Pan
Chapitre XXX
Je suis assis dans la montagne et creuse ma mine. Au-tour de moi, l’air d’automne est clair comme du cristal, les coups sur ma tarière retentissent égaux et rythmés, Ésope me regarde avec des yeux étonnés. Un torrent de contente-ment traverse de temps à autre ma poitrine ; personne ne sait que je suis ici dans la montagne déserte.
Maintenant les oiseaux migrateurs sont partis ; bon voyage ! Et bienvenue au retour ! Les mésanges et les char-bonnières et l’une ou l’autre fauvette d’hiver vivent seules dans les pierrières et les broussailles ; pip-pip ! Tout est si étrangement changé, le bouleau nain saigne rouge contre les pierres grises, une campanule par-ci et un épilobe par-là se dressent hors de la bruyère et se balancent et murmurent à mi-voix un chant ; chut ! Mais par-dessus le tout plane un harle pêcheur, le cou tendu, gagnant le cœur des montagnes.
Et le soir vient, je place mes tarières et mon marteau sous une pierre et je me repose. Tout sommeille, la lune émerge au nord, les montagnes projettent des ombres gigan-tesques. C’est pleine lune, elle a l’air d’une île incandescente, elle a l’air d’une ronde énigme de cuivre que je contourne et dont je m’étonne. Ésope se lève, il est inquiet.
Que veux-tu, Ésope ? En ce qui me concerne, je suis las de mon chagrin, je veux l’oublier, le noyer. Je t’ordonne de rester tranquille, Ésope, je ne veux pas d’inquiétude. Eva demande : « Penses-tu de temps en temps à moi ? » Je ré-
– 145 – ponds : « Toujours à toi. » Eva demande encore : « Et cela te cause-t-il de la joie de penser à moi ? » Je réponds : « Une joie continuelle, jamais rien d’autre que de la joie. » Alors Eva dit : « Tes cheveux grisonnent. » Et je réponds : « Oui, ils commencent à grisonner. » Mais Eva demande : « Ils grison-nent à cause d’une chose à laquelle tu penses ? » Et à cela je réponds : « Peut-être. » Finalement Eva dit : « Alors tu ne penses pas seulement à moi… » Ésope, coucher tranquille, je veux plutôt te raconter autre chose…
Mais Ésope se lève et flaire, intrigué, du côté de la val-lée, il aboie et me tire par mes vêtements. Quand enfin je me lève et le suis, il ne peut pas partir assez vite. Une rougeur se montre au ciel au-dessus de la forêt, j’accélère le pas, à mes yeux apparaît une flambée, un énorme brasier. Je m’arrête, regarde, les yeux fixes, fais quelques pas et regarde… Ma hutte est en feu.
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