Le droit d'aimer: Une romance M/M sur la découverte de soi (French Edition)
Chapitre 33
Cela fait maintenant une semaine que Lyam est dans le coma.
Sept jours.
C’est bien trop long. Ma patience me joue des tours. Cette nuit, j’ai rêvé qu’il se réveillait et lorsque j’ai ouvert les yeux, j’ai cru que tout était vrai. Réaliser que ce n’était qu’un rêve m’a brisé le cœur une deuxième fois.
Je ne sais pas expliquer ce que je ressens pour lui. À vrai dire, je ne sais même pas ce que je ressens. Je suis perdu entre l’image que je me suis faite des hommes, et le regard qu’il me porte. Chaque fois que je suis à ses côtés, j’ai l’impression qu’il n’y a plus rien autour de nous. J’aime sentir son regard sur moi. Je n’ai jamais compris la sensation de tomber amoureux, d’aimer quelqu’un, jusqu’à ce que je comprenne que, sans sa présence, plus rien n’a de sens.
La solitude est violente. Je m’étais habitué à ce que nous parlions tous les jours depuis quelques semaines. C’est si difficile de perdre une habitude, du jour au lendemain. J’ai l’impression qu’on m’a arraché un morceau de cœur. Il ne bat plus de la même manière. J’essaie de rester fort, pour Lyam. Il mérite que je me batte pour lui, pour nous deux.
C’est la raison pour laquelle je ressens un sentiment de culpabilité lorsque je reçois les messages de Jordan. D’un côté, je n’ai pas envie de lui parler pour la simple raison que je n’apprécierais pas que Lyam fasse la même chose. Mais d’un autre, il me semble tellement seul lui aussi… Et puis, nous ne faisons rien de mal. Je suis là seulement pour l’aider. C’est paradoxal quand on y pense, c’est moi qui me posais un millier de questions il y a encore des semaines, et me voilà à le conseiller sur le fait de s’accepter.
C’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité. Je me sens comme un imposteur. Du moins, c’est un peu le « fais ce que je dis et pas ce que je fais ». Clairement, je devrais appliquer mes propres conseils, mais comme toujours, c’est plus facile à dire qu’à faire concrètement.
Victor est passé cette semaine et je lui ai tout raconté de vive voix et plus en détail. Il n’a fait aucune remarque, il m’a simplement écouté et nous avons joué à la console, comme avant. Je suis rassuré que cela ne change rien pour lui. Mais cela ne me fera pas revenir au basket. Je réfléchis sérieusement à changer d’équipe.
Je ne peux toujours pas travailler et les médecins m’ont préconisé du repos pour ne pas trop avoir à bouger mon bras. C’est pourquoi je suis sur mon canapé, la télécommande dans une main et les chaînes qui défilent sur la télé. Il n’y a rien de bien. Mes parents sont à la boulangerie et ça me démange de les y rejoindre.
Alex est encore au lycée, je sais qu’il rentrera plus tard parce qu’il va à la boxe. Je ne peux même plus l’accompagner. Mais je lui ai promis de venir à un entraînement une fois, pour voir comment il se débrouille. Il se reconstruit peu à peu et s’éloigne de ses mauvaises fréquentations. Je suis ravi de le voir évoluer dans ce sens. Nous avons eu une longue discussion hier soir, à propos du harcèlement dont nous avons été victimes. Notre conclusion s’est révélée très prometteuse et remplie d’espoir : nous ne laisserons plus personne nous dire qui nous devons être ni ce que nous devons faire. C’est décidé, je veux prouver au monde entier que nous sommes forts et que plus rien ne nous atteindra.
Je reçois un message Instagram de Jordan, je l’ouvre, avec toujours cette impression de faire une connerie. Mais je le fais quand même, n’ayant aucune autre occupation :
Jordan : Salut, est-ce qu’on peut se voir ? C’est
assez urgent.
Julian : Salut, tout va bien ? Où est-ce que tu veux
qu’on se voie ?
Jordan : Je sais pas trop. On peut aller à la plage ?
Il est hors de question que nous allions à la plage. Cet endroit, je l’identifie à mes rendez-vous avec Lyam et je n’ai aucune envie d’interférer tout cela. Je garde la tête froide, et lui réponds :
Julian : On peut se voir ailleurs ?
Jordan : Comme tu veux, viens chez moi.
Je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée, mais je cède après quelques messages insistants de sa part. J’ai trop peur qu’il broie encore du noir. Jordan a beaucoup d’idées sombres et c’est uniquement pour cela que je suis donc devant sa porte. Il n’habite pas très loin de chez moi, en à peine dix minutes à pieds, je suis chez lui.
Je sonne. Il m’ouvre tout de suite. Il n’a pas l’air plus mal que d’habitude. Je fronce les sourcils en le voyant et lui demande :
— Ça va ?
— Oui, viens entre.
Je pénètre donc dans sa cuisine et il me demande si je veux boire un truc.
— Euh, non merci. Pourquoi tu voulais qu’on se voie ?
— J’avais envie de te voir, dit-il tout bas en s’approchant de moi.
Je fais un pas en arrière. Il ne relève pas et me dit de le suivre dehors.
— D’accord, réponds-je perplexe.
Nous nous asseyons à la table de sa terrasse et je me demande pourquoi je suis là. Je fais n’importe quoi.
— Bah je voulais te dire quelque chose, en fait… annonce Jordan de but en blanc.
— Je t’écoute ?
— C’est difficile à dire comme ça…
— Alors, commence par le début, lui proposé-je.
Il se place face à moi et relève les yeux pour croiser les miens. Ses cheveux blonds et mi-longs volent au gré du vent. Il a des yeux bleus qui tirent vers le gris et ses joues sont creusées.
— Bah voilà, j’aimeraisbienquonsorteensemble, lance-t-il très vite et sans articuler un seul mot de sa phrase.
J’écarquille les yeux et lui demande de répéter.
— Disons que t’es canon, t’es gay et moi aussi. J’aimerais bien qu’on sorte ensemble.
Mais depuis quand cela se fait-il comme ça ?
Il me semble que même avec une fille, on ne lui dit pas ce genre de chose pour sortir avec elle. J’hallucine qu’il m’ait fait venir pour ça ! Il est tellement maladroit en plus. Et le fait que je sois gay n’est en rien une raison pour laquelle je sortirais avec lui ! Mais à quoi il pensait ? J’ai presque envie de rire, mais je me retiens, cela serait irrespectueux devant lui.
— Euh… Jordan, je suis désolé, mais j’ai déjà quelqu’un dans ma vie. Tu sais, celui de la photo, lui rafraîchissais-je la mémoire.
Il se passe une main dans les cheveux et ajoute :
— Ouais, et alors ?
Pardon ?
Ai-je vraiment bien entendu sa réponse ?
Ne pouvant pas rester une minute de plus, je me lève rapidement.
— C’est pour ça que t’es venu me parler samedi ?
— Bah ouais, je pensais qu’on pourrait se soutenir, tu vois ?
— Mec, se soutenir ne veut pas dire sortir ensemble ! Et c’est pas parce que je suis gay et toi aussi qu’on doit nécessairement sortir ensemble ! Sérieux Jordan, tu crois que ça marche comme ça ?
— Bah j’sais pas.
— Désolé de te l’annoncer, mais ça ne marche pas comme ça !
Sur cette dernière parole, je sors de chez lui, d’un pas rageur. Je n’arrive toujours pas à croire qu’il ait pu penser une chose pareille.
Je marche jusqu’à chez moi et vois la voiture de mes parents dans la cour. Cela signifie qu’ils sont rentrés du travail et que je vais devoir les affronter avant de pouvoir me terrer dans ma chambre.
Je prends une grande inspiration et passe le pas de la porte.
— Julian ! Où tu étais ? me demande mon père, à peine rentré.
Je suis surpris qu’il m’adresse la parole.
— J’étais me balader, c’est tout.
— Te balader ? Tu me prends pour un con ?
— Tu sais, j’allais courir tous les jours avant que j’aie mon bras cassé, dis-je en le brandissant devant lui. Donc oui, j’avais envie de sortir un peu, mens-je.
— Ouais, c’est ça. Je suis sûr t’es allé voir l’autre pédé, là.
— Papa, crié-je pour le prévenir de ne pas aller sur ce terrain.
Qu’il m’insulte est une chose, mais qu’il insulte Lyam me transperce le cœur et c’est pire que s’il s’attaquait à moi.
— Quoi ? C’est ce que t’es aussi non ?
Je décide de lui tenir tête cette fois, de lui dire qui je suis et surtout de ne pas me défiler.
— Non papa, j’aime les hommes, c’est tout. Je reste le même, je suis toujours ton fils et je suis toujours Julian Sender, que ça te plaise ou non.
— Ne me parle pas comme ça !
Il me menace avec un doigt levé et poursuit avant que je n’aie le temps de répliquer :
— Un homme, ça doit être avec une femme. Quelle idée de se mettre avec un homme ! Tu es malade ! Ça ne va pas du tout. Julian, moi vivant, tu ne seras jamais homo !
— Mais papa, c’est pas un choix ! Je suis comme ça c’est tout !
— Bien sûr que si, c’est encore une de tes lubies ! Tu vas lui dire au revoir à ton pote et basta !
Il devient rouge de colère et il me ferait presque peur dans cet état.
— C’est pas mon pote ! Je suis amoureux de lui, dis-je calmement.
— Amoureux en plus ? Non, mais on aura tout entendu ! C’est impossible, tu entends ça ? Tu peux pas aimer les hommes. Non, mais quelle aberration !
Je sens des larmes menacer de couler tant ses paroles me font mal.
— Papa, je suis comme ça. Rien n’y changera. Je n’ai aucune envie d’être avec une femme. Je ne te demande rien, si ce n’est que de respecter qui je suis.
Il rit jaune et fronce les sourcils :
— C’est ce qu’on verra. Mais tu n’es plus mon fils. C’est impossible.
— Quoi… ? pleuré-je.
— Oh et puis arrête de pleurer comme une fillette !
Je renifle difficilement et il assène le dernier coup qui me met à terre :
— Tant que t’auras pas coupé les ponts avec ce gars qui t’a perverti, tu ne reviendras pas travailler à la boulangerie.
Il quitte ensuite la pièce pour aller dans le jardin.
Sa déclaration me fait froid dans le dos et me retourne. Ma mère entre à ce moment, je comprends alors qu’elle était juste derrière la porte de la cuisine. Elle a tout entendu.
Je laisse les larmes couler et me recroqueville sur moi-même.
— Oh, mon chéri, je suis désolée que ton père réagisse comme ça.
Elle se baisse vers moi pour me prendre dans ses bras et me tend un mouchoir avant de me faire un rapide câlin.
— Je pensais qu’il allait accepter… dis-je en reniflant.
— Je sais, je sais… Il lui faut sûrement du temps.
— Et la boulangerie ? m’inquiété-je.
— Oh ce n’est rien, Julian… Tu lui diras ce qu’il veut entendre et tu verras Lyam sans qu’il le sache, d’accord ?
Cela m’attriste tellement, mais je crois que je n’ai pas beaucoup de choix qui s’offrent à moi. Je suis dépité à l’idée de devoir mentir à mon père pour qu’il m’accepte. Mais notre relation a toujours été houleuse. J’espérais qu’elle pouvait s’améliorer avec le temps, mais c’était sans compter sur le fait que je sois homosexuel. Je crois que je vais devoir faire une croix sur notre relation père/fils.
Mes larmes coulent sur mon visage et j’ai l’impression d’être plus seul que jamais. Même avec ma mère dans mes bras. Elle est là, mais elle ne me comprend pas réellement.
Je m’enferme ensuite dans ma chambre, n’ayant aucune envie de parler avec qui que ce soit. Je prends mes écouteurs et lance un épisode de « Talk love with April ». J’ai peur de ce que je vais entendre, mais le fait de savoir que c’est Roxane, cela me réconforte, juste un peu.
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« … Il y a certains silences qui font du bruit jusqu’à s’en déchirer le cœur. Apprends à prendre du recul, chaque fois que tu as mal, tu verras ça finira par passer. Certaines situations te semblent terribles, mais quelques jours passent et tu te rends compte que tu les as surpassées. Ne te remets pas toujours en question. Parfois, ce sont les autres qui ont tort. Ne te torture pas trop pour quelque chose dont tu n’as pas le contrôle. Ne fais pas semblant d’être qui tu es, sois juste toi. Profite de ce qui arrive, parce que ça peut s’arrêter aussi vite que ça a commencé.
C’est juste toi. Tu ne dois pas tenir compte de ce que les autres disent de toi. Si ça te plaît, alors c’est le mieux qui peut t’arriver. Ce sont tes choix, et après ce n’est qu’à toi d’assumer. Mais ne laisse pas les autres dicter tes choix ou ta vie en général. Tu dois faire ce dont toi tu as envie, toujours. Ne laisse pas les silences envahir ton esprit. Ton cœur mérite tout l’amour dont il a besoin et tu mérites de donner tout l’amour que tu as en toi.
C’était Talk Love with April, à la semaine prochaine. Et n’oubliez pas, vous êtes forts. »
***
Dernier jour avant le week-end. Cela ne me réjouit pas plus que ça, puisque depuis une semaine je suis coincé chez moi. Pour changer, Roxane m’a proposé d’aller à la plage avec elle et Aron. J’ai accepté parce que rester à la maison va finir par me rendre dingue. J’ai promis à mon frère d’aller à son entraînement de boxe demain, mais aujourd’hui j’ai aussi envie de sortir. Je ne pourrai pas me baigner, mais juste mettre les pieds, c’est déjà ça.
J’allume une cigarette en l’attendant et fume devant la maison. La fumée s’insinue en moi et me détend. Roxane arrive, en retard comme toujours, et j’écrase ma clope.
Nous échangeons les banalités habituelles et ce n’est que lorsque nous arrivons sur la baie de Bal Harbour que je me décide à lui raconter ce qui m’est arrivé avec Jordan.
— Nan, sérieux ? Il t’a demandé ça, comme ça ?
— Oui, je t’assure.
Elle éclate de rire et déclare :
— Eh bah, il est sacrément pas doué dis donc !
C’est le moins que l’on puisse dire.
— Clairement pas !
— Bon, ça se fait pas de se moquer, mais là franchement, c’est chaud !
— Ouais, j’arrête de lui parler là, parce que je pensais pas qu’il voulait quelque chose… Il m’a vraiment sorti « Disons que t’es canon, t’es gay et moi aussi. » ! Comme si c’était une évidence quoi, rigolé-je.
— Ah ouais, il est chaud bouillant le Jordan ! se moque-t-elle. Mais sérieux, c’est comme si Aron était venu en me disant « t’es canon, t’es hétéro et moi aussi, alors hop on se met ensemble. » ! Non, mais il a cru quoi lui ?
Aron éclate de rire à son tour et nous en rions pendant un long moment. Je n’en reviens toujours pas qu’il ait cru que ça allait passer.
— Et du coup… Tu as des nouvelles de Lyam ? demande Aron à mon attention.
— Pas vraiment non, les heures de visites sont assez restreintes et j’ai tellement peur de tomber sur sa famille que je n’ose plus y aller… L’autre jour, c’était vraiment à une minute près, j’étais dans le couloir pour partir et j’ai vu qu’ils sont entrés. Mais ils ne savent pas qui je suis, donc ça va… Mais quand même.
— Ah ouais, je vois !
— Mais parlons d’autres choses… tenté-je d’éluder.
— Moi je veux savoir une chose ! Est-ce que tu ressens quelque chose pour lui ? Si tu as clairement évincé Jordan, c’est déjà parce qu’il était maladroit, mais surtout parce que tu es amoureux, je me trompe ? balance Roxane.
Je m’apprête à répondre, mais mon téléphone vibre dans ma main valide. Je pose mes yeux sur l’écran et mon cœur fait un triple salto arrière dans ma poitrine.
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