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• Trop d’hygiène tuerait-il l’hygiène ?
Trouver le juste équilibre
Il est évident que les progrès en matière de propreté ont contribué de façon spectaculaire à réduire la fréquence des infections et à prolonger l’espérance de vie. Mais parfois, le trop peut être l’ennemi du mieux. L’excès d’hygiène tue l’hygiène, et c’est là toute la difficulté pour trouver le juste milieu entre les règles de base nécessaires et une hygiène pathologique. Je commencerai par un exemple parlant : il ne faut jamais mettre de produits antiseptiques ou de savon pour nettoyer le vagin ! Ces produits vont littéralement casser l’équilibre biologique interne de la flore et provoquer l’inverse de ce qui était souhaité, comme des vaginites à répétition. Il faut garder en mémoire que le vagin est assimilable à un « four autonettoyant » et qu’il n’a pas besoin de produits spéciaux pour son entretien intime. Dans un même esprit, l’excès d’antibiotiques, quand ils ne sont pas nécessaires, peut entraîner la sélection des souches résistantes et casser l’équilibre de la flore intestinale. La notion d’écologie microbienne est essentielle. Le corps humain est porteur de millions de germes qui forment un équilibre stable. Il faut penser à maintenir autant que faire se peut cet équilibre fragile.
Cependant, de nombreuses recherches sur les liaisons étranges entre certains microbes et l’asthme soulèvent des questions. L’exemple de l’ulcère gastrique est particulièrement parlant. Quand j’étais étudiant en médecine, l’ulcère gastrique était considéré comme une maladie psychosomatique due à un trop grand stress qui, de plus, avait des complications redoutables, comme une perforation gastrique avec hémorragie ou une péritonite. Bon nombre de patients subissaient des interventions chirurgicales avec ablation de l’estomac, ce qui rendait le reste de leur vie très pénible, les obligeant à manger de très petites quantités à chaque repas. Et pourtant, le traitement existait sans que l’on sache qu’on pouvait le prescrire. En effet, bien des années plus tard, un chercheur a découvert que l’ulcère gastrique était tout simplement lié à une bactérie : Helicobacter pylori. Un traitement antibiotique permettait de s’en débarrasser. Mais voilà, des travaux scientifiques récents sèment l’embarras, mettant en évidence le fait que la présence d’Helicobacter pylori diminue la fréquence de l’asthme lorsqu’un patient en est atteint…
À travers les résultats de ces études, nous entrevoyons toutes les
difficultés des relations entre l’hygiène, le système immunitaire et les allergies. Il faut que l’organisme « se fasse les dents » en entrant progressivement en contact avec différents microbes pour se construire une immunité solide, et en même temps, il est impératif de le protéger des agents infectieux trop dangereux. La limite entre le maniement des microbes ou des toxiques et la bonne santé n’est pas si simple. Ainsi, la toxine botulique utilisée pour effacer les rides ou pour diminuer certains spasmes est aussi un poison qui peut tuer…
Les bienfaits de l’éternuement
La personne qui vient d’éternuer ou de tousser sur ses propres mains les
recouvre de virus. Juste après, en serrant les mains, l’occasion est donnée de contaminer l’entourage, le tout dans un contexte de politesse irréprochable. Le bon réflexe est d’éternuer ou de tousser contre sa manche ou d’utiliser des mouchoirs à usage unique. En pratique, éternuer peut être un vecteur pour propager les virus d’une personne enrhumée, et ce à plus de 200 km/h. C’est un moyen rapide de diffusion des maladies virales.
Quand une personne éternue, il est courant que ses proches tendent à
interpréter ce phénomène comme négatif. Les « à tes souhaits », « couvre-toi bien », et « fais attention » sont monnaie courante. En fait, à la lumière de nouveaux travaux scientifiques, il apparaît qu’éternuer est très bon pour la santé. L’éternuement permet de chasser les microbes qui s’accumulent dans les fosses nasales. L’expiration brutale de l’air redonne un coup de fouet au mucus nasal chargé d’éliminer les bactéries, virus et résidus de pollution urbaine. C’est comme un système de ventilation et de purification de l’air qui se met en place. N’hésitez donc pas à utiliser ce système tout à fait sain, en expulsant vos miasmes dans un mouchoir et en allant vous laver les mains après.