il y a des couples tout autour de nous, certains s’embrassent comme s’ils étaient seuls. J’ai envie de leur crier d’aller se prendre une chambre ! Certains se dévisagent comme s’ils allaient se sauter dessus d’une seconde à l’autre. L’alcool doit sûrement y être pour quelque chose. Je lève les yeux au ciel, ils me donnent envie de vomir.
J’en suis à mon troisième verre, ce qui est plutôt raisonnable. En revanche, Roxane en a bu plus de cinq. Je n’ai pas compté exactement, mais elle est sacrément pompette. Mais pas au point d’être mal, j’aime bien quand elle est comme ça. Son honnêteté en prend un coup puisqu’elle dit tout ce qu’elle pense.
— Julian ! Faut vraiment que je te dise quelque chose.
Bon, elle me fait quand même peur quand elle commence comme ça !
— Dis-moi, dis-je en souriant.
— J’ai un copain ! s’exclame-t-elle presque en criant.
Je mets une seconde à assimiler ce qu’elle vient de me dire et je n’arrive presque pas à la croire, et pourtant j’ai un doute, elle doit sûrement dire la vérité.
— Ouais, fallait que je te le dise. J’ai un copain, répète-t-elle en voyant mon absence de réaction.
— Depuis quand ? Je veux dire, c’est super ! Mais tu ne m’en as pas parlé !
— Je te le dis, là maintenant !
Elle se redresse et se plante devant moi, toujours un verre à la main et le sourire aux lèvres.
— Oui. Mais c’est trop bien, je suis content pour toi ! Comment est-ce qu’il s’appelle ? Je le connais ?
— Doucement, une question à la fois ! dit-elle en montrant sa tête du doigt. J’ai pas la capacité de répondre si vite, rigole-t-elle.
Décidément, elle me fera toujours rire. Sa voix se fait plus douce et moins posée, son mélange vodka-pomme commence à vraiment faire effet sur elle.
— OK, alors il s’appelle Aron. Tu le connais pas, je crois.
Elle sourit encore de toutes ses dents, ce qui fait plaisir à voir. Mais je ne peux me retenir de penser qu’elle va me laisser de côté.
— Et tu l’as rencontré où ?
— On a fait un stage au même endroit, tu sais quand j’étais dans un labo de recherche.
— Oh, d’accord. Tu ne m’as jamais parlé de lui… Si ?
J’essaie de me remémorer les fois où elle m’a parlé de ce stage, mais rien ne me vient en tête qui ne concerne un Aron.
— Mmmh… réfléchit-elle. Tu te souviens, je t’avais parlé d’un Connie ?
— Oui, ça me dit quelque chose.
— Bah en fait, c’est lui, mais Connie c’est son nom de famille. Et tout le monde l’appelait comme ça, du coup au début je savais pas qu’il s’appelait Aron.
Elle rigole toute seule de sa bêtise et je hoche la tête en souriant.
— D’accord ! Je comprends alors, et pourquoi il est pas là ce soir ?
— J’étais chez lui avant de venir…
— C’est pour ça que tu étais pas là à l’heure, la coupé-je.
— Ouais… affirme-t-elle en portant son verre à ses lèvres.
Je ne dis plus rien, trop absorbé par mes pensées. Alors Roxane a quelqu’un ! Je suis heureux pour elle, sincèrement. Mais une partie de moi me dit que je ne pourrai plus la voir autant qu’avant. Je suis égoïste de penser ça, je m’en rends compte et j’arrête de suite le flux de mes pensées pour m’intéresser à elle.
— Et donc, comment il est ? Raconte-moi !
Je lui prends son gobelet des mains, tentant d’avoir une conversation censée avec elle. Elle râle, mais je lui enlève quand même.
— Tu as assez bu pour ce soir, je crois.
— Il est… par-fait !
Roxane hache ses mots et cela me fait rire, encore une fois.
— Et toi alors ? Quand est-ce que tu me trouves une autre amie ? Une petite amie ? Hein ? Regarde, il y a plein de filles à la soirée là. Tu pourrais facilement rencontrer plein de meufs différentes et trouver celle qui te convient…
Elle change de sujet mais je lui réponds quand même.
— Mouais, je sais pas… Tu sais que j’aime pas les soirées.
— T’aimes pas ça, seulement parce que tu dois toujours travailler… Commencer à 4h c’est pas possible !
— C’est ça le métier de pâtissier, si tu veux préparer des bonnes choses, il faut ce qu’il faut…
— Oh arrête, tu dis toujours ça ! Prends des vacances Julian !
Elle insiste sur mon prénom, et se lève pour se planter droit devant moi en me surplombant.
— OK, tu sais ce qu’on va faire ?
— Ouhla, dis-moi, dis-je en levant mes yeux sur elle.
Je suis curieux de ce qu’elle va me dire, elle a souvent des idées plutôt bizarres quand elle est bourrée.
— Toi ! s’exclame-t-elle en me montrant du doigt. T’as jamais le temps, entre ton sport, tes gâteaux et tout ça ?
— Euh, ouais… Mais où tu veux en venir Roxane ?
— Eh bah, t’as pas le temps pour les soirées, d’accord très bien, se calme-t-elle. Alors les filles viendront à toi !
Ce qu’elle dit est totalement insensé et je m’apprête à lui dire que nous allons partir, quand elle continue :
— Inscris-toi sur Match&Meet !
Elle s’autoapplaudit, comme si elle avait eu l’idée du siècle et j’éclate de rire.
— Moi ? Jamais ! T’as beaucoup trop bu, Rox !
— Mais non.
Elle pose ses mains sur ses hanches et m’ordonne de rester assis.
— Tu dis toujours que tu te sens seul, que t’aimerais bien rencontrer quelqu’un, l’amour, blablabla… Eh bien c’est l’endroit parfait ! Regarde-toi avec ta bouille d’ange, tes cheveux bouclés et ton regard de braise, c’est sûr que tu vas faire des ravages !
Je trouve ça drôle la manière dont elle me décrit. Je suis loin d’être aussi mignon qu’elle le sous-entend. Mes yeux bruns n’ont rien d’exceptionnel.
— Pa-pa-pap, m’arrête-t-elle dans mes pensées. Je sais à quoi tu penses ! T’es canon Julian, je suis sûre que des filles voudront te rencontrer ! Et puis, tu as quoi à perdre ?
— Mis à part mon temps, tu veux dire ?
— Mais non ! On t’inscrit demain ! s’enthousiasme-t-elle un peu trop à mon goût.
J’observe les alentours, afin de voir que personne ne nous écoute. Puis je me reconcentre sur ma meilleure amie.
— Pourquoi je m’inscrirais sur un site de rencontre, à 20 ans ? Tu peux me dire ?
J’en rigole, mais je suis sincèrement curieux de sa réponse.
— Parce que justement, c’est le moment de t’ouvrir aux autres ! On est jeunes, on a toute la vie devant nous alors pourquoi pas tenter des expériences ? Julian ne me dis pas que ça ne te tente pas ! Je suis sûre que t’es en train de t’imaginer ton profil !
Son sourire espiègle m’exaspère, mais positivement. Il est vrai que je réfléchis à ce que ça pourrait donner, mais je ne pense pas vraiment que cela pourrait mener à une vraie relation. Il n’y a que dans les films que ça arrive. Quelle est la probabilité de trouver quelqu’un qui vous correspond sur Internet ? Et qui habite près de chez vous, qui plus est ? Je suis quasiment certain que cela avoisine les zéros !
Je me lève, et ne lui réponds pas de suite. Elle a l’air d’attendre une réponse, mais d’abord, je sors mon téléphone et regarde l’heure. Je dois rentrer, il est minuit et je me lève à 3h45. Je ne vais pas beaucoup dormir.
— On y va ? demandé-je en me dirigeant déjà vers le salon.
— Ouais, souffle-t-elle. Mais tu t’en sortiras pas comme ça, chuchote-t-elle alors que nous traversons la foule de monde à l’intérieur jouant au beer pong.
Nous saluons Louis, le remerciant pour la soirée et il nous dit à bientôt.
Roxane se déplace plus ou moins droit, mais c’est plutôt son taux élevé de fatigue qui m’inquiète. Je sais qu’elle est toujours très fatiguée après avoir autant bu. J’espère juste qu’elle tiendra jusqu’à chez elle. Je la raccompagne et nous marchons ensemble. Il fait encore très chaud et c’est agréable de déambuler le long de la route où il n’y a personne.
— Du coup, on t’inscrit demain ? revient-elle à la charge.
— Mais tu vas pas lâcher ton idée, hein ?
— Bien sûr que non, je suis sûre que ça va marcher en plus ! Match&Meet prépare-toi à recevoir le meilleur profil de l’année ! Julian is
in the place ! [1]crie-t-elle dans la rue en levant les bras en l’air.
— Chut. Tu vas réveiller tout le quartier !
— Si tu dis oui, j’arrête de crier !
Elle chante à présent très fort et je cède pour ne pas effrayer les personnes qui résident le quartier.
— OK ! T’as gagné ! Mais on le fait ensemble alors, tu m’aides.
— Mais oui ! Carrément !
Elle s’arrête et me prend dans ses bras :
— Tu mérites de rencontrer la perle rare mon Julian !
Nous arrivons à sa maison et je l’aide à atteindre sa chambre, sans faire de bruit. Puis je rejoins la mienne, de l’autre côté de la rue. Nous habitons le même quartier depuis des années.
Je me jette dans mon lit, pour dormir environ deux heures et demie avant de me lever afin d’aller travailler.
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