Le droit d'aimer: Une romance M/M sur la découverte de soi (French Edition)

Chapitre 17

 

Son message ne me laisse pas indifférent, et je ne sais pas si c’est une bonne chose. Il veut que je lui laisse une chance ? Très bien, mais est-ce qu’au fond de moi, j’en ai vraiment envie ? Oui, je crains que la réponse ne soit évidente. J’ai envie de le revoir, malgré tout ça, malgré le fait que ça m’a surpris, que je ne m’y attendais pas… Je ressens le besoin de comprendre, parce que je déteste rester dans le flou ainsi. Mais, en même temps, je me demande si cela est sain. Après tout, je crois que je dois arrêter de me poser autant de questions. Je crois que j’ai envie de lui laisser une chance, principalement parce que je suis curieux d’entendre ses arguments. Évidemment, je n’aurais pas dû partir en courant lorsqu’il s’est pointé à la plage, mais je ne pouvais plus l’écouter, je n’étais pas prêt. Je ne le suis peut-être pas davantage à présent, mais j’ai pu réfléchir un peu, et surtout maintenant que je sais que c’est Lyam, ça change la donne.

Il parle d’un choc ? Et comment que ça m’a fait un putain de choc ! Je n’aurais jamais imaginé parler avec un mec et encore moins le fait que cela me plaise en fin de compte. Après y avoir pensé de nombreuses heures, je me dis que je pourrais le revoir au moins une fois. Pour tenter de décrypter ce que je ressens en sa présence physique.

« Je crois avoir vu une once de désir dans tes yeux ». Je relis cette phrase, plusieurs fois. Je me demande s’il dit vrai. Est-ce que cela se voit vraiment dans mes yeux ? Est-il vraiment possible qu’il ait ressenti un tel désir, juste en m’observant ?

Je décide de lui répondre. Je commence par rédiger une réponse construite, et finalement je lui réponds simplement :

Julian : Salut. Merci pour ton message. Je dois te

dire que oui, ça m’a fait un choc, mais je suis prêt, je

crois, à t’écouter. Je te promets rien, je ne peux pas te

promettre quoi que ce soit en fait. Mais je crois que je suis prêt à entendre ce que tu as à me dire. Comment

veux-tu que nous fassions ?

 

Lyam : Je suis soulagé que tu veuilles encore me

parler. Merci, Julian. Je te laisse le choix, est-ce que

tu préfères en facetime ou en réel ?

Sa question me prend de court, je n’y ai pas encore songé. Je me redresse dans mon lit, avec pour seul éclairage mon téléphone. Je soupire, cherche une réponse à lui donner. Soudain, je me pose une question : de quoi j’ai vraiment envie, au fond de moi ?

Mais la réponse ne vient pas si facilement. J’ai beau essayer de peser le pour et le contre de chaque proposition, je n’y trouve pas la bonne réponse. Si nous nous voyons en face, j’ai peur de ne pas tenir le choc. J’ai peur de me défiler, encore une fois. En même temps, ce serait le bon moyen de découvrir ce que je ressens en sa présence. Et d’un autre côté, je pense que la visio est la meilleure option puisque je ne suis pas physiquement face à lui. L’écran a quelque chose de rassurant. Je me sens comme protégé par la barrière entre nous qu’est le téléphone. Mais est-ce vraiment la bonne solution ?

J’opte quand même pour la visio, peut-être que cela me fera moins peur de l’écouter de l’autre côté de la caméra, plutôt qu’en face de moi au milieu d’autres gens.

Julian : Facetime, est-ce que ça va pour toi ?

Lyam : Bien sûr, si je te le propose.

 

Julian : OK. On dit demain soir ?

 

Lyam : Ça me va. Bonne nuit Julian.

Julian : Bonne nuit, Lyam.

Lyam : J’espère que tu arriveras à me

pardonner…

 

Je ne réponds rien à son dernier message, éteins mon téléphone et joue quelques heures à la console, pour me changer les idées. Je ne sais pas si je vais réussir à lui pardonner. Il s’est quand même fait passer pour quelqu’un d’autre, pour une fille surtout. Mais je mentirais si je disais que ça ne m’excite pas un tant soit peu qu’il ait usé de tout ce stratagème pour quand même continuer à me parler, après m’avoir rencontré. Il est courageux, en fin de compte.

J’essaie de ne plus y penser et me concentre sur mon jeu. Ma mère toque à la porte pour me dire bonne nuit, elle continue de le faire depuis que nous sommes petits Alex et moi. Je trouve cela rassurant, elle est toujours là pour nous, même si nous avons grandi… Et pourtant, je sais que je vais avoir beaucoup de mal à lui parler de Lyam, de ce qui m’arrive, de ce que je ressens, de qui je suis tout simplement…

À vrai dire, je ne sais pas qui je suis exactement moi-même, cela va être difficile de le dire tout haut à quelqu’un. Je n’en suis pas encore capable. Il m’est difficile de trouver des mots pour définir ce que je ressens et par-dessus tout sur ce que je pense de tout ça. J’ai l’impression que c’est mal, et une autre part de moi me souffle que je ne devrais pas avoir honte… Et pourtant, je ne peux pas m’empêcher de penser à ce que les autres penseront de moi, de cette vérité qui me fait peur tout autant qu’elle m’exalte.

 

***

 

Ce matin, alors que je passe la porte à l’arrière de la boulangerie, j’entends mon père râler.

Super, à peine arrivé, le voilà déjà de mauvaise humeur.

Il crie dans tous les sens parce que quelqu’un a laissé un sac de farine ouvert et que des mites y sont entrées. Bon, d’accord, pour le coup je le comprends.

— Regarde-moi ça, dit-il en me montrant le sachet. C’est juste bon pour jeter ! Rah, mais qui est-ce qui a laissé le sac ouvert ? J’ai déjà dit un milliard de fois que ça doit rester dans la réserve, au sec et enfermé !

— Je ne sais pas, je n’y ai pas touché, déclaré-je calmement.

— Je déteste jeter de la marchandise ! Tu sais combien ça coûte la farine aux États-Unis ? C’est tellement cher de la faire venir de France ! crie-t-il à travers la cuisine.

Je ne réponds rien. Je pense que ça doit être l’apprenti qui a oublié de la ranger, mais je ne dis rien, je ne voudrais pas qu’il s’attire encore plus les foudres de mon père. Alors je le laisse s’énerver, il finira bien par se calmer.

Il m’observe et s’arrête un instant. J’ai l’impression que son regard est différent sur moi. Je détourne les yeux, ayant trop de mal à soutenir son regard. Je ne sais pas pourquoi il me scrute, j’ai comme l’impression qu’il va dire quelque chose, mais je me remets très vite au travail, pour qu’il n’ait rien d’autre à ajouter.

 

Durant toute la journée, j’ai eu l’impression qu’on me dévisageait. Comme si les gens pouvaient savoir ce qui m’arrive, comme s’ils se rendaient compte que je suis différent.

Enfin, non, je ne suis pas différent. Mais je me sens différent. Est-ce que c’est la même chose ? Je ne sais pas, mais le regard des autres me pèse aujourd’hui. On dirait qu’il y a une étiquette sur mon front « je crois que j’aime les mecs ». C’est impossible autrement. Chaque regard me fait stresser, chaque coup d’œil me donne l’impression d’être analysé. Je fais une fixation là-dessus pendant toute la journée. À chaque fois que je vais dans la boutique pour approvisionner les rayons, j’ai l’impression que les clients me portent un regard différent.

Je sais que c’est sûrement dans ma tête, mais c’est insupportable. Quand est-ce que ça s’arrêtera ? Mes parents ne sont pas au courant et je redoute de leur en parler. Je ne peux pas encore le faire, c’est trop incertain dans ma tête pour mettre des mots exacts à haute voix. J’hésite à en parler avec mon frère, mais il a bien assez de soucis comme ça.

 

***

 

— Tu sais, peu importe que ce soit une meuf ou un mec, c’est quoi la différence ? demande Roxane en croquant dans le muffin à la pistache que je lui ai fait.

Je réfléchis à sa question, en buvant une gorgée de Pepsi.

— La norme ?

— Mais la norme de quoi ? Putain, Julian, tu vas pas me dire que t’aimes les mecs, mais que t’es homophobe ?

— Bien sûr que non, mais…

— Il n’y a aucun mais qui tienne ! Je sais, tu as été élevé comme ça, je sais aussi que ton père n’est pas très ouvert sur la question, mais au fond, qu’est-ce que t’en as à faire ? C’est ta vie, et il faut que tu écoutes ce que tu ressens. Si t’as envie de le voir, de lui laisser une chance de s’expliquer, alors fonce !

Je soupire et croque à mon tour dans un gâteau. Cela me laisse un moment de répit avant de lui répondre.

— Écoute, il n’y a aucune norme à respecter, OK ? ajoute Roxane avant même que je n’aie le temps de finir ma bouche.

— Je sais…

— Non, on dirait que tu sais pas ! T’es mon meilleur ami, je t’aime, mais là faut que tu ouvres les yeux ! On est en 2021, tu as le droit d’être qui tu veux, de ressentir ce que tu veux et encore plus de faire ce que tu veux ! Tu as vingt ans, bientôt vingt-et-un, donc tu auras bientôt la majorité absolue. Julian, ta vie t’appartient et il n’y a que toi qui peux décider de ce que tu as envie d’en faire. J’ai tellement envie que tu sois heureux, de te voir épanoui… Et sincèrement, ce ne sera pas avec une fille. Je le sais, je le sens.

Elle a le don pour les monologues qui vous en bouche en coin. Roxane est toujours franche, mais aujourd’hui je crois que son coup de pied au cul est le bienvenu. Je dois choisir ce que j’ai envie de faire de ma vie, et professionnellement je fais déjà ce dont je rêvais… Il ne me reste plus qu’à me trouver moi-même.

— T’as raison, Rox… Mais tu sais, c’est plus facile à dire, qu’à mettre en pratique.

— Bien sûr que j’ai raison, s’exclame-t-elle en levant les yeux au ciel. Mais il ne tient qu’à toi de faire bouger les choses. Enfin, je sais bien que c’est pas évident, mais tu dois tenter. Lance-toi, et si ce n’est pas Lyam, ce sera avec quelqu’un d’autre. Mais ce mec, j’ai l’impression qu’il ne lâche pas l’affaire depuis quelques semaines, alors qu’il savait très bien qui tu étais. Je pense que tu mérites au moins des explications, et après tu aviseras ce que tu feras avec lui.

— Oui, je lui ai dit d’accord pour qu’on se reparle… En face caméra. Sur Match&Meet, il y a une fonctionnalité où on peut programmer un genre de rendez-vous virtuel, mais avec les caméras, lui expliqué-je.

— Ah bah voilà qui est bien ! Et vous faites ça quand ? demande-t-elle en s’affalant sur sa chaise.

— Ce soir, réponds-je honteux de ne pas lui en avoir parlé plus tôt dans la journée.

— Mais c’est trop cool ! Sérieux, Julian, lâche-toi, essaie de voir ce qu’il a à te dire, et ensuite dis-lui tout ce que tu as sur le cœur.

Je termine mon pepsi et lui propose le dernier muffin qu’elle s’empresse de manger.

— Ouais, je vais essayer, ajouté-je. Et sinon, parlons de toi ! Je crois que je monopolise un peu trop les discussions ces derniers temps !

— Mais non, je suis là pour ça ! Et moi, tout va bien, il n’y a rien à dire, c’est chiant.

Je rigole et lui demande quand même :

— Et avec Aron, tout va bien ?

— Ouais, super bien même, donc je n’ai rien à dire, sourit-elle. Il est parfait avec moi et… il est vraiment génial.

Elle a des étoiles plein les yeux lorsqu’elle me parle de lui, et je ne peux qu’admettre que la voir aussi heureuse, me rend heureux à mon tour. C’est tout ce que je lui souhaite.

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