Le droit d'aimer: Une romance M/M sur la découverte de soi (French Edition)

Chapitre 13

 

— Mais attendez, on est sûrs que c’est lui ? nous interroge un des gars de l’équipe sur le parking du gymnase.

— Ouais… Enfin à quatre-vingt-dix pour cent quoi, dis-je en sortant mon téléphone.

— OK. Alors, donne-moi le compte Instagram de ton frère, je vais checker ça, énonce Victor.

Je lui donne le pseudo d’Alex, et en moins de deux minutes, Victor ouvre la bouche, choqué.

— Mec, crois-moi tu veux pas voir ça, s’empresse-t-il de couper l’écran de son téléphone.

— Pourquoi ?

— T’as vu la vidéo ? chuchote un autre gars à Victor.

Je ne comprends pas de quoi ils parlent, et je commence à bouillonner de l’intérieur. Je déteste quand on me laisse de côté comme ça.

— Quelle vidéo, les gars ?

Ils me regardent à tour de rôle et se pincent les lèvres. J’insiste encore une fois et Victor m’explique alors :

— Y’a une vidéo où Alex a été identifié…

— Comment ça ? grogné-je d’un ton froid.

— Mieux vaut pas que tu voies, mais oui c’est bien le même Calvin.

— Mais attends, y’a une vidéo où on le voit harceler mon frère ? Putain, montre-là moi, elle est où ? m’énervé-je en fouinant sur Instagram en même temps.

Ils ne veulent pas me le dire, et peut-être qu’en effet c’est mieux que je ne voie rien, mais en même temps je veux voir de quoi ils ont été capables.

— Calvin a posté une vidéo de ton frère, il a est nu dans les vestiaires je crois… ajoute Victor.

Tous mes traits se ferment et mon visage se teinte d’une colère noire. Je sors une clope et l’allume, puis en recrachant la fumée, je leur demande où ils ont trouvé la vidéo. Je vais sur le compte de mon frère, clique sur « photo identifiée » et je découvre avec stupéfaction la fameuse vidéo. J’ai mal pour Alex. Putain, mais pourquoi est-ce qu’ils font ça ? Qu’est-ce que ça leur apporte ?

— Je sais où ils sont tous les soirs, venez on peut les trouver tout de suite, annonce un gars de l’équipe à qui je ne parle que très peu.

— OK, on te suit. Et on s’en tient au plan ! ordonné-je aux gars.

— Ouais ! répondent-ils ensemble.

Nous sommes sept et c’est presque l’équipe au complet. Je me sens soutenu dans cette épreuve et c’est tant mieux. L’idée de Victor me paraît d’un coup un peu moins folle. Je tire une autre taffe et essaie de me détendre avant d’aller les trouver.

Mon pote m’explique que Calvin et sa bande traînent toujours au skate park le plus connu de notre quartier. Bal Harbour en possède de nombreux, mais il y en a un qui se démarque puisqu’il est assez récent et clairement le meilleur skate parc de toute la ville. Nous nous y rendons tous ensemble, d’un pas déterminé.

Nous sommes épuisés par l’entraînement, mais l’adrénaline prend le dessus et la fatigue ne se fait pas tant ressentir. Nous marchons tous ensemble vers le skate park, Victor est plus remonté que jamais.

Un des gars de l’équipe prend son téléphone lorsque nous approchons du groupe de Calvin.

— C’est eux, chuchote mon pote à mon intention.

D’un signe de tête, nous nous dispersons en plusieurs petits groupes de deux ou trois autour d’eux. Victor reste éloigné avec un autre gars et filme discrètement la scène avec son téléphone caché à moitié dans sa veste. Je m’approche avec deux gars de l’équipe et d’une voix dure, mais posée, je leur demande :

— Vous connaissez Alex Sender ?

— Qu’est-ce que ça peut te foutre, mec ? nous agresse Calvin.

— Dis-moi, t’es toujours comme ça ? demandé-je, un rictus sur les lèvres.

— Comment ? dit-il en s’approchant dangereusement de moi.

Je me retiens de lui mettre mon poing dans la figure, mais l’atmosphère est chargée en électricité. Il doit sentir que nous ne sommes pas là pour lui cirer les pompes.

— T’es toujours un connard comme ça ?

Je ne peux m’empêcher de l’insulter, j’ai très envie de lui abîmer ses beaux yeux bleus, mais je m’abstiens, malgré moi. Il ne répond rien, mais sourit en nous observant, à croire que ça lui plaît, alors j’enchaîne :

— Bon, tu le connais Alex, je me trompe ? l’interrogé-je calmement.

Les potes de Calvin se regardent, ne comprenant pas où je veux en venir, mais ils ne disent rien et restent en retrait par rapport à lui.

— Cette tapette ? Ouais, je le connais, qu’est-ce que tu lui veux ? Toi aussi tu veux arracher sa petite gueule d’ange ?

— Sa quoi ? m’énervé-je en haussant le ton.

Mais un bras me retient.

— Ouh là, mec, calme-toi. T’es qui d’abord ?

— On s’en fout. C’est toi qui as pris la vidéo que t’as mise sur Insta ? demande un de mes potes à ma place.

— Euh… ouais, hésite-t-il. Pourquoi ? Qu’est-ce que vous me voulez ? Ce mec l’a bien mérité, c’est un petit con et vous savez ce que je leur fais aux petits cons ?

— Éclaire-moi, vas-y je sais pas ? réponds-je à la place de mon pote en le provoquant.

— Je les emmerde ! Alex, il est personne, on s’en fout, on s’éclate, c’est tout.

Wouah, mais comment peut-il être aussi con ?

Je ne comprends pas comment je réussis à me retenir de ne pas lui flanquer mon poing dans sa face. Je bouillonne puissance dix à l’intérieur et je prends sur moi pour respirer normalement. Je ne comprends pas non plus comment il peut me répondre ainsi, je ne pensais pas que ce serait si facile de le faire avouer. Mais j’ai besoin qu’il avoue tout, le harcèlement, les coups qu’il lui a infligés, tout. J’ai besoin de plus.

— Mec, calme-toi, ajoute mon pote pour calmer le jeu.

— Ouais, bon vous voulez quoi ? Vous êtes là pour quoi ? s’impatiente-t-il. C’est ça que vous voulez ? nous interroge-t-il en sortant le début d’un sachet en plastique de sa poche de jeans.

Oh putain, c’est encore pire que ce que je croyais ! Il a de la drogue sur lui et il pense qu’on en veut, mais c’est quoi ce délire ?

Et dire que Victor filme tout.

— T’en as filé à Alex ? demande mon pote curieux.

— Ouais, mais attends, c’est quoi votre problème avec Alex ?

Il me scrute et d’un coup, il se rembrunit et recule de quelques pas.

— Il a jamais payé, bah voilà il paie ! Mais attends, tu le connais Alex ? s’inquiète-t-il.

— Nan, lui assuré-je froidement.

Je prends encore une fois sur moi, mais apprendre que mon frère a peut-être pris de la drogue me met hors de moi. Putain, mais qu’est-ce qui lui arrive ! Puis, sans prévenir, mon pote fait genre d’être de son côté et je déteste ce que j’entends :

— Vas-y, dis-moi, c’est toi qui as frappé Alex l’autre jour ? Bien joué, mec !

Je ferme les yeux une seconde, attendant la réponse de Calvin. Il se rapproche de mon coéquipier et comme s’il appréciait faire ce genre de confidence, il parle plus bas à l’attention de mon pote :

— T’aurais dû voir sa tronche, putain ! Et il est tellement facile à atteindre, rigole-t-il. De toute façon, il peut rien contre moi, fils d’avocat, ça a ses avantages, ajoute-t-il avec un clin d’œil.

— J’en ai assez entendu ! explosé-je. Ta gueule !

Je ne peux pas réprimer ma réaction, il faut qu’on parte d’ici, il faut que je fume, il faut que je dégage Calvin de mon champ de vision. Sinon, c’est moi qui vais finir par lui en mettre une. Putain, mais ce gars me répugne !

— Va te faire foutre, mec ! C’est quoi le problème de ton pote ? Vous la voulez ou pas ? aboie-t-il en sortant le petit sachet de sa poche à nouveau.

Je frappe le sachet de sa main qui se retrouve sur le sol en moins d’une seconde, je pars en levant mon majeur et en criant :

— J’en ai rien à foutre de ça !

Mes potes ne me suivent pas et j’entends au loin :

— Laisse-le, il est dans un mauvais jour. J’ai pas de quoi te payer là, mais un autre jour ! Je reviendrai. Au fait, au top la vidéo !

— Merci mec ! À plus !

 

Je marche d’un pas rageur, et n’en reviens pas de ce que nous venons de faire. Je n’arrive pas à croire que Calvin ait été aussi naïf et con. Il avoue qu’il harcèle mon frère sans aucune retenue et surtout, il se pense intouchable. C’est sûrement ce qui m’énerve le plus.

Je marche jusqu’au gymnase, suivi de près par mes potes. Nous avons fait exprès de ne pas partir ensemble, sinon Calvin se serait douté de quelque chose. Il n’a pas vu Victor filmer, et c’est tant mieux. Je les attends, j’ai hâte de savoir si on entend tout dans la vidéo.

— Mec, j’ai plus de batteries. Je suis désolé j’ai pas pu filmer, déclare Victor agacé.

— Oh merde…

— De toute façon, vu qu’il a sorti son sachet-là, on n’aurait rien pu faire de la vidéo, tente de nous rassurer un de nos coéquipiers.

— Ouais, c’est certain.

Je n’y avais pas pensé… Mais je réalise petit à petit que notre idée était complètement merdique de toute façon. Qu’est-ce qui m’est passé par la tête, franchement ?

 

Avec le moral en berne, nous décidons de rentrer. Ils sont tous désolés de ne pas avoir pu vraiment aider. Mais je sais désormais que ce mec a vraiment frappé mon frère. En quelques sortes, le fait d’avoir vu que Calvin peut être aussi con en avouant à n’importe qui qu’il a fait ça, cela me prouve encore plus qu’Alex vaut bien mieux que lui. Je vais tout faire pour l’aider, je veux qu’il relève la tête et qu’il ne se laisse plus faire. Je vais l’aider, c’est certain. Victor part avec moi et avant que je ne rentre, je le remercie d’avoir été là :

— Merci, mec. Sérieux, j’aurais pas pu faire ça seul.

— On est là pour ça. Et je vais parler à ma sœur… Elle peut pas rester avec un dealer.

— Bon courage, conclus-je en m’éloignant.

 

Épuisé, je m’écroule sur mon lit sans avoir mangé. Toute cette histoire m’a coupé l’appétit et je préfère ne pas croiser mes parents ce soir. Je décide de ne pas parler à mon frère tout de suite, préférant digérer la nouvelle d’abord.

***

 

Je fais un tour sur mon téléphone et je vois le petit « 1 » en haut à droite du logo de Match&Meet sur l’écran d’accueil. Cela fait quelques jours que je n’ai pas été sur l’appli. Bien décidé à parler à d’autres filles, je prends une profonde respiration et me plonge dedans. Je me rends sur mes messages privés, et je vois que celui non lu provient de Léna. Mon cœur s’emballe. Que me veut-elle ? Prudemment, je clique sur son prénom et la conversation s’ouvre devant mes yeux :

Léna : Julian… Nos conversations me manquent.

J’ai envie de te parler chaque soir, c’est dur de ne

plus savoir ce que tu fais de tes journées, ce que tu

penses… Est-ce que ça te dirait qu’on se voit encore

une fois ? Mais juste toi et moi, rien que nous deux.

 

Je repense soudain à ce que Roxane m’a dit : « laisse-lui une seconde chance ». Il est vrai que je ne lui en ai pas véritablement laissé une, mais après tout, je n’ai rien à perdre. Peut-être que nous voir avec nos meilleurs amis respectifs n’était pas une bonne idée. Si ça se trouve, Léna est plus à l’aise lorsqu’elle est seule, comme derrière son téléphone. Je n’en sais trop rien, mais quelque chose me pousse à lui dire oui. Alors même que j’ai été extrêmement déçu par notre rencontre, je me dis qu’il est possible que la deuxième soit totalement différente… Parfois, j’ai l’impression d’être tellement désespéré que j’accepterais n’importe quoi. Et pourtant, je sais d’avance que si j’en parle à Roxane, elle me dira de foncer et de ne pas perdre de temps pour la revoir.

Peut-être qu’elle a raison. Qu’ai-je à perdre, mise à part une soirée ? Et puis, c’est vrai aussi que ça me manque nos conversations du soir, échanger sur nos passions et rire de tout et n’importe quoi jusque tard le soir… Je glisse mon doigt sur mon téléphone et sur un coup de tête, je lui réponds :

Julian : Salut Léna, ça me manque aussi.

D’accord. On peut se revoir, toi et moi.

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