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• Régénérer son cerveau
Casser la routine
Au plus profond de notre cerveau, il existe une petite zone secrète appelée l’hippocampe, qui fonctionne comme un véritable radar des faits nouveaux. Lorsqu’une nouveauté apparaît, l’hippocampe compare ce qui arrive aux anciennes informations stockées. Si cette nouveauté est bien réelle, il va envoyer des signaux à d’autres zones du cerveau pour qu’elles produisent la dopamine, une hormone du plaisir. Des recherches ont montré que ce qui est nouveau stimule la mémoire.
Le cerveau a la capacité de s’éveiller et de monter en puissance quand il n’est plus soumis à la routine. Les habitudes et la répétition constituent un poison destructeur pour les capacités intellectuelles. La rapidité de pensée, la mémoire, l’intelligence ont besoin de changement, carburant essentiel pour rester fiables, performantes et ne pas se dégrader inéluctablement au fil du temps. Les maladies neurodégénératives constituent un véritable fléau en constante augmentation. Combien de personnes, en vieillissant, subissent une altération des fonctions intellectuelles et perçoivent l’ankylose de leur cerveau comme une fatalité ? C’est justement à ce moment-là qu’elles font l’inverse de ce qu’il faudrait faire pour rester en bonne santé : elles se mettent dans des circuits de routine et de répétition comme pour se protéger. Et c’est en se protégeant qu’elles s’exposent justement au danger. L’absence de petits dangers quotidiens, la trop grande facilité des tâches quotidiennes, l’absence d’imprévus et de nouveaux contacts sociaux constituent en fait de vrais risques. La société actuelle gomme chaque jour les efforts : l’ascenseur, l’automobile, la nourriture de plus en plus molle, tout est construit pour diminuer l’exercice physique, mais aussi les efforts intellectuels. À âge égal, la mortalité des sujets en retraite est plus importante que celle des sujets en activité. Les activités comme le golf, le bridge ou les mots croisés ne suffisent pas à reproduire les effets bénéfiques pour la santé. Le cerveau n’est pas dupe de ce qui ressemble à des distractions d’enfants déguisées en pseudo-activités pour seniors.
De nombreuses études ont été conduites chez les rats pour mieux
comprendre l’impact de la routine ou du changement sur l’animal. En comparant des rats dans des cages, les uns soumis à des changements fréquents et les autres soumis à une routine réglée comme du papier à musique, les chercheurs ont très vite noté que des modifications apparaissent. Le groupe routinier présente par rapport à l’autre une baisse de la libido, de l’appétit, et ils bougent très peu dans leurs cages, se recroquevillant des journées entières dans un coin. Une autre étude, réalisée par le Pr Bardo aux États-Unis, toujours chez des rats, a démontré que les changements réalisés comme des expériences surprenantes provoquaient sur le cerveau de ces rongeurs les mêmes effets que de la cocaïne. Ces résultats permettent de comprendre pourquoi des sujets en vacances se trouvent parfois plus fatigués, voire un peu plus déprimés que d’habitude. Nous sommes d’accord avec l’objectif des vacances de bien-être, du plaisir et de sensations agréables. Mais les vacances qui s’inscrivent dans la répétition et l’absence de changement diminuent la production des hormones du plaisir. Les maisons secondaires représentent en définitive, pour beaucoup, l’absence de changement et d’aventures pour substituer une routine à une autre. Les critères officiels du bien-être, de la détente et des loisirs sont malheureusement stéréotypés.
Il faut oser casser les codes et redéfinir ce qui plaît vraiment en se
dégageant du regard des autres. Si vous éprouvez du plaisir à faire le ménage, osez penser et dire que vous aimez cela, si vous adorez frotter et décaper un parquet, n’en parlez pas comme d’une corvée, mais comme d’un moment de plaisir et de détente. Le début du bonheur, c’est aussi oser aimer ce qui, pour les autres, est détestable. Nous devons apprendre à sortir des codes quand il le faut. C’est le contraire de ce qui est appris à l’école où il faut toujours rester dans le moule. L’Éducation nationale devrait instaurer des cours pour apprendre à devenir mutant et sortir des sentiers battus. C’est plutôt là que se situent les clés actuelles de la réussite. Finalement, les humains ressemblent aux serpents, ceux qui n’arrivent pas à changer de peau le moment venu meurent progressivement.