Les vivants et les morts

Anna de Noailles · Chapitre 35 sur 125

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Les vivants et les morts

Je Ne Puis Pas Comprendre…

Sa brume hostile et froide à la splendeur du sang.

Et l'on s'efforce en vain, jusqu'à ce que, malade, Redoutant sa rançon, craintif, irrésolu,

Le pauvre espoir humain, enfin, ne puisse plus Tenter fidèlement l'intrépide escalade!

Et c'est sans doute ainsi qu'un jour plus morne encor, A l'heure où dans la nuit l'aube terne se lève, Sans désir, sans amour, sans révolte et sans rêve, Les corps désabusés consentent à la mort…

 

JE NE PUIS PAS COMPRENDRE…

Je ne puis pas comprendre encor que tu sois né, Tous les jours je contemple, avec les sens de l'âme, Dans l'infini des mois, cet instant fortuné

Où ta vie à la vie a rattaché sa flamme!

Mon coeur est plus brûlant que l'air sous l'Equateur; Je quitte un froid désert où j'errai dans les sables; Je ne sais pas comment ce passé lamentable Est devenu lumière, est devenu chaleur!

L'huile d'or du soleil sur les mers levantines, Les astres fourmillant dans les grottes des cieux, La fougue des vaisseaux sur les vagues marines Sont réfléchis pour moi dans chacun de tes yeux.

Je respire, mon front contre tes genoux frêles, A l'ombre de ta bouche aux rivages vermeils;