Pan

Knut Hamsun · Chapitre 27 sur 43

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Pan

Chapitre XXVII

 

 

C’est l’automne. L’été est passé, il a disparu tout aussi vite qu’il était venu ; oh ! comme il a passé vite ! Maintenant ce sont de froides journées, je chasse, pêche et chante des chansons dans la forêt. Et il y a des jours avec une brume épaisse qui flotte de la mer jusqu’ici et endigue tout de té-nèbres. Par un tel jour il arriva quelque chose.

Je m’égarai, dans mes pérégrinations, jusque dans les bois de l’annexe paroissiale et arrivai à la maison du docteur. Il y avait là des invités, les jeunes dames avec qui je m’étais trouvé précédemment, de la jeunesse dansante, de vraies folles pouliches.

Un roulement de voiture approcha et s’arrêta devant la clôture du jardin ; c’était Edvarda qui était dans la voiture. Elle tressaillit en me voyant. Adieu ! dis-je, à la dérobée. Mais le docteur me retint. Au commencement ma présence pesait à Edvarda, elle baissait les yeux quand je disais quelque chose ; par la suite elle me toléra et m’adressa même quelques questions. Elle était étonnamment pâle, le brouillard se posait gris et froid sur son visage. Elle ne des-cendit pas de voiture.

— Je viens en mission, dit-elle en riant. Je viens du chef-lieu de la paroisse, où je n’ai trouvé personne de vous ; on m’a dit que vous étiez ici. J’ai fait des heures de voiture pour vous trouver. Nous donnons une petite réunion demain soir… l’occasion en est que le baron doit partir la semaine prochaine… et j’ai été chargée de vous inviter tous. Et puis, nous danserons. C’est demain soir.

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Tous s’inclinèrent et remercièrent.

À moi elle dit en outre :

— Ne nous faites pas faux bond, vous serez gentil. N’envoyez pas au dernier moment un billet d’excuse… Elle n’avait dit cela à aucun des autres. Peu après elle partit.

Je fus si ému de cette amabilité inattendue que je me re-tirai un moment à l’écart, pour savourer ma joie. Là-dessus je pris congé du docteur et de ses invités et me mis en route pour rentrer chez moi. Comme elle m’était clémente ! Comme elle m’était clémente ! Que puis-je faire pour elle en retour ? Mes mains devinrent molles, un froid suave me lan-cina les poignets. Grand Dieu ! me voilà chancelant et abattu de joie, pensai-je, je suis incapable de fermer les poings, et les larmes me viennent aux yeux, de désarroi ; quel remède y a-t-il à cela ?… Ce ne fut que tard dans la soirée que j’arrivai chez moi. Je passai par les quais et demandai à un pêcheur si le bateau-courrier viendrait avant demain soir. Oh ! non, le bateau-courrier devait venir un jour de la semaine prochaine. Je montai en hâte à la hutte et me mis à inspecter mon meil-leur costume. Je le brossai et le mis en état, il avait attrapé des accrocs à plusieurs endroits, et je pleurais en reprisant les trous.

Quand j’eus terminé je m’étendis sur la couchette. Ce repos dure un moment, une idée me vient, je saute sur pieds et demeure accablé, au milieu de la pièce. Tout cela est en-core un stratagème ! murmuré-je. Je n’aurais pas été invité si je ne m’étais pas trouvé présent par hasard au moment où l’on invitait les autres. Et par-dessus le marché, elle m’avait donné l’avertissement le plus clair de ne pas venir, d’envoyer un billet d’excuse…

 

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Je ne dormis pas de toute la nuit et, quand vint le matin, j’allai dans la forêt, glacé, harassé de ma veille et fiévreux. Ohé ! voilà qu’on prépare une réunion à Sirilund ! Et après ? Je n’irai pas et n’enverrai pas d’excuse. M. Mack est un homme extrêmement réfléchi, il donne cette fête pour le ba-ron ; mais moi, je ne m’y rendrai pas, comprenez-vous bien ?…

Le brouillard s’étendait épais sur vallées et montagnes, un givre moite se posait sur mes vêtements et les alourdis-sait, mon visage était froid et mouillé. Par moments seule-ment un coup de vent survenait qui secouait les brouillards dormants et les faisait monter et descendre, monter et des-cendre.

L’après-midi s’avançait, l’obscurité se fit, le brouillard déroba tout à mes yeux et je n’avais aucun repère solaire sur quoi me guider. Je tournaillai pendant des heures durant mon voyage de retour ; mais je n’avais rien qui me pressât, je me trompai de direction avec la plus grande tranquillité et arrivai dans des endroits inconnus de la forêt. Finalement je pose mon fusil contre un tronc d’arbre et consulte ma bous-sole. Je repère exactement mon chemin et me remets à mar-cher. Il peut être huit ou neuf heures.

Alors il arriva quelque chose.

Après une demi-heure j’entends de la musique à travers le brouillard, quelques minutes plus tard je reconnais l’endroit, je suis juste devant le bâtiment principal de Si-rilund. Ma boussole m’avait-elle, par une fausse déclinaison, conduit précisément à l’endroit que je voulais fuir ? Une voix connue m’appelle, c’est la voix du docteur. Peu après on m’introduit.

 

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Ah ! le canon de mon fusil avait peut-être influencé la boussole et l’avait déroutée. Cela m’est aussi arrivé une fois depuis, cette année. Je ne sais pas ce que je dois croire. Peut-être aussi était-ce la destinée.

 

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