Les vivants et les morts
La Nuit Flotte…
Dans la même amoureuse infortune;
Mais les corps des vivants, aspirés par l'été, Sont des sanglots secrets que tout l'azur élance. Je songeais sans parler, lointaine à vos côtés; Qui jamais avouera l'âpre infidélité
D'un coeur sensible dans le silence!…
LA NUIT FLOTTE…
La nuit flotte, amollie, austère, taciturne,
Impérieuse; elle est funèbre comme une urne Qui se clôt sur un vague et sensible trésor. Un oiseau, intrigué, dans un arbre qui dort, Paraît interroger l'ombre vertigineuse.
La lune au sec éclat semble une île pierreuse: Cythère aride et froide où tout désir est mort.
Une vague rumeur émane du silence.
Un train passe au lointain, et son essoufflement Semble la palpitante et paisible cadence
Du coteau qui respire et songe doucement…
Un parfum délicat, abondant, faible et dense, Mouvant et spontané comme des bras ouverts, Révèle la secrète et nocturne existence
Du monde végétal au souffle humide et vert.
Et je suis là. Je n'ai ni souhait, ni rancune; Mon coeur s'en est allé de moi, puisque ce soir Je n'ai plus le pouvoir de mes grands désespoirs, Et que, paisiblement, je regarde la lune.