Les Mohicans de Paris 4

Alexandre Dumas · Chapitre 4 sur 77

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Les Mohicans de Paris 4

On n’est jamais trahi que par les siens.

CLVII

 

 

Cinq minutes après, M. Poirier était établi dans la chambre no 11 et en connaissait tous les coins et recoins comme s’il eût habité cette chambre toute sa vie.

M. Poirier était le caractère qui faisait le plus vite connaissance avec les hommes et le tempérament qui se familiarisait le plus vite avec les lieux ; toutefois, il déclara au garçon qu’il n’avait besoin de personne pour le servir, qu’il aimait à manger seul et tranquillement sans avoir quelqu’un qui lui remplit son verre avant qu’il fût vide ou lui enlevât son assiette tandis qu’elle était encore pleine.

Une fois seul, et lorsqu’il eut entendu s’éteindre dans l’escalier les pas du garçon, le faux Poirier ou le vrai Gibassier, comme on

 

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voudra, rouvrit sa porte.

Juste au même moment, M. Sarranti, de son côté, ouvrait la sienne. Gibassier tint sa porte, non pas fermée, mais poussée contre le chambranle.

M. Sarranti donnait à la fille de chambre qui venait de faire son lit quelques ordres indiquant que, dans une heure ou deux, il serait de retour.

– Oh ! oh ! se dit Gibassier, il paraît que, malgré l’heure avancée, voici mon voisin qui va faire un petit tour. Voyons de quel côté il s’acheminera.

Gibassier éteignit les deux bougies qui brûlaient sur sa table, et ouvrit sa fenêtre avant que M. Sarranti eût franchi le seuil de la porte de la rue.

Un instant après, il le vit sortir et prendre la rue Saint-André-des-Arcs.

– Je suis bien sûr qu’il reviendra, se dit-il, puisqu’il ne pouvait deviner que j’étais là à écouter les ordres qu’il donnait. Mais bah ! pas de paresse, faisons notre métier en conscience, et

 

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sachons où il va.

Il descendit rapidement et le suivit à travers la rue de Bussy, le marché Saint-Germain, la place Saint-Sulpice et la rue du Pot-de-Fer, où il le vit entrer dans une maison sans même regarder le numéro.

Gibassier fut plus curieux que lui : M. Sarranti était entré au no 28. Gibassier remonta la rue, s’effaça le long de l’hôtel Cossé-Brissac, et attendit. Il n’attendit pas longtemps : M. Sarranti ne fit qu’entrer et sortir.

Mais, alors, au lieu de redescendre la rue du Pot-de-Fer, il la remonta, c’est-à-dire qu’il passa devant Gibassier, qui se retourna prudemment et pudiquement du côté du mur, et prit la rue de Vaugirard. Après avoir suivi quelque temps cette rue, puis longé le théâtre de l’Odéon du côté de l’entrée des acteurs, puis traversé la place Saint-Michel, M. Sarranti s’enfonça dans la rue des Postes et arriva devant une maison dont, cette fois, il regarda le numéro.

Cette maison, nos lecteurs la connaissent déjà, ou, s’ils ne la reconnaissent pas, ils vont la

 

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reconnaître à première désignation. Située à côté de l’impasse des Vignes et en face de la rue du Puits-qui-parle, elle n’était autre que cette espèce de gobelet magique par lequel, pareils à des muscades, avaient disparu ces carbonari cherchés si inutilement par M. Jackal dans la maison et si miraculeusement retrouvés par lui dans sa périlleuse descente près de Gibassier.

L’ex-forçat pâlit en apercevant cette fameuse rue du Puits-qui-parle, et, dans cette rue, le puits où il avait passé de si longues et si tristes heures. Un vague frisson lui passa par tout le corps et une sueur froide mouilla son front. Pour la première fois, depuis son départ de l’Hôtel-Dieu pour Kehl, il éprouva une douloureuse impression.

La rue était solitaire. M. Sarranti, arrivé devant la maison, s’arrêta, attendant sans doute pour entrer les quatre autres compagnons nécessaires à l’introduction qui, on se le rappelle, avait lieu cinq par cinq.

Bientôt trois hommes enveloppés de manteaux apparurent, vinrent droit à M. Sarranti ; et, après avoir échangé le signe de reconnaissance, tous

 

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quatre attendirent le cinquième.

Gibassier regarda autour de lui pour voir si le cinquième n’arrivait pas, et, n’en voyant pas même poindre l’ombre, il jugea que c’était le moment de faire un coup de maître.

Initié, par M. Jackal, aux mystères de cette maison, familier avec les signes maçonniques de toutes les sociétés secrètes, il marcha droit au groupe, prit la première main étendue vers lui, et fit le signe de reconnaissance : ce signe consistait à tourner trois fois la main de dedans en dehors.

Alors un des hommes mit la clef dans la serrure, et ils entrèrent tous cinq.

L’intérieur de la maison était réparé et repeint de manière à ne laisser aucune trace du passage de Carmagnole à travers la muraille et de la chute de Vol-au-Vent à travers le châssis.

Cette fois, il n’était pas même question de descendre dans les catacombes. Quatre chefs inconnus les uns aux autres avaient été convoqués pour recevoir les confidences de M. Sarranti.

 

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Celui-ci leur annonça qu’avant trois jours, le duc de Reichstadt serait à Saint-Leu-Taverny, où il resterait caché jusqu’au moment où l’on aurait besoin de montrer au peuple le drapeau au nom duquel on se soulevait.

Comme l’habitude des affiliés était de profiter, pour dérouter la police, de chaque occasion qui se présentait de se réunir, il fut convenu que, le convoi de M. le duc de Larochefoucauld devant avoir lieu le lendemain, toutes les loges et toutes les ventes se retrouveraient soit dans l’église de l’Assomption, soit dans les rues environnantes.

Là, on recevrait les dernières instructions de la haute vente.

En tout cas, jusqu’à l’arrivée du duc de Reichstadt, un comité demeurerait en permanence.

On se sépara à une heure du matin.

Gibassier n’avait qu’une crainte : c’était de rencontrer, à la porte, l’affilié dont il avait pris la place ; celui-ci n’y était pas. Sans doute était-il venu, mais, ne voyant pas arriver ses quatre

 

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compagnons, il s’était ennuyé de les attendre, et, croyant l’affaire remise, il était rentré chez lui.

M. Sarranti quitta ses quatre compagnons à la porte, et Gibassier, ne doutant point qu’il ne rentrât à l’hôtel du Grand-Turc, disparut à l’angle de la première rue, et, prenant ses jambes à son cou, le précéda de dix minutes, rentra, se mit à table, et mangea avec la faim d’un voyageur qui a fait trente-cinq ou quarante lieues à franc étrier et la satisfaction d’un homme qui a consciencieusement rempli son devoir.

Aussi reçut-il la douce récompense de toutes ses peines en entendant dans l’escalier le pas de M. Sarranti, qu’il avait déjà étudié de façon à le reconnaître entre mille.

La porte du no 6 s’ouvrit et se referma.

Puis Gibassier entendit le grincement de la clef qui tournait deux fois dans la serrure. C’était un signe certain que M. Sarranti était rentré pour ne plus sortir, au moins jusqu’au lendemain matin.

– Bonne nuit, cher voisin ! murmura

 

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Gibassier.

Puis il sonna le garçon.

Le garçon parut.

– Vous ferez entrer chez moi, demain matin... ou plutôt aujourd’hui à sept heures, dit Gibassier en se reprenant, un commissionnaire. Il aura une lettre très pressée à porter en ville.

– Si monsieur veut me donner la lettre, dit le garçon, on ne le réveillera pas pour si peu de chose.

– D’abord, dit Gibassier, ma lettre n’est pas peu de chose ; puis, ajouta-t-il, je ne serais point fâché d’être réveillé de bonne heure.

Le garçon s’inclina en signe d’obéissance et enleva le couvert ; seulement, Gibassier le pria de laisser dans la chambre un magnifique poulet froid et ce qui restait de sa seconde bouteille de vin de Bordeaux, disant que, comme le roi Louis XIV, il n’aimait point à dormir sans avoir un en cas à la portée de sa main.

Le garçon posa sur la cheminée le poulet intact et la bouteille entamée.

 

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Puis il se retira, promettant de faire entrer le commissionnaire à sept heures précises du matin.

Le garçon sorti, Gibassier ferma sa porte à son tour, ouvrit le secrétaire, dans lequel il s’était d’avance assuré de trouver une plume, de l’encre et du papier, et se mit, à l’intention de M. Jackal, à écrire ses impressions de voyage depuis Kehl jusqu’à Paris.

Après quoi, il se coucha.

À sept heures, le commissionnaire frappait à la porte.

Gibassier, déjà levé, déjà habillé, déjà prêt à entrer en campagne, cria :

– Entrez !

Le commissionnaire entra.

Gibassier jeta sur lui un rapide coup d’œil, et, avant même que cet homme eût prononcé un seul mot, reconnut l’Auvergnat pur sang : il pouvait en toute confiance lui remettre son message.

Il lui donna douze sous au lieu de dix, lui expliqua tous les détours du palais de la rue de Jérusalem, le prévint que la personne à laquelle la

 

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lettre était adressée devait être arrivée le matin même d’un grand voyage, ou arriverait dans la journée.

Si la personne était arrivée, il lui remettrait la lettre en mains propres de la part de M. Bagnères de Toulon – c’était le nom aristocratique de Gibassier – ; si la personne n’était point arrivée, il laisserait la lettre à son secrétaire.

L’Auvergnat partit, complètement renseigné.

Une heure s’écoula. La porte de M. Sarranti restait fermée ; seulement, on l’entendait aller, venir et remuer les meubles dans sa chambre.

Gibassier, pour faire quelque chose, résolut de déjeuner.

Il sonna le garçon, se fit mettre son couvert, servir son poulet et son reste de vin de Bordeaux, et renvoya le garçon.

Gibassier avait déjà enfoncé sa fourchette dans la cuisse de son poulet ; il avait déjà approché son couteau du joint de l’aile dans l’articulation de laquelle il s’apprêtait à le faire glisser, quand la porte de son voisin grinça sur ses gonds.

 

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– Diable ! fit-il en se levant, il me semble que nous sortons de bien bonne heure.

Ses yeux se portèrent sur la pendule : elle marquait huit heures un quart.

– Eh ! eh ! fit-il, pas de si bonne heure déjà.

M. Sarranti descendit l’escalier.

Comme la veille, Gibassier courut à sa fenêtre, sans l’ouvrir cette fois, écartant seulement les rideaux ; mais il attendit vainement :

M. Sarranti ne parut pas sur la place.

– Oh ! oh ! se dit Gibassier, que fait-il donc en bas ? réglerait-il son compte ? car il est impossible qu’il soit sorti si vite que je sois trop tard arrivé à la fenêtre... À moins, pensa-t-il, qu’il n’ait longé la muraille ; en ce cas même, il ne saurait être loin.

Et Gibassier, ouvrant rapidement la fenêtre, se pencha en dehors pour explorer la place en tout sens.

Rien qui ressemblât à M. Sarranti.

Il attendit quatre ou cinq minutes encore, et,

 

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ne pouvant deviner pourquoi M. Sarranti ne sortait point, il s’apprêtait à descendre pour demander de ses nouvelles, lorsque, enfin, il le vit franchir le seuil de sa porte et se diriger, comme la veille, vers la rue Saint-André-des-Arcs.

– Je me doute bien où tu vas, murmura Gibassier : tu vas rue du Pot-de-Fer. Tu as trouvé visage de bois hier, et tu vas voir si tu seras plus heureux ce matin. Je pourrais bien me dispenser de te suivre, mais le devoir avant tout.

Et Gibassier, prenant son chapeau et son cache-nez, descendit, laissant son poulet intact, en reconnaissant la bonté de la Providence, qui lui imposait cette petite course matinale pour lui ouvrir l’appétit.

Mais, à sa grande stupéfaction, il fut arrêté, sur la dernière marche de l’escalier, par un homme qu’à sa figure et à son air il reconnut à l’instant même pour un agent subalterne de la police.

– Vos papiers ? lui demanda celui-ci.

– Mes papiers ? répéta Gibassier stupéfait.

 

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– Pardieu ! répéta l’agent, vous savez bien que, pour loger en hôtel garni, il faut des papiers.

– C’est juste, dit Gibassier ; seulement, je ne croyais pas que, pour venir de Bondy à Paris, on eût besoin de passeport.

– Si on a son appartement à Paris ou si on loge chez un ami, non ; mais, si on loge en hôtel garni, oui.

– Ah ! c’est juste, dit Gibassier, qui savait mieux que personne, par l’expérience qu’il en avait faite dans le passé, la nécessité d’un passeport pour trouver un gîte ; aussi, on va vous les montrer, ses papiers.

Et il fouilla dans toutes les poches de sa castorine.

Les poches de la castorine de Gibassier étaient vides.

– Que diable ai-je donc fait de mes papiers ? dit-il.

L’agent fit un geste qu’on pouvait traduire par ces mots : « Du moment où un homme ne trouve pas ses papiers tout de suite, il ne les trouve

 

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jamais. »

Et, d’un geste, il recommanda la surveillance à deux hommes vêtus de redingotes noires et portant de grosses cannes, qui attendaient sous la grande porte de l’auberge.

– Ah ! mordieu ! dit Gibassier, je sais ce que j’en ai fait, de mes papiers.

– Ah ! tant mieux ! fit l’agent.

– Je les ai laissés à l’hôtel de la poste de Bondy, quand j’ai quitté mon déguisement de courrier pour prendre mon costume de postillon.

– Hein ? fit l’agent.

– Oui, dit Gibassier en riant ; heureusement que je n’en ai pas besoin, de papiers.

– Comment, vous n’en avez pas besoin ?

– Non.

Puis, s’approchant de l’oreille de l’agent :

– Je suis des vôtres, dit-il.

– Des nôtres ?

– Oui, laissez-moi donc passer.

 

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– Ah ! ah ! vous êtes pressé, à ce qu’il paraît ?

– Je suis quelqu’un, dit Gibassier d’un air de connivence et en clignant de l’œil.

– Vous suivez quelqu’un ?

– Je suis un conspirateur et des plus dangereux.

– Vraiment ! et où est ce quelqu’un ?

– Parbleu ! vous avez dû le voir, c’est l’homme qui vient de descendre : cinquante ans, moustaches grisonnantes, cheveux coupés en brosse, tournure militaire. Vous ne l’avez pas vu ?

– Si fait, je l’ai vu.

– Eh bien, alors, dit Gibassier riant toujours, c’est lui qu’il fallait arrêter, et non pas moi.

– Oui, mais comme lui avait ses papiers, et parfaitement en règle, je l’ai laissé passer, et comme vous n’avez pas les vôtres, je vous arrête.

– Comment ! vous m’arrêtez ?

– Sans doute ; est-ce que vous croyez que je vais me gêner pour cela ?

 

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– Vous m’arrêtez, moi ?

– Oui, vous.

– Moi, l’agent particulier de M. Jackal ?

– La preuve ?...

– Bon ! la preuve, je vous la donnerai, et ce ne sera pas difficile.

– Donnez-la, alors.

– Mais, en attendant, s’écria Gibassier, mon homme se sauve peut-être.

– Oui, je comprends, et vous ne seriez pas fâché d’en faire autant que lui.

– Moi, me sauver ? Ah ! par exemple, pour quoi faire ? On voit bien que vous ne me connaissez pas ! Me sauver, non ; je trouve ma nouvelle position trop agréable.

– Allons ! allons ! dit l’agent, assez de paroles comme cela.

– Comment, assez de paroles comme...

– Oui, suivez-nous, ou bien...

– Ou bien quoi ?

 

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– Ou bien on ira requérir la force armée.

– Mais, puisque je vous dis, répéta Gibassier écumant de colère, que j’appartiens à la police particulière de M. Jackal.

L’agent le regarda d’un air de mépris qui voulait dire : « Fat que vous êtes ! » Et il haussa les épaules en faisant signe aux deux agents en redingote noire de venir à son aide. Ceux-ci s’avancèrent en hommes dressés à cet exercice.

– Prenez garde, mon ami ! dit Gibassier.

– Je ne suis pas l’ami des individus qui n’ont pas de papiers, répondit l’agent.

– M. Jackal vous punira sévèrement.

– Ma consigne est de conduire à la préfecture de police les voyageurs qui n’ont pas de passeport ; vous n’avez pas de passeport, je vous conduis à la préfecture de police ; rien de plus simple que cela.

– Mais, sacrebleu ! je vous dis...

– Montrez votre œil.

– Mon œil ? dit Gibassier. C’est bon pour des

 

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agents subalternes comme vous, d’avoir un œil ; mais moi...

– Oui, vous en avez deux, vous, je comprends ! eh bien, cela fait que vous reconnaîtrez mieux le chemin que nous allons suivre. En route !

– Vous le voulez ! dit Gibassier.

– Je crois bien que je le veux.

– Ne vous en prenez qu’à vous du mal qui vous arrivera.

– Allons, allons, assez jaspiné 1 comme cela : suivez-moi de bonne volonté, ou bien on sera obligé d’employer la force.

Et l’agent tira de sa poche une jolie paire de poucettes qui ne demandait que l’honneur de faire connaissance avec les mains de Gibassier.

– Soit ! dit Gibassier, qui comprit la fausse position où il était et celle plus fausse où il pouvait se mettre : je vous suis.

– Alors j’aurai l’honneur de vous offrir le bras,

 

1 Bavarder en argot.

 

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tandis que ces deux messieurs nous suivront par derrière, dit l’agent, attendu que vous m’avez l’air d’un gaillard capable de nous brûler la politesse au premier coin de rue.

– J’ai fait mon devoir, dit Gibassier en levant la main au ciel comme prendre Dieu à témoin qu’il avait, en effet, lutté jusqu’au bout.

– Allons, votre bras, et mieux que cela.

Gibassier savait comment le bras d’un homme qu’on arrête se pose sur le bras de l’homme qui l’arrête. Il ne se fit donc pas prier davantage et donna toute facilité à l’agent.

Celui-ci reconnut une pratique.

– Ah ! dit-il, ce n’est pas la première fois que cela vous arrive, mon bonhomme.

Gibassier regarda l’agent de l’air d’un homme qui dit en lui-même : « Soit ! mais rira bien qui rira le dernier. » Puis, tout haut :

– Marchons, dit-il résolument.

Et Gibassier et l’agent sortirent de l’hôtel du Grand-Turc, bras dessus, bras dessous, comme deux bons et vieux amis.

 

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Les deux argousins venaient ensuite, avec l’attention délicate de ne pas avoir l’air d’être, comme Grippe-Soleil, de la société de monseigneur.

 

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