Les vivants et les morts

Anna de Noailles · Chapitre 21 sur 125

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Les vivants et les morts

T'aimer. Et Quand le Jour Timide…

Mais c'est par ce sublime et candide mensonge, Par ce goût de vanter ce qu'on ne peut saisir, Que l'esclavage humain peut tirer sur sa longe, Et que parfois nos jours ressemblent au désir!

 

T'AIMER. ET QUAND LE JOUR TIMIDE…

T'aimer. Et quand le jour timide va renaître, Entendre, en s'éveillant, derrière les fenêtres, Les doux cris jaillissants, dispersés, des oiseaux, Eclater et glisser sur la brise champêtre

Comme des grains légers de grenades sur l'eau… —T'espérer! Et sentir que le golfe halette En bleuâtres soupirs vers le ciel libre et clair; Et voir l'eucalyptus, dans la liqueur de l'air, Agiter son feuillage ainsi que des ablettes! —Voir la fête éblouie et profonde des cieux Recommencer, et luire ainsi qu'au temps d'Homère, Et, bondissant d'amour dans la sainte lumière, La montagne acérée incisant le ciel bleu! —Et t'attendre! Goûter cette impudique ivresse De songer, sans encor les avoir bien connus, A ton regard voilé d'amour, à tes bras nus, Au doux vol hésitant de ta jeune caresse

Qui semble un chaud frelon par des fleurs retenu! —Et puis te voir enfin venir entre les palmes, Innocent, assuré, sans crainte, les yeux calmes, Vers mes bras enivrés où le destin fatal