Tempêtes à Fermont

Jo Bessett · Chapitre 1 sur 49

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Tempêtes à Fermont

Préambule

 

Une rupture ne survient pas du jour au lendemain. C’est quelque chose qui se prépare. Comme une tempête en hiver ou une tornade en été. Certains ingrédients doivent être réunis pour la constituer, et selon ceux-ci, l’intensité du phénomène variera. Parfois, avec de la chance, la tempête passera son chemin et ira se dissoudre dans l’atmosphère. Mais la plupart du temps, elle laissera derrière elle un paysage dévasté.

Sur une échelle de 1 à 10, ma tempête a atteint un bon 8.

Au fil des semaines, j’ai bien vu certains de ces ingrédients se mettre en place, mais j’étais sûre qu’ils finiraient par former quelque chose de bon. J’aurais dû me méfier. Aujourd’hui, tout ce que j’ai construit ici a été brusquement soufflé par le vent du nord.

Mon Jasper. L’homme qui partage ma vie depuis sept longues années. Mon meilleur ami. Mon amour. Le futur père de mes enfants. Celui pour qui j’ai tout quitté et avec qui je pensais vieillir… a tout fait voler en éclats en m’annonçant qu’il ne m’aime plus.

Ce soir, alors que nous venions de terminer notre repas en nous disputant, comme souvent ces derniers temps, il m’a dit qu’il devait me parler franchement. Son visage agréable, d’ordinaire si affable, était triste et las quand il a prononcé ces mots honnis. Je ne suis plus amoureux de toi. J’ai cru que j’avais mal entendu.

Je savais bien que quelque chose avait changé. Que nous nous étions un peu éloignés l’un de l’autre. Mais le quotidien, le travail, la fatigue, tout cela n’est-il pas le lot de tous ? Cela ne veut pas nécessairement dire que nous ne nous aimons plus. C’est simplement… une moins bonne période de notre vie. Du moins, c’est ce que je me suis dit. Mais pas Jasper. Ses sentiments se sont transformés. Et là, maintenant, il devait se rendre à l’évidence. Il ne m’aimait plus. Enfin, plus comme avant. Plus comme un amant.

Il m’a tout avoué il y a près d’une heure et je suis toujours sans voix. Tétanisée.

Mes yeux fixent sans la voir notre porte d’entrée. Mon amoureux des sept dernières années vient de disparaître en me laissant seule dans cette maison à l’autre bout du monde, à un peu moins d’un mois de Noël. Je me demande ce qui pourrait m’arriver de pire. À part mourir.

Non, ce n’est pas possible. Il va revenir, j’en suis sûre. Il l’a toujours fait. Si ça se trouve, il est déjà là, la mine basse et préparant ses excuses. Je soulève avec effort mon corps du sol où je me suis effondrée et me précipite vers la porte pour écraser ma pupille embuée sur l’œil magique. Notre minuscule balcon enneigé est désert. J’ouvre grand le battant pour examiner l’extérieur : des rangées de maisonnettes identiques à la nôtre, collées les unes contre les autres dans un tapis de neige. À ma droite, au bout de la venelle, se dresse le mur. Là où toute l’activité de la ville est rassemblée. Le vent glacé me cingle le visage et le froid s’insinue sous mes vêtements, mais je ne sens rien.

Je regarde le soleil se coucher à l’horizon de Fermont.

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