Le droit d'aimer: Une romance M/M sur la découverte de soi (French Edition)
Chapitre 19
— Je comprends totalement ce que tu peux ressentir…
— Ça a été comme ça pour toi aussi… ? demandé-je peu sûr de moi.
— Non, enfin… Disons que dans mon entourage il n’y a jamais eu de souci avec le fait d’être gay. Mais le regard des autres, lui, il peut être pesant. Depuis que je suis petit, mes parents m’ont toujours parlé de tout ça. J’avais le droit d’aimer les hommes tout comme j’avais le droit d’aimer les femmes. Ils m’ont toujours expliqué les choses.
Ah.
— Eh bien, dans ma famille… Disons que c’est pas ça du tout.
Il baisse les yeux et sa tête en même temps, comme si cela l’embêtait.
— Je vois… Écoute, je n’ai pas envie qu’on parle de nos familles aujourd’hui. Parce que ce n’est pas le but de notre appel… Mais j’aimerais que tu comprennes que je suis sincèrement désolé de m’être fait passer pour Léna.
— Oui, tu l’as déjà dit.
Je m’affale dans mon fauteuil et me passe une main dans les cheveux.
— Je te pardonne, dis-je d’un coup. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai envie de te pardonner… J’ai envie d’apprendre à te connaître, toi, Lyam et non pas Léna… Est-ce que tu trouves que je suis dingue de penser ça ?
— Pas du tout… Julian, je te l’ai dit, tu me plais. Et j’ai aussi envie d’apprendre à te connaître, mais pas à travers un écran.
— Pourquoi ?
— Parce que j’ai déjà tout fait foirer une fois, et je n’aimerais pas que ça se reproduise. Je veux vivre les choses en vrai. Je veux que tout soit réel. Qu’est-ce qui nous dit que ça ne nous mènera pas à une véritable histoire ?
Euh, il ne va pas un peu trop vite ?
Je prends le temps de digérer ce qu’il vient de dire et dans un soupire je lui réponds :
— Je vois… Le truc, c’est que pour moi, c’est tout récent, enfin tu vois ce que je veux dire ?
— Ouais, soupire-t-il. Eh bien, je te propose un truc. On se voit, on discute, tu me poses toutes les questions que tu veux, on passe du temps ensemble et on verra où ça nous mène… ?
— Genre, pas de prise de tête ?
— Pas de prise de tête, non. Ne réfléchis pas trop, laisse-toi porter et guider par ce que tu ressens… Léna m’a toujours soufflé cette citation, et je ne peux que la confirmer aujourd’hui…
Lyam pose sa tête sur sa main droite et son air rêveur me donne de l’espoir. Oui, un doux espoir que peut-être, je ne suis pas anormal, et que ce que je ressens n’a rien de mal.
— J’accepte, on verra bien par la suite… exprimé-je peu sûr de moi.
— Cool… Et sinon, est-ce que je peux savoir pourquoi tu m’as oublié, hier soir ?
Cette fois c’est moi qui baisse les yeux. Je m’en veux terriblement de lui avoir posé un lapin.
— J’étais pris par autre chose, et j’avoue que je n’ai pas regardé l’heure… Et puis, j’ai oublié, dis-je honteux.
— Tu faisais quoi ? répond-il curieux.
— J’étais avec un pote.
Je préfère rester évasif, j’ai bien trop honte de lui dire que j’ai joué avec un pote toute la soirée.
— Ah, d’accord. Et vous… ?
Ne voyant pas où il veut en venir, je lui demande :
— On… quoi ?
— C’est juste un pote ?
Je comprends mieux, il est jaloux, en fait !
— Oui, c’est un pote du basket, le rassuré-je.
Il ne répond rien, laissant le silence s’installer. Je préfère changer de sujet, il est bien trop tôt pour que nous nous disputions. Techniquement, je n’ai aucun compte à lui rendre à ce propos. Après tout, je viens à peine d’assimiler le fait que j’aime passer du temps avec un mec au lieu d’une meuf, alors… Je ne vois pas pourquoi je flirterais avec quelqu’un d’autre.
Nous continuons à discuter cette fois de nos vies, du travail, du basket, de la danse et nous raccrochons en nous promettons de ne pas arrêter de nous parler. Nous n’avons pas fixé de date pour nous voir, il a compris que j’ai besoin de temps. Je ne veux pas me mettre la pression à devoir comprendre mes sentiments du jour au lendemain. Je sais que le chemin sera long, mais j’ai envie de le faire, pour lui. Je ressens le besoin de me trouver, avant d’être avec lui, ou avec qui que ce soit d’autre. Ce que je ressens au plus profond de moi me perturbe, me dérange, et me fait peur. Je veux pouvoir réfléchir à tout ça, sans avoir à me dire que quelqu’un attend quelque chose de moi. Je ne me sens pas capable de lui offrir ce qu’il voudrait maintenant.
***
Les jours passent, se ressemblent et pourtant j’ai l’impression de ne plus être la même personne. Parfois, je me dis que je ne suis pas normal, mais au fond qu’est-ce qui est vraiment normal ? Je ne connais personne qui est dans la même situation que moi, et je me sens seul. Je ne sais pas quoi faire. Alors je pense à ce que ma meilleure amie me dirait. Elle me conseillerait de me renseigner, de trouver toutes les infos qui me feraient me sentir moins apeuré par cette situation. Enfin, je crois.
Alors je prends mon ordinateur, m’allonge sur mon lit et le pose sur mes genoux. J’ai envie de trouver des réponses à mes questions. Même si je ne suis pas très sûr de ce que je vais pouvoir trouver, il est possible que ce je lis ne me plaise pas… Ou que cela me plaise, mais que je n’ose pas me l’avouer à moi-même.
J’ouvre le navigateur Internet et me retrouve face à la barre de recherche. Comme un con devant mon écran, je ne sais pas quoi taper. Est-ce qu’un mot est mieux que l’autre ? Est-ce que Google sera capable de répondre à mes questions ? Est-ce que je trouverai réellement des réponses ? Ou un début de réponse, au moins ?
Il y a une partie de moi qui trouve tout cela évident et en même temps je ne peux pas m’empêcher de penser à ce que les autres, enfin ma famille, penseraient de moi. Le poids du jugement plane sur mes épaules et je ne crois pas avoir la force nécessaire pour l’affronter. Je n’ai pas envie de ressentir tout le dégoût dans les yeux de mon père. Je n’ai pas envie de décevoir ma mère. Comment se fait-il que tout cela soit si important pour moi ?
Je soupire et arrête de réfléchir, pour taper sur le clavier : « comment savoir si on est gay ». J’hésite un instant avant de presser le bouton « entrer ». Je regarde autour de moi, comme si des yeux me scrutaient, comme si je me sentais surveillé. Et pourtant, je sais que je suis seul dans ma chambre, un vendredi soir, alors que mes parents sont sûrement en train de regarder The Voice. Mais cette pression ne me quitte pas, comme si je faisais quelque chose de mal.
J’appuie finalement sur la touche et une multitude de titres de sites défilent sous mes yeux. Il y a des tests, des quizz, des vidéos et des blogs. Je ne sais pas sur quoi cliquer, mais mon attention se dirige vers un site dont le logo est un cœur avec un arc-en-ciel.
Je lis alors l’article qui parle des signaux indicateurs, enfin de ce qu’on peut ressentir et de l’attirance pour les hommes. Plus je lis l’article, et plus je suis dans la confusion la plus totale. Je crois que c’est exactement ce que je ressens. Mais je ne suis pas doué pour l’admettre. Il y est écrit que nous devons faire un travail sur nous-mêmes afin de savoir qui nous sommes et qui nous voulons être. Mais ce travail est bien plus difficile à entreprendre seul, quand on ne sait pas vraiment ce qu’on doit faire, ou bien même ce qu’on doit ressentir.
Je n’ai pas envie d’en parler à mes parents pour le moment. Il m’est inconcevable de leur dire. J’ai toujours été proche de ma mère, mais j’ai l’impression de ne pas pouvoir aborder certains sujets avec elle. Et puis, elle a toujours attendu que je lui présente une copine, alors si je venais lui expliquer que je ne lui en présenterai plus, je ne suis pas certaine que cela lui ferait plaisir tout de suite. J’ai besoin de temps, besoin de répondre à mes propres interrogations.
Mais, il est évident que je ne sais pas me poser les bonnes questions. Je n’ai jamais été très doué pour cela. D’aussi longtemps que je me souvienne, aux États-Unis, ça a toujours été Roxane qui m’aidait, et avec qui je pouvais toujours trouver des réponses à mes questions.
J’envoie un message à ma meilleure amie, pour que nous nous voyions demain.
Elle me répond immédiatement, et sa réponse me réconforte un peu :
Roxane : Hey ! Pas de soucis pour demain, Aron
a un match de foot. On se voit après ton
entraînement ?
Julian : OK ! Oui, j’ai entraînement de 13h à
15h. Je suis en repos sinon, quelle heure te va ?
Roxane : Parfait ! Le match d’Aron est à 16h30.
On peut se voir à ce moment-là, ça ne devrait pas le
déranger que je ne sois pas là.
Julian : T’es sûre ?
Roxane : Oui ! On se dit 16h30 à la plage ?
Comme d’hab ?
Julian : Parfait pour moi. 😊
Je ne lui dis pas que j’ai besoin d’elle pour éclaircir ma situation actuelle, mais je sais qu’elle sait. Il me paraît évident qu’elle se doute que j’ai des choses à lui dire, du moins à lui demander.
Je reçois de nombreuses demandes sur Match&Meet. J’ai déjà pensé à me désinscrire, mais je n’ai aucun autre moyen de contacter Lyam si je quitte l’application. J’ai décidé d’y rester encore un moment. Mais forcément, je reçois encore des messages venant de filles. Étrangement, cela me dérange. Enfin, lorsque je lis les messages, je ressens encore plus de dégoût qu’avant. Déjà avant, je n’appréciais pas le genre de messages « rentre-dedans » et direct, qui faisaient des allusions sexuelles ou des « bb » en tous genres, mais là je dois dire que tout cela me répugne. Je ne ressens aucune envie de leur répondre, et encore moins d’entretenir une relation avec elles. La seule personne à qui j’ai envie de parler, là, tout de suite, c’est Lyam.
Bordel !
Je n’attends pas plus d’une minute et lui envoie un message, auquel il répond de suite. Nous passons la soirée à discuter, de tout et de rien, comme s’il n’y avait aucune gêne et aucun souci. Comme si notre relation était totalement normale. Parce qu’elle est normale, en fin de compte. Nous sommes seulement deux personnes, discutant, nous amusant et passant un bon moment ensemble… Qu’y a-t-il de mal à cela ?
Je me dis tout ça et à la fois, la société fait que je me pose encore un millier de questions, en me demandant si justement c’est bien, si nous en avons le droit… Mais après tout, pour l’instant, nous sommes comme deux potes qui s’aiment bien, pas vrai ?
***
Ce matin, le réveil à neuf heures fait du bien. Cela faisait longtemps que je n’avais pas fait de grasse matinée. J’ai besoin de courir, j’enfile un jogging à peine sorti du lit et descends dans la cuisine. Un smoothie est prêt dans le frigo, comme d’habitude. Je le bois rapidement et savoure un instant la fraîcheur du liquide que je sens couler à travers mon corps. Revigoré par les fruits, j’enfile une casquette et mes écouteurs dans les oreilles. Je sors plus déterminé que jamais à me défouler. Il m’arrive souvent de ressentir ce besoin viscéral de courir, d’évacuer tout ce que j’ai dans la tête, à travers les longues foulées que font mes jambes. Le vent du matin est agréable, mais le soleil est déjà chaud. Aucun nuage ne vient donner de moment de répit au soleil, ce qui me fait transpirer deux fois plus. J’arpente les rues de mon quartier, avant de rejoindre un petit chemin qui me mène vers la plage. Les touristes commencent à être de plus en plus nombreux. Bal Harbour est une destination luxueuse pour les vacances et il y a généralement beaucoup de monde sur les plages à certaines heures, mais rarement le matin.
Je ne pense à rien, laissant la musique guider mes pas et ma cadence se stabilise lorsque j’atteins le bord de l’océan. Plus rien ne peut m’atteindre, je me vide de toutes mes interrogations, de mes doutes, de mes appréhensions et de mes peurs. Je les laisse pour plus tard, préférant profiter de l’instant où aucune pensée parasite ne m’atteint.
Une fois douché, je profite d’un moment seul pour aller sur la terrasse. Je prends mon ordinateur et descends dehors. Je me pose sur notre table de jardin et ouvre mon ordi. Pendant qu’il s’allume, je me cherche un sandwich dans la cuisine. Affamé par ma course, je ne peux pas attendre midi pour manger.
Malgré la pause que m’a procurée le sport, je ne peux pas m’empêcher de repenser à Lyam. Je me suis demandé cette nuit si je ne trouverais pas quelqu’un comme moi sur Internet. Je sais qu’il y a Lyam et qu’il serait bien entendu disposé à répondre à toutes mes questions. Mais j’ai besoin de trouver certaines choses par moi-même. Je continue alors mes recherches de la veille et tombe sur un blog de la communauté LGBTQIA+. Je commence à lire les témoignages et bizarrement, je comprends toutes ces personnes. Je réalise aussi que nous avons exactement les mêmes interrogations. Certaines personnes sont perdues, d’autres apportent des réponses, du soutien et de la bienveillance.
— Hello !
Je suis tellement absorbé par ma lecture que je n’entends pas mon frère arriver derrière moi.
— Tu te mets à lire des forums LGBT, toi, maintenant ? se moque-t-il en montrant mon ordinateur du doigt.
Je mets une seconde de trop à refermer brusquement mon appareil et il attend une réponse de ma part.
— Euh, ouais, enfin nan…
Ma réponse balbutiante n’est pas du tout convaincante et je vois bien qu’il attend plus que ça.
— T’es sûr que ça va Julian ?
— Ouais ! dis-je enthousiaste et conscient que j’ai été pris la main dans le sac.
— Tu sais que tu peux tout me dire, hein ?
Je ne réponds rien et croque dans mon sandwich. Alex s’assied sur la chaise en face de moi et mâche ses céréales. Il pose son bol sur la table et attend encore une réponse.
— Je sais, merci petit frère, dis-je du plus naturellement possible.
Il lève encore plus la tête vers moi et hausse les sourcils.
— Sérieux, Julian. Tu sors avec un mec ?
Sa question me prend de court. Je fais un arrêt sur image pendant quelques secondes et ne sais pas quoi lui répondre. Non, techniquement je ne sors avec personne. Mais est-ce que je discute avec un mec homosexuel, oui. Et est-ce que cela me plaît ? Oui, aussi. Mais suis-je vraiment prêt à en parler avec lui ?
Oh, et puis, après tout, si je ne peux pas lui en parler, je ne peux en parler à personne, alors je me lance, hésitant tout de même.
— Non ! m’exclamé-je.
— Oh, OK, OK, dit-il visiblement déçu.
— Mais…
Mon frère relève ses yeux vers moi et ses lèvres s’étirent, comme s’il s’attendait à la suite.
— Je ne sais pas vraiment ce qui se passe en ce moment dans ma vie…
— C’est-à-dire ?
Alex est mon petit frère, mais j’ai l’impression que les rôles sont inversés ! Je pose mon sandwich presque terminé sur mon assiette et me redresse sur ma chaise.
— Bah… Tu te souviens quand je t’ai parlé d’une fille à qui je parlais sur l’appli de rencontre ?
— Oui ? s’intéresse-t-il.
— En fait, c’était pas elle…
— Attends, je comprends rien ?
— La fille en question… Bah c’était un gars.
— Ah ouais… s’exclame-t-il en ouvrant grand les yeux et avec une mine choquée. Mais comment tu l’as appris ? Raconte-moi, mec !
Je lui raconte alors depuis le date à quatre, jusqu’à ce que Lyam se pointe à la place de Léna et il m’écoute attentivement jusqu’au bout. Bizarrement, je me surprends à ne pas parler trop fort, presque à chuchoter. C omme si tout cela était un secret et que personne ne devait l’apprendre dans le quartier. C’est ridicule, nous sommes tous les deux sur la terrasse, et personne ne peut ni nous voir ni nous entendre.
— Oh, mais Julian… Pourquoi est-ce que tu ne me l’as pas dit tout de suite ? s’étonne-t-il.
— Pourquoi est-ce que toi, tu ne m’as pas dit dès le premier jour que Calvin te harcelait ? rétorquais-je un peu brutalement.
— Parce que… j’avais honte, répond-il les yeux vers le sol.
— Eh bien, exactement pour la même raison que toi, je ne t’ai rien dit pour Lyam…
Il prend un moment pour digérer tout ce que je viens de lui dire et il prend enfin la parole :
— Je te trouve tellement courageux. Sérieux, je suis heureux pour toi… Tu sais ça fait quelque temps que je voulais te le demander déjà. Mais j’ai jamais osé, j’avais peur que tu le prennes mal. Mais le blog ouvert sur ton ordi, c’était l’indice de plus.
Je lui souris et ne sais plus quoi ajouter.
— Sérieux, Julian fonce ! Si t’as envie d’essayer, vas-y, t’as rien à perdre, si ?
— Non… Je crois pas.
— Alors, qu’est-ce qui te retient ?
— Tout ? Rien ? J’en sais rien…
— Ah ! Tu t’es toujours posé trop de questions… Depuis la première copine que t’as eue, je me souviens ! Franchement, t’aimes pas les meufs ? Bah tente avec un mec et t’auras la réponse à toutes tes questions ! J’en suis sûr !
Mon frère me balance ça, comme si cela était aussi simple que bonjour. Mais la réalité c’est que j’ai la trouille, putain !
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