Pan

Knut Hamsun · Chapitre 32 sur 43

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Pan

Chapitre XXXII

 

 

Le bateau-courrier vint, il m’apportait mon uniforme et il devait prendre à son bord le baron et toutes ces caisses de coquillages et de variétés d’algues. Maintenant il chargeait des tonneaux de hareng et d’huile de poisson à quai. Il devait partir vers le soir.

Je prends mon fusil et une forte charge de poudre dans ses deux canons. Quand j’eus fait cela je m’approuvai moi-même d’un signe de tête. Je vais dans la montagne et bourre aussi ma mine de poudre et, de nouveau, je hoche la tête ap-probativement. Maintenant tout était préparé. Je me mis à attendre. J’attendis des heures. J’entendais tout le temps vi-rer et dévirer le treuil du vapeur à quai. Il commençait déjà à faire brun. Enfin un coup de sifflet se fait entendre, la cargai-son est chargée, le bateau part. J’ai encore quelques minutes à attendre. La lune n’était pas levée et je guettais comme un insensé à travers le soir brunissant.

Quand l’extrême pointe de la proue surgit derrière l’îlot, j’allumai ma mèche et me retirai vivement. Une minute se passe. Subitement on entend une détonation, une colonne de pierres plates jaillit en l’air, la montagne tremble et le rocher dévale en grondant vers l’abîme. Le bruit se répercute tout autour dans les montagnes. Je saisis mon fusil et lâche un des coups ; l’écho répond maintes et maintes fois. Après un moment je tire aussi mon second coup ; mon salut fit vibrer l’air et l’écho en jeta le bruit au loin par le vaste monde, c’était comme si toutes les montagnes s’étaient concertées pour pousser des cris en l’honneur du navire en partance. Il

 

– 150 – se passe un court moment, l’air s’apaise, l’écho se tait dans toutes les montagnes et de nouveau la terre s’étend silen-cieuse. Le navire disparaît dans le crépuscule.

Je tremble encore d’une étrange tension, je prends mes tarières et mon fusil sous le bras et me mets à descendre au flanc de la montagne en fléchissant les genoux. Je pris le plus court chemin, suivant de l’œil la trace fumante que mon éboulement avait laissée après lui. Ésope marche en se-couant tout le temps la tête et en éternuant à cause de l’odeur de roussi.

Quand j’arrivai en bas au hangar, une vision m’y accueil-lit qui me jeta dans la plus violente émotion : un bateau gi-sait, broyé par le bloc de roche précipité, et Eva, Eva gisait à côté de lui, mise en pièces, écharpée par la violence du choc, méconnaissable, le flanc et le ventre déchirés du haut en bas. Eva était morte sur le coup.

 

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