Le Meilleur Médicament, c'est vous !
• Le contrôle de soi
Le circuit de la volonté
Nous sommes tous confrontés au décalage qui existe entre ce que l’on prévoit de faire, les objectifs que l’on se donne et la réalité. Trop souvent, les bonnes résolutions ne tiennent pas la route et nous renvoient à une situation d’échec chronique qui dévalorise l’image de soi. Les sujets se sentent faibles et s’en veulent de leur manque de volonté. La parade la plus fréquente pour essayer de s’en sortir est de remettre au lendemain ce que l’on avait prévu de faire le jour même et qui n’a pas marché. Mais le lendemain se présente en général comme le jour précédent avec les mêmes échecs… et les années passent sans que rien ne se fasse. La meilleure illustration de ces échecs par manque chronique de contrôle de soi est représentée dans les régimes amaigrissants. Plus de la moitié de la population souhaite perdre du poids et pourtant c’est un fiasco sans précédent. Quatre-vingt-quinze pour cent des personnes qui suivent un régime quel qu’il soit, regrossissent dans l’année qui suit. J’ai d’ailleurs toujours été troublé par le niveau de connaissance en diététique des patients qui viennent me consulter pour maigrir. Ils connaissent à fond le sujet, les aliments à proscrire et ceux à consommer et ils savent qu’il n’existe aucun médicament qui ne soit pas dangereux dans le traitement de l’obésité. S’y ajoute en général une solide expérience à propos des méthodes inefficaces disponibles sur le marché. J’ai souvent la sensation de me trouver en face d’experts en nutrition pour lesquels je ne peux rien faire… enfin presque.
Le dénominateur commun à toutes ces personnes est qu’elles n’arrivent pas à résister sur le long terme, qu’elles finissent par craquer et que leur manque de volonté les désole. Je pense que si l’on veut obtenir de bons résultats durables pour perdre du poids, il faut commencer par l’essentiel : le contrôle de soi. Ce n’est pas un simple mot mais au contraire l’une des clés pour transformer les défaites quotidiennes en réussite. En fait, le contrôle de soi se travaille et se renforce, tout comme un travail musculaire génère une solide ceinture abdominale. La bonne régulation entre les principes de la raison, les tentations et le plaisir, dépend complètement du cerveau qui a un rôle essentiel dans le contrôle des impulsions.
L’expérience Marshmallow
Dans les années 1970, une expérience s’est déroulée sur des enfants
de 4 ans et nous en avons seulement aujourd’hui les résultats
complets. Des scientifiques ont placé des enfants pris isolément face à
deux assiettes. L’une contenait un Marshmallow, l’autre deux. Le
scientifique a précisé aux enfants qu’il allait sortir de la pièce. Si les
enfants réussissaient à attendre sans appuyer sur une sonnette placée
sur la table pour faire revenir le scientifique, ils pourraient manger
deux confiseries. S’ils n’en avaient pas la patience, ils pourraient en
avoir une seule. Une caméra cachée dans la pièce a permis d’observer
le comportement de chacun des enfants. Certains ont adopté
différentes stratégies pour résister, et d’autres ont avalé sans attendre
les confiseries. Quarante ans plus tard, les scientifiques ont recherché
ce qu’étaient devenus les enfants et ont comparé les données aux
résultats des tests de l’époque. Il est apparu que les enfants qui avaient
parfaitement résisté sans appuyer sur la sonnette avaient des
trajectoires différentes des autres. Ils avaient globalement mieux
réussi aux concours universitaires, avaient de meilleures carrières et
un niveau de vie plus élevé, ils étaient plus heureux en ménage et en
meilleure santé. Il s’agit là d’un modèle éducatif intéressant utilisant,
via des stratégies astucieuses du cerveau, les ressorts de la volonté
pour faire face aux obstacles de la vie et aller plus loin.
Les découvertes scientifiques récentes ont montré que la volonté est en
étroite relation avec l’état du cerveau. La volonté et le contrôle de soi sont dépendants de l’énergie dont dispose le cerveau. En pratique, si l’on s’épuise à des tâches difficiles, il reste moins d’énergie pour résister. Le principe est de savoir concentrer son énergie et ne pas la disperser. La bonne utilisation de notre énergie pour les points essentiels est cruciale pour optimiser le contrôle de soi. Notre quantité d’énergie cérébrale n’est pas infinie, elle s’épuise vite et il faut faire des choix si l’on veut que nos désirs deviennent réalité.
Vous avez certainement vécu la situation suivante : en pleine période de régime amincissant, vous vous trouvez dans un dîner dont l’atmosphère est particulièrement tendue, soit pour des raisons professionnelles, soit pour des conflits de personnes. Une partie de votre énergie va se trouver focalisée pour résoudre ces tensions. Du coup, il ne reste plus grand-chose pour contrôler votre alimentation. Vous allez craquer et vous lâcher sur des plats qui n’en vaudront peut-être pas la chandelle. À ce moment précis, vous allez vous détester pour votre manque de volonté. La solution était pourtant simple : lâcher prise dans les conflits de personnes et ne se concentrer que sur le contrôle des prises alimentaires. Il faut également rappeler que la prise de boissons alcoolisées diminue les systèmes de défense et abaisse le self control.
Les exercices du contrôle de soi
Le contrôle de soi nécessite un certain nombre d’exercices pour se renforcer. Voici quelques clés pour vous entraîner jour après jour, comme dans le cadre d’un cours d’éducation physique.
Le principe de la vague : pensez très fort à une vague qui monte progressivement, qui s’amplifie et vient s’écraser sur le bord d’une plage. Comparez mentalement cette vague à quelque chose que vous souhaitez, comme par exemple à une pâtisserie que vous souhaitez dévorer ou à une cigarette qui ne demande qu’à être allumée. Plusieurs vagues plus tard, votre désir s’est éteint naturellement. Évitez les situations à risque : il est évident que pour ne pas griller trop vite la quantité de volonté disponible au niveau du cerveau, il faut éviter les situations à risque qui vont nécessiter trop d’énergie pour les résoudre. Faire ses emplettes dans une charcuterie juste avant l’heure du déjeuner demande beaucoup de carburant cérébral pour résister.
Après une telle guerre, il n’y aura pas assez d’énergie résistante pour résoudre les prochains conflits.
Vivez le moment présent et ne remettez pas au lendemain : pour éviter des situations désagréables où l’on ne fait que regretter, il faut vivre pleinement le moment présent, en partant du point clé que ce qui ne se fait pas aujourd’hui ne se fera jamais. Pour accroître le contrôle de soi et le champ de sa propre volonté, il faut s’en donner les moyens. Ils ne sont pas innés et se travaillent jour après jour. Vivre pleinement dans le présent et non pas entre le passé ou le futur en constitue la première étape. Citons un exemple : vous avez pris la résolution depuis quelques jours de perdre du poids et voilà que vous commencez la journée en craquant pour un croissant dont l’odeur vous a attiré. Comme vous le savez, il faut sept kilomètres en jogging pour perdre l’équivalent en calories d’un croissant. Ce serait une erreur de se dire qu’au point où vous en êtes, le régime peut attendre le lendemain, car les excès vont tellement s’accumuler qu’il sera chaque jour plus difficile d’atteindre les objectifs que l’on se fixe. Au contraire, vous devez rectifier le tir tout de suite, comme un voilier qui modifie son cap en recherchant les nouveaux vents favorables pour avancer.
Le pouvoir des gestes sur le cerveau
Il existe aussi des gestes qui finissent par conditionner le mental et
provoquer des réflexes de pensée. Les gestes du quotidien sont
importants pour s’entraîner à mobiliser sa force intérieure. Voici
quelques exemples.
• Comme les danseuses, entraînez-vous à vous tenir droit, et non pas
avachi. En marchant, imaginez que vous avancez avec une pile de
livres en équilibre sur le haut de la tête. L’effet est rapide : en se
tenant mieux, il se produit une impression de mieux dominer les
autres et les situations, mais aussi de mieux se dominer soi-même.
• Faites également l’essai de vous servir le plus possible pendant
une journée de votre main gauche (si vous êtes droitier) pour saisir