Les vivants et les morts

Anna de Noailles · Chapitre 104 sur 125

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Les vivants et les morts

En Ces Jours Dechirants…

Je sais que l'héroïsme est la suprême ivresse, Le mont où retentit la trompette d'argent,

Mais plus le bond est haut, plus sûrement il blesse: Les esprits éblouis sont les plus indigents.

Je vois bien que tout fleuve orgueilleux a sa rive, Que tout a sa mesure et son empêchement, La chance aux yeux divins, rapidement nous prive, Et quand le sombre amour a pitié, c'est qu'il ment.

Je ne demande pas à l'énigme du monde Quel dieu favorisait puis délaissait mon coeur, Ni quel fleuve d'amour, en détournant ses ondes, A déposé chez moi ce limon de langueur!

Hélas! que tout nous fuit! Comme tout nous rejette! Comme tout aboutit à ce hideux repos

Qui de la terre fait un immense squelette

Où les foules sans nombre ont aligné leurs os!

—Et maintenant, debout comme les astronomes Dans les limpides nuits d'Agra et de Philæ, Je contemple, au-dessus des mondes et des hommes, Les signes infinis de mon coeur étoilé!…

 

EN CES JOURS DECHIRANTS…

En ces jours déchirants où le Destin me brave Et lentement me vainc, Seigneur, soutenez-moi, Jusqu'au mystique instant que mon coeur entrevoit, Où je confesserai que la douleur est suave;