Les vivants et les morts

Anna de Noailles · Chapitre 101 sur 125

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Les vivants et les morts

Je Sais que Rien N'est Plus…

Mais je ne saurai rien; j'interroge, et j'écoute Mon rêve qui répond à mon âme; et j'entends La foule des secrets, des désirs et du doute Agir en moi depuis la naissance du temps…

Parfois, dans un sursaut de connaissance épique, J'enveloppe l'espace et ses sombres lueurs, Depuis la lune morte au sein des cieux mystiques, Jusqu'aux chats d'Orient, sanglotant dans les fleurs.

Mais je ne saurai rien de ma tâche éphémère! —Insondable Univers que j'ai cru posséder, Je n'interromprai pas ma pensive prière

Vers ton muet orgueil, qui ne peut pas céder.

—Beau soir, tout envolé de parfums et de brises, Remuante ténèbre, agile et fraîche ardeur, C'est en vain que ma voix vous suit et vous attise, Comme la flûte grecque accompagne un danseur!

—Je suis mortelle, et tout ce que je loue est stable! Mon être se dissout, mon passé est errant; Vous brûlerez sans moi, ô monde délectable! La lune luit; le vent se baigne dans le sable, Et j'écoute monter vers les cieux odorants, Mon esprit dilaté, clairvoyant, secourable, Qui, tout imprégné d'eux, leur est indifférent!

 

JE SAIS QUE RIEN N'EST PLUS…