Pan
Chapitre XXXV
Puis, une nuit, la neige vint et il commença à faire frais dans ma cabane. Il y avait un âtre où je faisais cuire ma nourriture, mais le bois brûlait mal et il venait de l’air de toutes les cloisons, bien que je les eusse calfeutrées du mieux que je pusse. L’automne était passé et les jours deve-naient courts. La première neige fondit encore au soleil et de nouveau la campagne fut nue ; mais les nuits étaient froides et l’eau gelait. Et toutes les herbes et tous les insectes mou-raient.
Un calme mystérieux s’étendit sur les êtres humains, ils rêvassaient et se taisaient, leurs yeux attendaient l’hiver. Au-cun appel ne venait plus de la place à sécher le poisson et le port était tranquille, tout s’acheminait vers la nuit boréale, la nuit éternelle durant laquelle le soleil dormirait dans l’Océan.
Sourds, sourds, résonnaient les coups de rame d’une barque solitaire.
Une jeune fille arriva, ramant.
— Où as-tu été, ma fille ?
— Nulle part.
— Nulle part ? Écoute, je te reconnais, je t’ai rencontrée cet été.
Elle accosta, débarqua et amarra la barque.
— Tu étais bergère, tu tricotais un bas, je t’ai rencontrée une nuit.
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Une petite rougeur monte à ses joues et elle rit avec em-barras.
— Ma petite fille de la lande, entre dans la cabane et laisse-moi te regarder. D’ailleurs tu t’appelles Henriette.
Mais elle passe devant moi sans mot dire. L’automne, l’hiver l’avaient saisie. Déjà ses sens dormaient.
Déjà le soleil était descendu dans l’Océan.
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