Le Meilleur Médicament, c'est vous !

Frédéric Saldmann · Chapitre 13 sur 58

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Le Meilleur Médicament, c'est vous !

• Les troubles gastro-entérologiques

Les troubles gastro-entérologiques (constipation, ballonnements, hernie hiatale, reflux gastrique…) comptent parmi les motifs les plus fréquents de consultation médicale. Pourtant, de nombreux inconforts digestifs pourraient être facilement évités en modifiant notre façon de nous tenir. Pour vous en convaincre, je vous propose d’observer les arbres. Ceux qui poussent bien droit dresseront plus rapidement leurs cimes vers le ciel. En revanche, ceux qui se développent trop penchés n’auront pas une longue espérance de vie. La difficulté, pour le corps humain, est qu’il doit adopter les bonnes positions tout en étant en permanence en mouvement. L’idéal est de se situer toujours sur son centre de gravité, quelles que soient les positions. Ce mouvement est essentiel à la vie car, comme le disait Einstein : « La vie c’est comme la bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l’équilibre ».

 

La nouvelle posture à adopter aux toilettes

Je vais aborder un sujet sensible et très intime. Il s’agit des meilleures positions à adopter pour la défécation. Le sujet peut paraître surprenant car, a priori, il n’existe qu’une seule position adoptée par tous, à savoir assis tranquillement sur le trône. Pourtant, ce n’est peut-être pas la meilleure position. Plusieurs équipes de chercheurs aux États-Unis, en Israël et au Japon se sont penchées sur ce thème et tous les travaux scientifiques arrivent à la même conclusion : il vaut mieux se tenir accroupi qu’assis pour évacuer ses selles. En fait, la position assise est une position relativement récente due au progrès des toilettes modernes, mais elle n’est pas physiologique.

Les recherches ont mis en avant plusieurs éléments nouveaux. En position assise, l’angle anorectal est beaucoup plus fermé qu’en position accroupie, ce qui tend à retenir les fécès à l’intérieur du rectum, et donc à pousser davantage pour les évacuer, voire parfois incomplètement. Pour illustrer ce propos, pensez à un tuyau d’arrosage plein d’eau à moitié plié : l’eau s’écoule difficilement. C’est exactement ce qui se passe en position assise. Quand le sujet se met accroupi, l’angle s’ouvre, la pliure disparaît et l’eau peut s’évacuer facilement.

Les médecins qui ont réalisé ces expérimentations sur des volontaires ont

ainsi remarqué que les personnes mettaient trois fois moins de temps à évacuer leurs selles en position accroupie qu’en position assise. Les participants ont tous noté qu’ils avaient à peine besoin de pousser lorsqu’ils étaient accroupis et que la défécation était facile et rapide. Ce détail est très important car pour les personnes souffrant d’hémorroïdes, cela permet de diminuer les douleurs et la résurgence des crises en baissant de façon physiologique la pression. Dans les cas de pathologies cardiovasculaires, l’effort à produire se trouve limité, ce qui permet d’éviter des montées inutiles de la pression artérielle.

À première vue, cela paraît difficile de mettre en pratique cette

recommandation, car les W.-C. dits à la turque ont presque disparu. Certains proposent de se tenir justement accroupi sur le siège des toilettes mais cela peut paraître un peu périlleux ! Il existe une solution intermédiaire qui consiste à placer en face du trône un petit tabouret pour surélever les pieds tout en restant assis. Ou plus facilement, glissez vos mains sous les cuisses pour soulever vos jambes, redressez vous et, mécaniquement, vous basculerez vers l’arrière. C’est gagné ! Cette position permet d’enlever partiellement la pliure rectale provoquée par la position assise. Les participants aux études ont noté jusqu’à l’économie d’une heure par semaine grâce à cette nouvelle position. De plus, cela peut permettre d’éviter l’utilisation de laxatifs.

Le fait d’opter pour une bonne position aux toilettes a d’autres avantages

que de gagner du temps. Elle peut soulager les personnes qui souffrent d’hémorroïdes. Les hémorroïdes sont des dilatations des vaisseaux de la région de l’anus qui font penser à des varices des jambes. Elles peuvent être très douloureuses, occasionner des inflammations et des saignements. Réduire les efforts de poussée au moment de la selle va être bénéfique en évitant que la pression augmente au niveau de ces vaisseaux sanguins. Dans un autre domaine, une équipe de scientifiques a étudié le lien chez l’homme entre troubles de l’érection et hémorroïdes. L’étude a porté sur plus de 6 000 hommes. Ils ont noté que 90 % des hommes souffrant de troubles de l’érection présentaient justement des hémorroïdes et ceci est d’autant plus marqué qu’ils avaient moins de 30 ans. La raison semble être liée au fait que le gonflement de certains vaisseaux proche du rectum provoquerait une irritation de nerfs voisins intervenant dans l’érection. Faites l’essai de cette nouvelle position et vous jugerez par vous-même de son efficacité…

 

Les dangers du travail assis

Les positions du corps au repos jouent sur la santé. C’est ce que vient de démontrer une étude australienne conduite auprès de 900 patients atteints par un cancer du côlon et qui ont été comparés à 1 000 sujets témoins en bonne santé. Les scientifiques ont constitué une base de données réunissant les informations sur leurs habitudes alimentaires et leurs activités physiques et professionnelles. Les sujets qui travaillaient assis devant un ordinateur étaient considérés comme sédentaires, par rapport à ceux dont le travail nécessite un mouvement constant, comme une infirmière ou un serveur de restaurant. Les chercheurs ont constaté que les sujets qui pratiquaient une profession sédentaire pendant au moins dix ans avaient deux fois plus de risque d’être victimes d’un cancer du côlon. Parmi ces cancers, ce sont les cancers « les plus près de l’assise de la chaise » qui sont les plus fréquents, en particulier ceux du rectum, dont la fréquence est multipliée par 1,5. Il est intéressant de constater que cette augmentation de fréquence du risque de cancer ne dépend pas de l’activité physique pratiquée en dehors des heures de travail. Cet élément est fondamental. Il signifie que la position assise huit heures par jour constitue, indépendamment des autres activités de la journée, un facteur de risque. Une activité sportive quotidienne ne suffirait pas à compenser ces journées sur une chaise. Il ne s’agit pas de la première étude sur ce sujet. D’autres travaux réalisés précédemment avaient déjà suspecté le fait d’être assis trop longtemps comme un risque de cancer du côlon.

Pour tenter de comprendre le lien entre les cancers coliques et la position assise prolongée, les scientifiques australiens ont étudié les mécanismes physiologiques engendrés par une telle position. Il apparaît que la sédentarité est un facteur qui augmente la glycémie (taux de sucre dans le sang) et le taux de molécules inflammatoires circulantes. Par ailleurs, la sédentarité est un facteur connu d’augmentation de la surcharge pondérale, facteur de risque indépendant des cancers. L’obésité entraîne une hausse quotidienne de la consommation des aliments. Il est évident que lorsque l’on mange trois ou quatre fois la quantité nécessaire à l’organisme, on absorbe plus de pesticides et de produits chimiques contenus dans certains aliments. Les normes de tolérance de ces produits toxiques sont conçues pour des quantités que je qualifierais de normales. En revanche, une dose trop élevée peut faire le poison. Le corps humain n’est pas prévu pour détoxiquer les aliments en excès. Les filtres naturels que sont les reins ou le foie sont débordés en pareil cas. Il suffit d’observer le nombre de sujets en excès de poids qui présentent un foie gras à l’échographie. C’est exactement comme pour les oies ou le canard : le foie débordé par tous ces excès ne répond plus à la demande.

 

Finie la sédentarité !

 

Quand on sait que rester assis pendant moins de trois heures par

jour augmente l’espérance de vie, cela fait réfléchir ! Je suggère donc

aux amateurs de télévision de regarder leurs programmes préférés en

pédalant sur un vélo d’appartement. Si vous devez passer beaucoup de

temps assis, faites des pauses régulières en allant marcher quelques

minutes hors de votre bureau ; si vous êtes chez vous, étendez votre

linge, récurez votre baignoire, nettoyez vos carreaux. Bref, alternez

toujours une activité physique avec une position immobile. Ces

simples gestes augmentent de façon significative la durée de vie en

bonne santé. L’étude qui a mis le doigt sur cette corrélation a été

réalisée aux États-Unis, où l’on regarde souvent la télé en position

semi-allongée sur son canapé. Les chercheurs ont insisté sur le fait

qu’en position assise, les muscles des jambes et des cuisses étaient

inactifs, contribuant ainsi à la perturbation du métabolisme des sucres

et des graisses au niveau sanguin.

 

Le reflux gastro-œsophagien

Le reflux gastro-œsophagien (RGO) concerne bon nombre de Français. Il

consiste en des remontées acides le long de l’œsophage, parfois jusque dans la gorge, qui surviennent après les repas, principalement en position allongée. Physiologiquement, le RGO est dû à une mauvaise circulation du bol alimentaire. Lorsque vous mangez, le contenu des aliments va descendre le long de votre œsophage, puis arriver à une sorte de « muscle-péage » (le cardia). Ce muscle, qui sépare votre œsophage de votre estomac, va s’ouvrir pour laisser passer les aliments, puis se refermer. Dans le cas d’un RGO, ce sphincter n’est pas suffisamment tonique pour se fermer complètement, et il va laisser « remonter » des particules alimentaires acides provenant de l’estomac. Si vous souffrez d’un reflux, il faut évidemment consulter, car un traitement médical peut en venir à bout. Néanmoins, quelques gestes hygiéno-diététiques simples vous permettront de prévenir et de tempérer ce trouble fort désagréable :

Ne foncez pas au lit après avoir mangé et surélevez la partie haute de votre corps en vous offrant un deuxième oreiller. Mangez en petites quantités.

Surveillez votre poids.

Proscrivez le tabac et l’alcool.

Évitez les aliments épicés, les oignons, les graisses…

 

La hernie hiatale

Un tiers des Français souffrent d’une hernie hiatale. La hernie hiatale est une petite partie de l’estomac qui passe au-dessus du diaphragme, entraînant des reflux acides et des éructations fréquentes. Il existe des moyens simples et pratiques qui peuvent contribuer efficacement à réduire ou à faire disparaître les symptômes sans avoir recours à des médicaments classiques qui ont l’inconvénient, en dehors d’effets secondaires possibles, de devoir être pris à longueur d’année.

Tout d’abord, il faut absolument éviter de boire ou de manger des aliments brûlants. Je recommande d’ailleurs cela en dehors des problèmes de hernie hiatale. Boire trop chaud augmente le risque des cancers de l’œsophage. Une étude conduite en Chine a clairement démontré que le fait de boire du thé trop chaud majore la fréquence de ces cancers. Il existe d’autres éléments à l’origine de ces cancers, comme le tabac ou l’alcool, mais il s’avère que la température trop forte des boissons ou des aliments fait partie des vrais risques. Une boisson saine comme le thé vert peut donc devenir nocive pour la santé si elle est bue brûlante. C’est là un point clé de la nutrition et de la sécurité alimentaire. Tout est question de température et de mode de préparation.

Concernant les boissons chaudes, il existe d’ailleurs un petit paradoxe. De

nombreux voyageurs ont ainsi observé que les nomades dans le désert buvaient du thé chaud pour se rafraîchir. En effet, quand la température s’élève, nous transpirons pour évaporer de l’eau, ce qui permet de refroidir le corps. Quand on boit froid, nous poussons le corps à produire de l’énergie pour le réchauffer. Sur le coup, cela provoque une sensation de frais, mais ensuite on a chaud. À l’inverse, un thé légèrement chaud produit une sensation de fraîcheur durable.

Dans le cadre de la hernie hiatale, le fait de boire trop chaud pousse à

avaler trop d’air pour refroidir le liquide. L’air avalé en excès exerce ensuite une pression dans l’estomac qui favorise les reflux acides et les éructations. D’autres conseils sont à suivre pour éviter une ingestion excessive de l’air : ne pas marcher et manger en même temps, ne pas manger en discutant, ne pas mâcher du chewing-gum, éviter de boire avec une paille ou directement au goulot… Il faut bien sûr manger le plus lentement possible et la bouche fermée.

 

Les ballonnements

Quoi de plus désagréable que ces moments où, après un repas ou en fin de

journée, vous constatez que votre ventre a triplé de volume, qu’il est douloureux et que vous avez l’impression que vous allez accoucher d’un éléphant ! Chacun d’entre nous a un jour ressenti ces ballonnements, qui disparaissent généralement au bout de quelques heures. Dans le jargon médical, on appelle cela une colopathie fonctionnelle. Le côlon, qui a pour fonction de transporter les reliquats d’aliments jusqu’à la « sortie », se gonfle d’air, devient paresseux et fonctionne au ralenti, provoquant le plus souvent une constipation. Pourtant, de nombreux médecins vous diront qu’il ne s’agit pas d’une « vraie » maladie et qu’une simple modification de quelques règles alimentaires suffit à éviter ce trouble : pour cela, il faut privilégier un régime riche en fibres et boire beaucoup d’eau. Les fibres ne sont pas assimilables par l’organisme, elles traversent donc l’appareil digestif et favorisent la digestion en entraînant avec elles le reste des aliments. Pour être efficaces, elles doivent gonfler, d’où l’importance de boire au moins 1,5 litre d’eau en dehors, mais aussi pendant les repas. Il est également primordial de manger lentement et dans le calme. Vous avez tous remarqué que vous digérez moins bien après un repas animé, bruyant et pris trop rapidement.