Les vivants et les morts

Anna de Noailles · Chapitre 23 sur 125

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Les vivants et les morts

Avoir Tout Accueilli…

Se dilue en un rêve harassé, grave et lent Par qui l'âme est soudain comblée et raffermie, Je sens,—ô mon ami ailé, suave, humain,— Ton visage pensif enfoncer dans ma main Son odeur de nuée et de rose endormie…

 

AVOIR TOUT ACCUEILLI…

Avoir tout accueilli et cesser de connaître! J'avais le poids du temps, la chaleur de l'été, Quoi donc? Je fus la vie, et je vais cesser d'être

Pendant toute l'éternité!

J'ai voulu vivre afin d'épuiser mon courage, Afin d'avoir pitié, afin d'aimer toujours,

Afin de secourir les humains d'âge en âge, Puisque l'ambition n'est qu'un plus long amour…

—Un bondissant désir comme un torrent me gagne, Ah! que je hante encor le sommet des montagnes, Que je livre mes bras aux vents de l'Occident; Le vert genévrier de ses senteurs me grise, Un frein couvert d'écume éclate entre mes dents, Se pourrait-il vraiment que l'univers détruise

Ce qu'il a fait de plus ardent!