Les vivants et les morts
Vous Emplissez Ma Vie
Hélas! ne pouvoir dire au temps fougueux d'attendre,
«Ne me détruisez pas!
Les autres qui viendront ne seront pas plus tendres,
N'ont pas de plus doux bras.
«Elles ne diront rien que ma voix, avant elles,
N'ait chaudement tracé;
Qu'importent leurs chansons de douces tourterelles,
Leur coeur est dépassé!»
Ah! qu'encor, que toujours je m'unisse à mon rêve
Ailé, brusque et brûlant,
Comme l'ivre Léda s'abat et se soulève
Près de son cygne blanc!
—Mais vous serez dissous, coeur éclatant et sombre,
Vous serez l'herbe et l'eau,
Et vos humains chéris n'entendront plus dans l'ombre
Votre éternel sanglot…
VOUS EMPLISSEZ MA VIE
Nous ne serons jamais une seule momie
Sous l'antique désert et les palmiers heureux…
MALLARME.
Vous emplissez ma vie et vous êtes ailleurs, Votre esprit loin du mien voit se lever l'aurore; Vous êtes tout mêlé au monde extérieur,
Quand je ne l'entends plus, votre voix parle encore.