Pan
Chapitre XXV
Les feuilles jaunissaient, les tiges des pommes de terre avaient crû de toute leur hauteur et étaient en fleurs, la chasse était de nouveau ouverte, je tirais des poules de neige, des coqs de bouleau et des lièvres, un jour je tirai un aigle. Le ciel calme et haut, les nuits fraîches, maints sons clairs, et les bruits familiers dans la forêt et la campagne. Grand et paisible reposait le monde…
— Je n’ai plus entendu parler de M. Mack au sujet des deux pétrels que j’ai tirés, dis-je au docteur.
— C’est à Edvarda que vous le devez, répondit-il. Je le sais, je l’ai entendue s’y opposer.
— Je ne la remercierai pas, dis-je…
Indian summer, Indian summer.
Les sentiers s’étendaient comme des ceintures à travers la forêt jaunissante, chaque jour apparaissait une nouvelle étoile, la lune s’apercevait comme une ombre, une ombre d’or trempée dans de l’argent…
— Dieu t’assiste ! Tu es mariée, Eva ?
— Ne le savais-tu pas ?
— Non, je ne le savais pas.
Elle pressa ma main, en silence.
— Dieu t’assiste, enfant ! Qu’allons-nous faire ?
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— Ce que tu voudras. Tu ne pars peut-être pas encore maintenant, je serai heureuse tant que tu seras ici.
— Non, Eva.
— Si, si, seulement tant que tu seras ici !
Elle a un air délaissé et presse tout le temps ma main.
— Non, Eva, va-t’en ! Jamais plus !
Et les nuits passent et les jours viennent. C’est déjà le troisième jour depuis cette conversation. Eva passe sur la route avec une charge de bois. Combien de bois cette enfant a-t-elle rapporté de la forêt à la maison, cet été ?
— Pose ton fardeau, Eva, et laisse-moi voir si tes yeux sont toujours aussi bleus.
Ses yeux étaient rouges.
— Oh ! souris de nouveau, Eva ! Je ne te résiste plus, je suis tien, je suis tien…
Le soir. Eva chante, j’entends son chant et une ardeur me parcourt.
— Tu chantes, ce soir, Eva ?
— Oui, je suis joyeuse.
Et comme elle est plus petite que moi, elle saute un peu pour arriver à me prendre par le cou.
— Mais, Eva, tu t’es déchiré les mains ? Ciel ! Plût à Dieu que tu ne les eusses pas déchirées !
— Cela ne fait rien.
Et son visage rayonne merveilleusement.
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— Eva, as-tu causé avec M. Mack ?
— Une fois.
— Qu’a-t-il dit ? Et qu’as-tu dit ?
— Il est devenu très dur pour nous, il fait travailler mon mari nuit et jour sur le quai ; moi aussi, il me met à toutes sortes de travaux. Il m’a commandé de faire des travaux d’homme.
— Pourquoi fait-il cela ?
Elle baisse les yeux.
— Pourquoi fait-il cela, Eva ?
— Parce que je t’aime.
— Mais comment peut-il le savoir ?
— Je le lui ai dit.
Pause.
— Dieu veuille qu’il ne soit pas aussi dur envers toi, Eva !
— Mais cela ne fait rien. Cela ne fait plus rien mainte-nant !
Et, toute pareille à un petit chant tremblant, sa voix ré-sonnait dans la forêt.
Et les feuilles jaunissent de plus en plus, cela tire sur l’automne, il est venu quelques nouvelles étoiles au ciel et la lune a maintenant l’air d’une ombre d’argent trempée dans de l’or. Il ne faisait pas froid, rien qu’un silence frais et un
– 123 – torrent de vie dans la forêt. Chaque arbre était là qui pensait. Les baies sauvages étaient mûres.
Alors arriva le vingt-deux août, et les trois nuits de fer2.
2 C’est durant les nuits de fer, entre le 22 et le 25 août que,
sous ces latitudes, surviennent les premières gelées.
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