Les vivants et les morts

Anna de Noailles · Chapitre 105 sur 125

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Les vivants et les morts

A Mistral

Déjà son huile sainte a pénétré mes os;

Je renonce à vouloir, à désirer, à vivre;

Quand l'instinct est rompu, les âmes volent haut… Douleur, c'est votre poids sacré qui me délivre; C'est par votre grandeur qu'on atteint au repos…

 

A MISTRAL

O Mistral, la Mireille antique,

—Chloé qui dansait dans le thym—

Suspend sa flûte bucolique

Au vert laurier de ton jardin!

Elle s'approche et te contemple;

Et, dans le vent rapide et pur,

C'est toi la colonne du temple,

C'est toi l'olivier sur l'azur!

Tu étincelles dans l'espace

Par tes airs de pâtre et de roi;

Ton coeur enveloppe ta race

Et ton pays descend de toi!

Sous le soleil et les étoiles

Tu tiens ta lyre au son hautain,

Comme un vaisseau gonfle sa voile

Et bondit sur les flots latins!