Les vivants et les morts
Ton Absence Est Partout…
—On bâtit: des maçons debout sur les tranchées Font vibrer dans l'azur le bruit vaillant du fer, Mais mes yeux vont, emplis d'un songe âpre et désert, De nos maisons debout à vos maisons couchées.
Je laisse les oiseaux, dans le laiteux azur, Acclamer la saison insinuante et tendre;
Je pense aux froids jardins enfermés dans les murs Où les morts patients rêvent à nous attendre.
Je m'éloigne de tout ce qui vit et qui sert;
Je pense à vous: mon but, mes frères, mon exemple. La Mort vous a groupés dans son grave concert, Et sa sombre unité, nous la chantons ensemble!…
TON ABSENCE EST PARTOUT…
Ton absence est partout une obscure évidence, Vaste comme la foule, et comme elle encombrant La route où je m'avance, errante, et respirant Le souvenir diffus de ta sainte présence… Partout où tu étais, coeur à jamais enfui,
Tu te dresses pour moi, fantôme tendre et triste, Et ta compassion inefficace assiste
A tout l'étonnement qui porte mon ennui…
Puissé-je demeurer toujours grave, inquiète, Et n'accueillir jamais, au calme instant du soir, Cette paix sans bonheur qui lentement nous guette Quand l'âme est délivrée, enfin, de tout espoir…