Le droit d'aimer: Une romance M/M sur la découverte de soi (French Edition)

Chapitre 16

 

Toute la nuit, je me suis repassé en boucle les paroles de Roxane et elles ressemblent étrangement à celle du podcast que j’écoute. À croire que tout le monde se ligue contre moi pour que je me prenne enfin en main. Mais aujourd’hui j’ai autre chose à régler. Je mets mes sentiments et mes questionnements de côté, il faut absolument que je parle à mon frère.

 

Je rentre du basket, encore dégoulinant de sueur. Je n’ai pas pris de douche là-bas, je devais rentrer pour manger. Enfin, c’est l’excuse que je leur ai donnée. En réalité, je n’avais aucune envie de me retrouver au milieu de tous ces gars. Même si je les connais depuis longtemps et que ce sont mes potes, j’ai ressenti un malaise quand j’étais trop proche d’eux. Je ne sais pas si c’est dû à ma prise de conscience ou… Si, je pense que c’est ça. Mais merde, il va falloir que je me ressaisisse !

Une fois lavé et après avoir mangé, je frappe à la porte de mon frère. Elle s’ouvre à peine je la touche. Alex est couché dans son lit, les bras tendus avec son téléphone au-dessus de sa tête. Il s’effraie et lâche son téléphone sur son visage. Nous rions et je ferme la porte derrière moi.

— Ça va ? demandé-je en premier.

— Ouaip, et toi ?

— Ouais. Il faut que je te parle.

— Euh ? D’accord, dit-il en se redressant sur son lit.

Je m’assieds sur sa chaise de bureau face à lui et ne sachant pas par où commencer, je sors une cigarette de ma poche et commence prudemment :

— Alex, t’as déjà fumé ?

Je lui tends la cigarette, guettant sa réaction.

— Ouais, une ou deux fois… Mais je fume pas comme toi ! dit-il en déclinant d’un geste la cigarette.

Je la remets dans son paquet et poursuis :

— OK. Et autre chose que la cigarette ?

— Attends, tu insinues quoi au juste ?

— Je sais pas… T’as déjà été en soirée, non ? me renseigné-je.

— Quelques fois… Enfin, j’ai pas une bande de potes de ouf, tu sais, dit-il en levant les yeux au ciel.

Je décide d’aller droit au but, parce que cette conversation ne nous mènera nulle part sinon et j’attends qu’il baisse le son de la musique qu’il vient de lancer sur ses enceintes.

— Est-ce que t’as déjà pris de la drogue, Alex ?

Il baisse les yeux, ne me regarde pas et se triture les doigts. Sa réaction parle pour lui, il ne répond rien et je prends sur moi pour ne pas lui faire la morale.

— Alex ? répété-je. Parle-moi, je veux pas t’engueuler, je suis ton frère, pas papa ni maman. Mais je veux savoir, dis-le-moi si tu as déjà pris de la drogue…

Il s’arrache les petites peaux autour des ongles et ne me fait toujours pas face. Je me lève et m’assieds alors près de lui sur son lit. Je souffle et hoche la tête, comprenant qu’il l’a déjà fait s’il ne me répond pas.

— Pourquoi tu me poses cette question ? s’enquiert-il d’un coup.

— J’ai appris certaines choses, et j’aimerais que tu me dises si c’est vrai.

— T’as appris quoi ? Et par qui ? T’es même pas au lycée.

— Certes. Mais j’ai des potes du basket qui ont des frères et sœurs, tu sais.

— Ouais, dit-il peu convaincu.

— Bref, est-ce que tu as déjà acheté de la drogue à Calvin ? lui demandé-je directement.

Inutile de passer par quatre chemins, si je veux des réponses, je dois poser les bonnes questions. Il relève la tête et me fixe. Ses yeux se teintent de peur et je comprends qu’il y a un problème.

— Alex, je dirais rien à personne. Tu sais que tu peux me faire confiance, et je veux t’aider. Et pour ça, tu dois tout me dire. Sérieux, t’as seize ans, tu peux pas tout foutre en l’air maintenant. Je suis là et je veux pas que tu sois seul, dis-je en posant une main sur son épaule.

Il paraît effrayé et encore une fois, ça me fend le cœur. Je veux savoir ce qu’il me cache et j’ai bien l’impression que c’est plus que simplement avoir acheté de la drogue à Calvin. On dirait bien que c’est plus compliqué que ça.

Alex prend deux inspirations rapides et se lance :

— Je te jure, j’ai jamais voulu faire ça. Mais j’ai pas eu le choix…

— Pas eu le choix de quoi ?

— Quand on était encore à peu près potes, il m’a refilé quelques grammes, il m’a assuré que c’était cool. J’ai accepté, et il m’a dit que je pouvais lui payer plus tard. J’ai essayé, mais j’ai détesté, se précipite-t-il de me dire. Je t’assure, je recommencerai pas ! Mais j’ai oublié de lui payer et quelque temps après, il voulait que j’en vende pour lui. Forcément, j’ai dit non. Mais il ne m’a pas laissé le choix. Et je l’ai fait deux fois. Mais promis, j’ai tout arrêté depuis, mais pas lui… Et je crois que c’est le prix que je dois payer pour tout ça… Je lui ai déjà proposé de lui payer, même le double, mais il a jamais accepté… Il me sortait toujours que c’était trop tard, que je devais payer autrement maintenant.

— Oh Alex…

— Mais je peux rien dire, tu te rends compte, si papa et maman l’apprennent, je suis mort !

— Dis pas ça… soufflé-je en cherchant une solution pour le sortir de ce merdier.

— Promets-moi de pas leur en parler ! Je sais que j’ai fait le con, mais je crois que je paie assez…

— Ouais… T’inquiète, je dirai rien. Mais Alex, il faut que tu laisses tout ça derrière toi maintenant.

— Je sais, mais j’y pense tout le temps…

— OK, ça nous arrive à tous de faire des erreurs, mais tu dois pas les laisser te pourrir la vie. Ils n’ont aucun droit de gâcher tes années au lycée comme ça… Et s’il le faut, va voir quelqu’un au lycée et explique-leur qu’ils ne te lâchent pas… Quoiqu’il arrive, Calvin ne parlera jamais de la drogue, sinon il tombe aussi. Tu peux aller les voir, je sais pas moi…

Il ne répond rien et ne sachant qu’ajouter de plus, je lui propose d’allumer la console. On joue le reste de la soirée, et cela nous change les idées autant à lui qu’à moi.

 

***

 

Le match de cette après-midi s’est bien passé, nous avons gagné de justesse à la dernière minute. L’heure est maintenant à la fête, mais je préfère rentrer chez moi, trop fatigué pour aller chez Victor célébrer notre victoire. Je n’ai presque pas dormi de la nuit, seul dans le noir avec mes pensées, je n’ai pas réussi à faire taire les voix dans ma tête.

Je veux me reposer, mais je ne cesse de penser à ce que Roxane m’a dit.

« Tu prends ton putain de courage à deux mains, tu lui envoies un message et tu écoutes ce qu’il a à te dire ! »

Sauf que c’est plus facile à dire qu’à faire, et du courage, je crois ne pas en avoir beaucoup. C’est difficile de mettre des mots sur ce que je pense, parce que tout se mélange en même temps. Je ne sais pas si je dois avoir honte de ça, et en même temps je ne vois pas pourquoi je devrais. Mais est-ce que c’est vraiment ce que je veux ? Trop de questions se bousculent dans ma tête. Je ne sais pas si j’ai envie de lui écrire. Et pourtant, nos conversations me manquent et le fait qu’il soit un mec, en fait je crois que ça ne me dérange pas. Non, nos discussions restent les mêmes… Et puis, il faut dire qu’il est vraiment beau Lyam. Il a de grands yeux bleus, sa voix chaude et douce est captivante et ses cheveux bruns rapidement coiffés lui donnent un côté mystérieux. Il dégage vraiment quelque chose, c’est certain. Son regard me trouble.

Mais est-ce que je suis vraiment prêt à entendre ce qu’il aura à me dire ? Je n’ai jamais dragué un mec, est-ce que c’est pareil qu’avec une fille ? Une part de moi se fout de ma gueule, me dit que ce n’est qu’une passade et que d’ici quelques jours j’aurais retrouvé la raison et je retournerai parler aux filles. Mais la partie plus enfuie au fond de moi prend de plus en plus de place et remonte à la surface, comme pour casser la gueule à l’autre. Bien sûr que non, je n’ai jamais aimé embrasser une fille, je n’ai jamais été attiré par une paire de seins et encore moins par ce qu’elles ont entre les jambes. Roxane a raison, à chaque fois que je regardais High School Musical avec elle, je m’imaginais ce que ça faisait que d’être aux côtés de Troy Bolton, et non pas avec Gabriella…

C’est difficile de l’admettre, mais ma meilleure amie avait encore raison ! Bordel, mais quand est-ce qu’elle a tort, elle ?

J’ouvre Spotify sur mon téléphone et branche mes écouteurs. Je me glisse sous ma couette et allume ma console. Pendant qu’elle télécharge la dernière mise à jour, je cherche le logo de Talk Love pour lancer le dernier épisode du podcast que Roxane m’a conseillé il y a quelque temps. Talk Love with April démarre et je me demande ce qu’elle va aborder dans cet épisode.

 

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« … Tout ce qu’on veut, c’est un peu d’amour. Peu importe de qui il vient au fond, du moment qu’il est sincère, ne suffit-il pas ? Je crois que nous portons un peu trop notre attention sur le regard des autres, avant même de nous demander ce que nous recherchons au fond de nous. Il serait temps de s’écouter, de s’écouter vraiment je veux dire et d’arrêter de penser à ce que les autres pensent être bon pour toi. Tu veux rester seul ? Alors, reste-le. Tu te sens seul ? Alors trouve ta moitié. Mais ne te focalise plus sur ce qu’on attend de toi, parce qu’en réalité qui est assez bon pour juger ce qui est bon pour toi ? La seule personne capable de porter ce jugement, c’est toi et personne d’autre. Tu dois prendre conscience que tu es le seul maître de ta vie. Que personne n’a le droit de dicter ce que tu as à faire, ce qui est bon ou pas pour toi. Parce que la seule personne avec qui tu vis, c’est toi et pour le reste de ta vie. Alors, sois courageux, et ne fais que ce dont tu as envie au plus profond de toi-même. Parce que si tu ne le fais pas, qui le fera pour toi ? J’ai la réponse : personne. Alors si tu cherches à rencontrer l’amour, si tu es amoureux, amoureuse, en couple, célibataire ou c’est compliqué… Souviens-toi d’une seule chose : sois en accord avec toi-même, avec qui tu es et le reste suivra. Crois-moi. Ouvre-toi juste assez pour entrer en connexion avec l’autre. Et lorsque tu as cette connexion, ne la perds plus, elle est précieuse. Mais d’abord, trouve-toi, sois serein et découvre ce que tu veux vraiment.

C’était Talk Love with April, à la semaine prochaine. N’oubliez pas, vous êtes forts. »

 

Comme si l’univers ne se moquait pas déjà assez de moi, je reçois une notification sur Match&Meet. Un nouveau message de Léna, enfin Lyam.

Lyam : Salut Julian. J’espère que ça va. Je

comprendrais que tu ne veuilles plus jamais me parler.

Mais voilà je tente quand même… Est-ce qu’on

pourrait se voir, cette fois pour que je t’explique mes

raisons qui m’ont poussé à faire ça. Je crois que je te

dois bien ça… J’espère que tu me laisseras une chance.

Je n’ai aucune idée de ce que tu penses de moi, de ce

que tu penses de tout ça… Mais j’espère au moins que

tu seras assez curieux pour m’écouter, même si c’est

pour la dernière fois… Julian, s’il te plaît, accorde-moi

cette dernière rencontre. On parlait si bien… Et même

si je sais que ça a dû te faire un choc, je crois avoir vu

une once de désir dans tes yeux… Si je me trompe, très

bien, mais penses-y… Je t’en prie.

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