Les vivants et les morts
Elevation
Je n'ai rien accepté du séjour sur la terre, Jamais le sort humain n'eut mon consentement; J'ai langui, j'ai bondi, nomade et solitaire, Des paradis de joie aux enfers du tourment.
La vie en me touchant a décuplé sa force: Pour mieux combler mon âme et creuser mon émoi, L'espace, les soleils, les pays, les écorces Se joignaient à mon corps et brûlaient avec moi!
Enfant, j'ai désiré le sort, l'amour, la vie
Avec l'arrachement des fleuves vers la mer; Je me retourne encor, étonnée et ravie,
Vers l'image que j'eus d'un si tendre univers:
Que les jours se levaient splendides dans ma joie! Quel torrent ascendant de mon coeur vers les cieux! Mais l'orchestre s'est tu; la brume qui me noie M'entraîne mollement aux lieux silencieux.
J'ai la sérénité d'être sans espérance,
Je ne souhaite rien, j'ai pris congé de moi; Ma force, mes désirs, mes regrets, ma souffrance Ont fui comme le temps laisse tomber les mois.
Mon coeur libre est ouvert à tout écho sublime, Les fiers chevaux du Cid y font sonner leurs pas; J'étends, les yeux penchés au-dessus des abîmes, Une main qui pardonne et l'autre qui combat.