Le droit d'aimer: Une romance M/M sur la découverte de soi (French Edition)
Épilogue
Ça fait un mois que Roxane a proposé que je témoigne de mon expérience dans son podcast. J’ai mis un petit temps avant de me dire qu’on allait vraiment le faire, il fallait que je sois au clair avec moi-même et que je sache quoi dire. J’ai longuement discuté avec Lyam à propos de notre homosexualité. Nous avons énormément parlé de tout ça ensemble et je suis prêt à enfin accepter pleinement qui je suis. Je suis prêt à le partager et à aider tous ceux qui, comme moi, se posent trop de questions.
Nous y voici aujourd’hui. Je descends prudemment dans la cave de Roxane. Je la suis et mon cœur palpite à grande vitesse dans ma poitrine. Je me sens prêt à partager mon expérience avec un public. L’avantage c’est que personne ne me connaît, et le fait que ce soit un podcast, on n’entend que le son de ma voix.
Nous entrons dans la pièce exiguë qui est insonorisée. Deux micros attendent sagement, posés devant une chaise et une bouteille d’eau.
— Tu as déjà tout préparé, constaté-je.
— Bien sûr !
Elle me fait un clin d’œil et s’aperçoit que je suis nerveux.
— T’inquiète Julian, tout ira bien. Tu connais les questions. Tu auras juste à me répondre, comme si on se parlait tous les deux. Oublie le micro, parle librement. Dis tout ce dont tu as envie qu’on entende, tout ce que tu veux.
— OK, ça marche.
Elle s’installe derrière son micro et allume l’ordinateur et les enregistreurs.
— Quand tu veux, on commence.
Je prends place à mon tour, et me racle la gorge.
— T’en fais pas, si tu bugges, je coupe au montage. Mais recommence toujours tes phrases du début si tu as un moment de bug.
— D’accord.
— C’est parti !
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« Salut à toi qui écoutes ce podcast. Aujourd’hui, je te propose un format un peu différent de d’habitude : nous avons un invité ! Et dans cette série spéciale l’amour en tous genres, je te propose d’écouter le témoignage de Julian.
Bienvenue Julian, merci d’être avec moi dans cet épisode très spécial. Dans un premier temps, je vais te laisser te présenter aux auditeurs. Alors, qui es-tu ?
— Salut, alors moi c’est Julian, j’ai 20 ans et je suis pâtissier. Je suis plein de choses et entre autres, je suis homosexuel.
— Merci Julian… Alors pour cet épisode spécial de Talk Love, je vais te poser plusieurs questions et à toi d’y répondre librement.
(rires de Julian)
— D’abord, à quel moment, à quel âge, t’es-tu rendu compte que tu préférais les hommes ?
— À vrai dire, c’est assez récent. Cela fait environ trois mois. Ça s’est fait d’une manière assez atypique. J’ai donc 20 ans et pendant toute ma vie, je pensais être attiré par les femmes. Mais un événement, une rencontre, a changé toute ma façon de voir les choses.
— Et justement, comment s’est passée cette phase où tu t’es dit “ça y est, je vais sortir avec un mec” ?
— D’abord, j’ai le droit de dire que j’écoutais ce podcast ?
— Bien sûr ! Talk Love est là justement pour aider chacun !
— Donc, j’écoutais Talk Love et ça m’a beaucoup aidé, c’est vrai. J’ai rencontré cet homme, il a tout bouleversé dans ma vie, mes certitudes, mes convictions en matière de couple et surtout ma façon de voir l’amour. Il n’y a pas qu’une seule issue à l’amour. Il y a une multitude de façons d’aimer et de percevoir une personne. Je l’avoue, cela n’a pas été facile au début. Je me suis posé énormément de questions. Au début, je me disais que c’était impossible, inconcevable que je sois attiré par les hommes. Et pourtant, voilà où j’en suis aujourd’hui (rires). C’est vrai que j’ai eu beaucoup de mal au début. Non seulement je devais accepter le fait que mes relations précédentes avec des filles ont toutes été des échecs, mais je devais aussi accepter le fait que cette rencontre ne me dérangeait pas en fait. Et c’est cela qui me dérangeait. Oui, c’est paradoxal, mais une part de moi était dérangée parce que justement ça ne dérangeait pas l’autre part de moi, tu vois ce que je veux dire ?
Alors qu’en fait, il n’y a aucun mal à cela. Il suffit d’un peu de temps pour comprendre que nos désirs les plus profonds sont ceux qui nous animent et qui nous guident dans la vie. Il ne faut pas avoir peur d’eux. Et j’ai vite compris que la “normalité” n’existait pas. Je me suis souvent trouvé “pas normal” ou “pas dans les normes”, mais en fait, on s’en fout, non ? Il m’a fallu du temps, oui, mais j’ai réussi par me dire “mais en fait, il me plaît, pourquoi je refoulerais cette envie que j’ai au fond de moi, d’essayer ?”. Je crois qu’aujourd’hui on se pose toujours trop de questions, alors qu’en fait, les gens heureux le sont simplement parce qu’ils font ce dont ils ont envie. Et si c’est sortir avec un mec quand on est un mec, qui ça dérange ?
— Merci Julian pour ces mots. Tu parles justement de ces relations passées avec des filles qui se sont soldées par des échecs. J’aimerais savoir si d’après toi, il y avait des indices qui pouvaient être perçus par toi ou ton entourage sur le fait que non, tu n’es pas attiré par les filles ?
— J’y ai beaucoup réfléchi. Et lorsque mon entourage l’a appris, ils m’ont seulement dit à ce moment-là qu’ils avaient des doutes. Mais personne ne m’en a fait part clairement auparavant. Je pense que le plus important c’est de le découvrir ou de le savoir soi-même. Après réflexion, oui, ce que mon entourage a évoqué aurait pu me mettre la puce à l’oreille. Mais après tout, à quoi cela m’aurait mené ? Il y a parfois certains signes qu’on n’a pas envie de comprendre, on fait semblant de ne pas voir… Je ne sais pas ce qui est le mieux, mais le plus important c’est vraiment de se comprendre et de voir ce qui ne va pas…
On nous répète tellement qu’un garçon doit sortir avec une fille et inversement quand on est petits, qu’instinctivement on ne se dit pas forcément que ça peut ne pas être le cas. C’est encore difficile aujourd’hui de faire comprendre aux gens que l’orientation sexuelle ne doit pas être conditionnée par l’éducation, mais qu’elle doit venir naturellement.
— Et justement, qu’est-ce que tu dirais à une personne qui ne sait pas, qui se pose des questions à propos de sa sexualité ?
— Sincèrement, je lui dirais d’en parler avec quelqu’un de confiance. Je ne sais pas si je suis très qualifié pour répondre à cette question… Je me pose toujours mille et une questions (rires). Je pense que je lui conseillerais de voir ce qui l’attire le plus, est-ce que c’est quand tu parles à une fille ou à un garçon ? Qu’est-ce qui compte le plus, la personne ou le genre ? Pour partir de ma propre expérience, je dirais que je me suis attaché d’abord à une personnalité et il s’avère que c’est un homme qui s’y cachait derrière. Je ne sais pas si c’est vrai pour tout le monde, mais je pense qu’on tombe amoureux de la personne, de son caractère, de ses qualités, de ses défauts, de qui elle est. Chez certaines personnes, le genre entre en compte dans les “critères”, mais chez d’autres non. Pose-toi la question, est-ce que tu veux rencontrer un genre précis ? Est-ce que cela t’importe peu ? Voilà ce que je pourrais lui dire…
— C’est fort ce que tu dis. Et à présent, si cette personne sait, mais n’ose pas franchir le pas, tu lui dirais quoi ?
— Ah ça ! Je lui dirais fonce ! Mais rassure-toi, c’est simplement parce qu’aujourd’hui je suis avec quelqu’un. Je sais à quel point ça peut être dur de sauter le pas, je suis passé par là… Si tu as déjà rencontré la personne avec qui tu n’oses pas, alors laisse-la te porter et fonce. Si au contraire, tu veux rencontrer quelqu’un… J’avoue que c’est plus difficile. Les sites de rencontres sont toujours là… Parfois, parler par message est plus rassurant que directement en face. Après, je te conseille quand même de faire attention à ces sites (rires). Mais sinon, si tu es sûr de toi, sincèrement, lance-toi, n’aie peur de rien. Ne passe pas à côté d’une belle histoire, juste à cause de tes peurs… Quelqu’un répète souvent “si tu n’essaies pas, comment le sauras-tu ?” (rires)
— Belle référence à un de mes épisodes !
— Je t’en prie !
— Merci Julian… J’ai encore une question pour toi : le coming out, t’en penses quoi ?
— Ah le fameux ! C’est difficile de trancher, ça dépend vraiment des personnes et des motivations de chacun. Certains ressentent le besoin de le dire, afin de se débarrasser d’un poids. Mais d’autres préféreront laisser les choses se faire naturellement… Ça dépend de l’entourage, je crois. Enfin, si on sait que nos potes et familles sont ouverts d’esprit, alors pourquoi pas débarquer avec ton copain ou ta copine, exactement comme un couple hétéro ? En revanche si tu sais que ta famille aurait du mal à l’accepter, peut-être qu’il vaut mieux leur dire ?
Mais sincèrement, si j’aimerais bien changer une chose dans la vie, ce serait ça. Pourquoi est-ce qu’on ne naît pas avec le choix ? Enfin, je veux dire, pourquoi est-ce qu’être homosexuel est différent d’être hétérosexuel ? Certes, pour procréer il faut être une femme et un homme d’accord, mais ça, c’est scientifique. L’amour, ça n’a rien de scientifique. L’amour, c’est les sentiments, et ils ne se contrôlent pas. Pourquoi est-ce qu’on n’a pas le droit d’aimer qui on veut ? Il y aura toujours des couples mixtes, de quoi ont-ils peur ? Pourquoi est-ce qu’on n’a pas le droit, enfin pourquoi est-ce que c’est vu comme une différence, d’être avec un homme quand on est un homme ou deux femmes ? En plus, leurs sentiments ne regardent qu’eux. Pourquoi est-ce qu’on se mêle du choix de deux individus ? S’ils ont décidé qu’ils s’aiment et qu’ils veulent vivre ensemble, qui est-ce que ça dérange ? Et qu’on se le dise, ça a toujours existé, depuis des siècles. Pourquoi est-ce que l’être humain a décidé d’être aussi con avec ce sujet ? Pardon d’être aussi vulgaire, mais j’aime mon chéri autant qu’une femme aime son homme, et je ne dérange personne. Je suis un être humain comme chacun d’entre nous sur terre. Pour quelles raisons devrais-je subir un regard différent sur moi ?
— Je suis entièrement de ton avis Julian. Et cela fera certainement réfléchir un bon nombre de personnes… Je te remercie d’avoir été avec nous. Un petit mot pour la fin ?
— Merci de m’avoir écouté. J’aimerais te dire, à toi qui écoutes ce podcast, qui que tu sois, tu n’es pas seul. On a parfois l’impression d’être seul au monde, que personne ne nous écoute, qu’on est mis de côté, mais crois-moi, un jour tout changera. Un jour, on nous écoutera au même titre que tous les autres, un jour on se réveillera et on ne nous définira plus différemment. Parce que non, je refuse de dire que nous ne sommes pas normaux. Il n’y a aucune normalité qui tienne. Bannis ce mot de ton vocabulaire. Peut-être qu’un jour on oubliera ce que signifie ce mot et qu’on en inventera un autre pour définir le “conforme à la norme habituelle”, parce qu’au fond, ça n’existe pas. Être conforme, mais par rapport à quoi ? Personne n’est désigné comme l’exemple à suivre. C’est l’être humain lui-même en plus qui a inventé ce terme, mais crois-moi, ce mot n’a lui-même rien de “normal”. Et un exemple, personne n’en est un. Sois simplement toi-même et oublie le reste. Prends une profonde inspiration et ferme les yeux. Ouvre-les et ça y est, commence ta nouvelle vie, la tienne cette fois.
— Je tiens à remercier Julian pour ces magnifiques mots. Je n’étais pas prête à ça, mais je pense que vous ne l’étiez pas non plus. N’oubliez pas, vous êtes forts. »
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