Le Meilleur Médicament, c'est vous !

Frédéric Saldmann · Chapitre 36 sur 58

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Le Meilleur Médicament, c'est vous !

• Modifier la structure du cerveau

 

La réserve cognitive

Comme le disait Michel Lejoyeux : « Tout ce qui change nous excite, nous intrigue, nous stimule. » Il est vrai qu’un cerveau bien « musclé » dispose d’un groupe électrogène de secours en cas de panne, qui permet de limiter les dégâts : c’est ce qu’on appelle la réserve cognitive, qui est une sorte de réserve des possibilités cérébrales. Pour améliorer sa réserve cognitive et renforcer ses circuits neuronaux, il est nécessaire de s’exercer quotidiennement. Par exemple, se pousser à essayer de comprendre un raisonnement scientifique alors que ce n’est pas sa formation stimule de nouvelles zones du cerveau. De même, effectuer deux actions en même temps (téléphoner et lire un journal) sollicite de nouveaux circuits cérébraux. Se lancer dans une recette de cuisine alors que l’on sait tout juste cuire des pâtes à l’eau correspond à la même démarche. Contrairement aux idées reçues, de nouveaux neurones peuvent naître tous les jours et ceci, quel que soit l’âge. Cette notion risque de surprendre les personnes qui pensent que l’on naît avec un stock de neurones prédéterminé et qu’il s’amenuise progressivement au fil des années. Il n’en est rien. L’avenir de notre cerveau est entre nos mains. Il deviendra ce que nous en ferons. Nous avons le choix, celui de le laisser décliner avec les années ou bien celui de lui faire suivre un entraînement quotidien pour qu’il devienne de plus en plus performant. Mais disposer d’un disque dur cérébral ultrapuissant et rapide nécessite de mettre en place une véritable politique de santé publique personnelle. Notre réserve cérébrale est en effet en étroite relation avec notre hygiène de vie, notre réserve cognitive est liée aux stimulations externes et notre réserve psychoaffective est en prise directe avec les relations sociales.

Disposer de meilleures réserves cérébrales, c’est se doter de la capacité de

retarder considérablement l’arrivée des maladies neurodégénératives en augmentant le nombre de connexions synaptiques tout en optimisant la capacité de recrutement de nouveaux circuits neuronaux. Le cerveau devient plus flexible et résiste ainsi mieux aux maladies. La formation de ces réseaux alternatifs constitue une sorte de digue face aux pathologies qui abîment le tissu cérébral. Il nous faut améliorer notre espace de stockage, notre puissance de transmission des informations et également stimuler nos capacités d’imagination en pensant à la citation de Victor Hugo : « L’imagination, c’est l’intelligence en érection. »

 

Surveiller son état général

Il est évident que l’état général de l’organisme impacte directement sur

l’état du cerveau. Le cerveau a besoin d’oxygène pour bien fonctionner. Cet oxygène est apporté par l’hémoglobine du sang véhiculé par les artères. Si ces artères sont rétrécies par des plaques d’athérosclérose qui les bouchent progressivement, le cerveau sera mal irrigué et, pire, dans certains cas, une artère occluse provoquera un accident vasculaire cérébral avec des dégâts épouvantables comme une hémiplégie, une perte de la vision ou du langage. Il faut donc veiller à ce que les artères ne s’obstruent pas pour que le carburant essentiel du cerveau arrive bien dans les cellules.

Le cholestérol doit être contrôlé régulièrement, car lorsqu’il est en excès,

il participe à la formation des plaques qui se déposent sur les artères (voir chapitre 2). On arrive à le faire baisser par un régime alimentaire pauvre en cholestérol ou, si cela ne suffit pas, par des médicaments qui seront prescrits par le médecin traitant. On peut aussi s’aider de produits industriels alimentaires comme des yaourts ou des margarines qui contiennent des phytostérols et peuvent diminuer de 10 à 15 % le taux de cholestérol sanguin. De même, nous devons surveiller d’autres graisses du sang, les triglycérides.

Le diabète intervient également dans la formation de ces plaques (voir chapitre 2). En effet, il existe des liens importants entre le diabète et la fréquence des accidents vasculaires cérébraux. Que ce soit un diabète qui se traite par l’insuline ou le diabète gras de la maturité qui se soigne par des comprimés, on ne doit jamais laisser un taux de sucre dans le sang en excès. Le sucre en excès va agir tel un poison et abîmer tous les circuits vasculaires, que ce soit au niveau du cœur responsable de l’infarctus du myocarde, des vaisseaux des jambes provoquant l’artérite, ou des yeux.

Enfin, l’hypertension est un véritable fléau car elle peut durer des années sans déclencher de symptômes, qui peuvent être, par exemple, des maux de tête ou une impression de mouches volantes devant les yeux. Dans certains cas, la tension est normale au repos et s’élève de façon excessive à certains moments de la journée. Il existe un moyen pour en avoir le cœur net. Il suffit que le médecin installe pendant 24 heures un petit boîtier à la ceinture du patient pour enregistrer la pression artérielle de façon régulière. Ce procédé permettra au praticien de savoir si la pression artérielle au cours de la journée s’inscrit toujours dans les limites de la normale. L’impact de la tension artérielle se lit également sur les petits vaisseaux des yeux. Ces vaisseaux extrêmement fins sont très sensibles à une tension artérielle trop élevée. L’examen du fond d’œil pratiqué par l’ophtalmologiste permet de s’assurer que ces petits vaisseaux ne souffrent pas et restent intègres. L’hypertension artérielle peut ainsi s’installer insidieusement au fil des années et causer des dégâts très sévères dans l’organisme. Le cerveau est l’un des premiers à en payer les conséquences. C’est d’autant plus regrettable qu’il existe aujourd’hui tous les moyens thérapeutiques nécessaires pour traiter et équilibrer une tension artérielle. De même que les familles possèdent un thermomètre pour prendre la température, il serait utile de disposer d’un appareil automatique pour prendre la tension. Il est évident que la découverte d’une hypertension artérielle entraîne systématiquement la réalisation d’un bilan médical complet pour rechercher les causes possibles de cette hypertension, d’une part, pour évaluer les dégâts qu’elle a déjà occasionnés, d’autre part.

 

L’apprentissage et les pensées

Les pensées répétées peuvent réussir à modifier la structure du cerveau.

Des scientifiques ont demandé à un premier groupe de sujets de jouer avec la main droite et la main gauche sur un piano des notes qui se succèdent régulièrement en partant du pouce jusqu’à l’auriculaire : « do ré mi fa sol fa mi ré do », et ainsi de suite pendant une séance prolongée tous les jours pendant cinq jours. Au bout de cinq jours, ils ont constaté sur l’IRM (imagerie à résonance magnétique) une modification de l’aire du cerveau correspondant à la flexion des doigts qui avait nettement grandi par rapport à l’IRM passée avant les exercices. À un autre groupe de sujets, ils ont demandé de ne pas jouer de piano mais d’être présents à côté du pianiste à chaque séance et d’imaginer mentalement qu’ils étaient en train de réaliser le même exercice au piano. La surprise a été de constater que les non-joueurs présentaient les mêmes modifications du cerveau à l’IRM que les joueurs. Par la concentration, l’imagination et la pensée, les « spectateurs » étaient arrivés aux mêmes résultats que les « actifs ». Par l’apprentissage de gestes, de pensées, de raisonnements spécifiques, le cerveau peut, jour après jour, se muscler et devenir plus fort. De même, si l’on apprend à des personnes à jongler tous les jours, les zones du cerveau correspondant à l’aptitude à jongler vont se développer. L’IRM permet de voir le cerveau s’épaissir dans les zones correspondantes. En revanche, si la personne arrête de jongler, les zones qui avaient augmenté de volume reprennent une taille plus petite plusieurs mois plus tard.

En comparant le cerveau de jumeaux qui, à la naissance, sont strictement

identiques, on constate qu’ils ne se ressemblent plus du tout quelques années plus tard, en fonction des expériences vécues et des apprentissages dans des domaines différents. Grâce aux progrès de l’imagerie cérébrale, le fait de pouvoir étudier le cerveau en direct permet de comprendre à quel point nos pensées et nos actions modifient jusqu’à la structure même du cerveau. Ce qui est merveilleux, c’est que bien que le cerveau soit contenu dans l’espace limité de la boîte crânienne, il sait toujours se faire de la place en se plissant pour former des circonvolutions. Imaginez que vous rangiez un grand drap dans une boîte, il finira par faire de nombreux plis par manque de place. C’est exactement ce qui se passe avec le cerveau dans la boîte crânienne. Les spécialistes ont démontré que si l’on déplie un cerveau sur une table, il représente une surface de 2 mètres carrés sur une épaisseur de 3 millimètres. Le cerveau possède une véritable plasticité, c’est-à-dire qu’il est capable de changer, d’évoluer en permanence, d’accroître des régions sollicitées ou de réduire celles qui s’endorment. Une personne qui trouve qu’elle a profondément changé en raison d’un métier différent, de sensations différentes, de nouveaux apprentissages, verra les zones correspondantes de son cerveau modifiées à l’IRM. Mais si nous répétons sans cesse les mêmes actions, si les mêmes pensées tournent en boucle, le cerveau ne fonctionne qu’en régime réduit. Le cerveau est fainéant quand il s’agit de reproduire des activités répétitives, comme Charlot dans Les Temps modernes. C’est comme s’il se mettait en veille. Il faut apprendre à tous les âges à faire ce que l’on ne savait pas faire auparavant pour stimuler les zones endormies du cerveau et qui ne demandent qu’à exister.