Les vivants et les morts
Les Soldats sur la Route…
Je suis un compagnon harassé par le sort, Et qui descend, courbé, la pente de la mort…
LES SOLDATS SUR LA ROUTE…
Les soldats sur la route avaient passé: les cuivres Résonnaient, semblait-il, contre l'or du soleil. C'était l'heure où le jour est à l'adieu pareil, Et quitte un monde en pleurs qui ne peut pas le suivre.
Nous écoutions le chant emporté des clairons, Cet appel à la mort exaltait mieux que vivre; Et nous étions tous deux demi-las, demi-ivres Du bruit d'ailes que fait la guerre sur les fronts!
Que voulais-tu? Quel mont, quel sommet, quelle tombe T'attirait? Quel souhait de mourir avais-tu? Je vis bien ton effort douloureux et têtu
Pour fuir l'amour humain où toute âme retombe.
Et je sentis alors les forces de mon coeur Te rejoindre en un lieu plus grave que la joie, Plein de vent, de fumée et d'éclairs, où s'éploie L'archange des combats, sans fatigue et sans peur.
Mon amour transformé délaissait ton visage Par qui tout est pour moi raison, paix, vérité; Et comme un fin rayon mêlé à ma clarté
Je t'emportais dans un mystique paysage…
—Mais la tiédeur du soir, les doux champs inclinés, La splendide et rêveuse impuissance des âmes Dans mon coeur exalté faisaient plier les flammes, Comme un feu champêtre est par le vent réfréné.