Les vivants et les morts

Anna de Noailles · Chapitre 103 sur 125

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Les vivants et les morts

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Je n'ai rien accepté du séjour sur la terre, Jamais le sort humain n'eut mon consentement; J'ai langui, j'ai bondi, nomade et solitaire, Des paradis de joie aux enfers du tourment.

La vie en me touchant a décuplé sa force: Pour mieux combler mon âme et creuser mon émoi, L'espace, les soleils, les pays, les écorces Se joignaient à mon corps et brûlaient avec moi!

Enfant, j'ai désiré le sort, l'amour, la vie

Avec l'arrachement des fleuves vers la mer; Je me retourne encor, étonnée et ravie,

Vers l'image que j'eus d'un si tendre univers:

Que les jours se levaient splendides dans ma joie! Quel torrent ascendant de mon coeur vers les cieux! Mais l'orchestre s'est tu; la brume qui me noie M'entraîne mollement aux lieux silencieux.

J'ai la sérénité d'être sans espérance,

Je ne souhaite rien, j'ai pris congé de moi; Ma force, mes désirs, mes regrets, ma souffrance Ont fui comme le temps laisse tomber les mois.

Mon coeur libre est ouvert à tout écho sublime, Les fiers chevaux du Cid y font sonner leurs pas; J'étends, les yeux penchés au-dessus des abîmes, Une main qui pardonne et l'autre qui combat.