Les vivants et les morts

Anna de Noailles · Chapitre 117 sur 125

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Les vivants et les morts

La Nuit Rapproche Mieux…

Et nous nous regardons tous les deux fixement,

Elle qui brille et moi qui souffre.

V. HUGO.

La nuit rapproche mieux les vivants et les morts; Dans l'ombre unie et calme où la fraîcheur s'élance Voici l'heure du rêve épars et du silence.

A l'horizon s'installe, exacte et sans effort, La lune demi-ronde, amenant autour d'elle Son cortège glacé, scintillant et fidèle,

Semblable aux feux légers dispersés dans les ports. Comme une blanche algèbre, énigmatique et triste, Cette géométrie insondable persiste,

Et fait des cieux du soir un problème éternel… Mais rien ne vient répondre à nos pressants appels; Tout trompe nos regards assurés et débiles, Les cieux précipités qui semblent immobiles, L'ombre qui, sur nos fronts, met sa protection, Le silence propice aux nobles passions.

—O lune aux flancs brisés, mélancolique amphore D'où ne coule aucun vin pour les coeurs altérés, Sur Tarente, Amalfi, sur les rochers sacrés, Baignant l'oeillet marin, les vertes ellébores, Vous sembliez parfois, d'un regard éthéré, Secourir notre amère et plaintive indigence, Mais ce soir je ne sens que votre froid dédain. —Excitant du désir et de l'intelligence,