Les vivants et les morts
J'ai Tant Rêve par Vous…
Mais puisque tout survit, que rien de nous ne passe, Je songe, sous les cieux où la nuit va venir, A cette éternité du temps et de l'espace
Dont tu ne pourras pas sortir.
—O beauté des printemps, alacrité des neiges, Rassurantes parois du vase immense et clos Où, comme de joyeux et fidèles arpèges,
Tout monte et chante sans repos!…
J'AI TANT RÊVE PAR VOUS…
J'ai tant rêvé par vous, et d'un coeur si prodigue, Qu'il m'a fallu vous vaincre ainsi qu'en un combat; J'ai construit ma raison comme on fait une digue, Pour que l'eau de la mer ne m'envahisse pas.
J'avais tant confondu votre aspect et le monde, Les senteurs que l'espace échangeait avec vous, Que, dans ma solitude éparse et vagabonde, J'ai partout retrouvé vos mains et vos genoux.
Je vous voyais pareil à la neuve campagne, Réticente et gonflée au mois de mars; pareil Au lis, dans le sermon divin sur la montagne; Pareil à ces soirs clairs qui tombent du soleil;
Pareil au groupe étroit de l'agneau et du pâtre, Et vos yeux, où le temps flâne et semble en retard, M'enveloppaient ainsi que ces vapeurs bleuâtres Qui s'échappent des bois comme un plus long regard.