Les vivants et les morts
Ainsi les Jours Ont Fui…
Mon coeur à votre coeur toujours communicant, Se représente avec un dévorant délice
Le pain qui vous nourrit, l'eau vous désaltérant, L'air que vous respirez, et qui seul m'est propice.
Mon coeur toujours tendu et prolongé vers vous Ressemble par l'effort à ces rades marines Qui jettent sur les flots un bras triste et jaloux Vers les dansants vaisseaux qu'entraînent les ondines.
—Tu vis, et c'est cela ton radieux péché!
Je le sens bien, ta vie est la cible éclatante Que vise mon angoisse avide et haletante; Je rêve d'un désert où ton doux front, penché, Souffrirait avec moi la soif et la famine…
—O mon cher diamant, je suis la sombre mine Qui souhaite garder ton noble éclat caché!
Est-ce donc pour mourir que je t'ai recherché?
AINSI LES JOURS ONT FUI…
Ainsi les jours ont fui sans que mes yeux les comptent; Je n'ai pas vu passer les mois et les saisons; Je cherchais seulement si l'année assez prompte Apporterait un peu de calme à ma raison.
J'ai, sous le ciel sans joie, attendu sans faiblesse Qu'un océan d'amour se desséchât sur moi; Je ne pouvais prévoir à quelle heure s'abaisse Le soleil effrayant des douloureux émois.