Tempêtes à Fermont

Jo Bessett · Chapitre 46 sur 49

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Tempêtes à Fermont

Chapitre 45

 

 

J’ai ouvert grand le battant au premier coup frappé. C’est David, enfin.

– Entre, dis-je avec empressement.

Il s’engouffre dans le vestibule, entraînant avec lui un tourbillon de neige folle, et je l’aide à se débarrasser de son manteau. Il me prend ensuite dans ses bras et m’embrasse longuement.

– Je suis content de te voir, me souffle-t-il dans l’oreille.

– Viens, soufflé-je en le prenant par la main.

Nous marchons jusqu’au salon. J’ai allumé le sapin et mis des bougies sur la table. Il y a aussi une assiette de craquelins avec du fromage, des légumes coupés accompagnés d’une trempette au yogourt et une tablette de chocolat noir.

– Wow, tu as quelque chose à te faire pardonner ? me taquine David.

– Je suis simplement contente de te recevoir, dis-je en m’assoyant à la place où se trouvait Jasper un peu plus tôt. Du vin ?

Une fois servis, nous nous installons plus confortablement. David m’attire vers lui et je replie mes jambes sous moi, une cuisse appuyée contre la sienne. Il prend ma main et se met à jouer avec mes doigts.

– Alors, quoi de neuf ?

Je lève les yeux au ciel.

– Mon Dieu ! Tellement de choses que je ne sais pas par où commencer.

David sourit, faisant apparaître la fossette à sa joue.

– Par le début ? suggère-t-il.

Je lui raconte les derniers développements concernant le meurtre de madame Picotte. Lorsque j’ai terminé, j’ai pratiquement vidé mon verre et David a l’air éberlué.

– Tu es certaine que tu n’es pas en train d’enjoliver un peu ? Je crois me souvenir que tu aimes bien les romans policiers.

Je lui donne une tape sur l’épaule.

– T’es pas drôle. Tout est vrai à cent pour cent.

Il siffle entre ses dents.

– Wow. Alors, c’est la vieille qui l’a tuée ?

Je rectifie :

– En fait, nous ne le savons pas encore. Mais disons que l’attention est tournée vers elle. Et vers le père de Michel, naturellement.

– Je me demande comment elle a été tuée, poursuit David, songeur. C’était quoi la cause de son décès ?

– Traumatisme crânien, je crois. Elle a été frappée à la tête avec une poêle à frire.

Il ouvre des yeux ahuris.

– Il faudrait quand même que la personne ait une sacrée force…

– J’imagine que cela dépend de la poêle…

Je me ressers du vin et reviens m’adosser tout près de lui.

– Quoi d’autre ? demande David après avoir siroté une gorgée de vin.

Je contemple ma coupe que je tiens à deux mains et fais tourner le liquide grenat sur lui-même. J’hésite à raconter ce qui s’est passé avec Jasper. Je me décide donc pour mon dernier sujet.

– J’ai démissionné.

David manque s’étouffer dans son verre.

– Quoi ?

Je répète.

– Mais… pourquoi ?

J’entame mes explications, mais il me coupe aussitôt.

– Pourquoi n’irais-tu pas habiter chez mes parents ?

Je le dévisage, bouche bée.

– Qu’est-ce que tu dis ?

Il attrape mon verre de sa main libre. Après avoir déposé nos deux coupes sur la table, il s’empare de mes mains.

– Elles sont gelées, commente-t-il. Tu as froid ?

Les siennes sont chaudes et légèrement calleuses.

– Un peu. J’ai toujours froid l’hiver.

Il se lève et s’esquive un instant. Lorsqu’il revient, il tient ma douillette entre ses bras.

– Tiens, avec ça, tu auras chaud.

Il la dépose sur moi avant de se rasseoir à mes côtés et de reprendre mes mains entre les siennes.

– Écoute, je suis sérieux. Tu n’as qu’à prendre ma chambre. Je suis certain que mes parents seront d’accord ; mon père t’adore, tu le sais bien. Et puis… mon vol de retour est prévu pour le 5, alors tu n’as même pas besoin de demander à Jasper de garder la maison plus longtemps.

L’idée commence à me séduire. Si elle m’avait déjà effleuré l’esprit, je ne voulais pas demander cette faveur à Mario et de plus, je n’étais pas certaine que David serait d’accord. Mais puisqu’il le propose…

– Je… Je ne sais pas. Tu es certain que tes parents…

Il me rassure :

– J’en suis sûr. Et puis, cela ne veut pas dire que ce sera pour toujours… Ils te dénicheront peut-être un logement à la Ville.

C’est vrai. Peut-être que les RH finiront par me trouver quelque chose et je pourrais continuer mes recherches de mon côté. Soudain, une vague de joie monte en moi à la perspective de rester ici et parce que si David me fait cette proposition, c’est qu’il considère que notre relation se poursuivra après son départ. Autrement, il serait bien trop embarrassé de me savoir chez lui. Je contemple son visage devenu familier. Ses beaux yeux gris aux reflets dorés, la petite bosse sur l’arête de son nez et la ligne décidée de sa mâchoire. Il étire ses lèvres en un demi-sourire.

– Alors… Qu’est-ce que tu en dis ?

Ses pouces massent le creux de mes mains en effectuant de lents allers-retours. Une bouffée de chaleur monte au creux de mon ventre.

– J’en dis que…

Il me presse.

– Oui ?

Je mouille mes lèvres asséchées. J’ai envie d’une gorgée de vin, mais je suis trop bien pour bouger. Avant de lui dire que j’accepte d’écrire à Dominic pour lui faire part de cette option, j’ai besoin d’avoir une confirmation.

– Attends… Est-ce que ça veut dire que pour toi, nous deux, c’est assez sérieux pour que l’on continue, même si tu dois repartir en Afrique ?

Je regrette presque d’avoir posé la question, tellement j’ai peur de la réponse.

Il poursuit son agréable massage.

– Je pense que oui, pas toi ?

Les battements de mon cœur s’accélèrent.

– T’es sérieux, là ?

Il émet un léger rire.

– Ce n’est pas ce que tu voulais ?

Je hoche vigoureusement la tête.

– OK, alors. Si tes parents sont d’accord… Mais je dois m’assurer que je peux récupérer mon poste avant d’accepter de prendre ta chambre.

À ces mots, une image de moi me prélassant dans les draps de David me fait monter le rouge aux joues. Il s’aperçoit de mon trouble et entrelace ses doigts avec les miens.

– Parlant de chambre… murmure-t-il avant de se rapprocher de moi.

Il s’arrête à quelques centimètres de ma bouche. L’anticipation de son baiser me fait presque gémir.

– Oui ? dis-je en humectant nerveusement mes lèvres.

– Ne fais pas ça, tu sais bien ce que ça me fait… Ses lèvres chaudes se posent enfin sur les miennes et sa langue explore ma bouche avec une sensualité qui me rend toute molle à l’intérieur. D’un mouvement d’épaules, je me débarrasse de ma couette qui me tient beaucoup trop au chaud. David saisit mes jambes et m’attire à lui. Je me déplace pour venir m’asseoir à califourchon sur ses cuisses, glissant mes doigts derrière son cou pour caresser sa nuque dégagée. Notre baiser s’approfondit.

– Tu embrasses bien, murmure David contre ma bouche.

J’émets un léger bruit de gorge, concentrée sur mes sensations. Décollant son dos de la causeuse, David fait glisser ses fesses en avant sur le siège pour laisser plus d’espace à mes jambes qui s’enroulent instinctivement autour de sa taille. Ses mains ont trouvé le moyen de se faufiler sous ma blouse de flanelle et font des cercles dans mon dos. Je soupire contre sa bouche et tire à mon tour sur son chandail. La peau de son ventre est chaude et douce entre mes doigts et je le sens se durcir sous moi. Une de mes mains s’aventure alors jusqu’à son entrejambe et tâtonne un peu par-dessus le jeans épais avant de trouver ce qu’elle cherche. David émet un grognement lorsque je presse ma paume contre son érection et j’entreprends de le caresser à cet endroit.

– Tu veux jouer à ça ? marmonne-t-il en délaissant mes lèvres pour picorer mon cou de baisers.

Il s’arrête pour me regarder un instant, les yeux mi-clos. Je souris avant de retirer lentement ma main. Me soulevant par les fesses, David m’attire plus près. Sa bouche descend et je renverse la tête pour lui laisser le champ libre. Je sens ses mains qui se frayent un chemin entre nos deux corps pour venir attraper mes seins et j’échappe un cri de contentement lorsqu’il les presse.

– C’est quel jeu déjà ? demandé-je, le souffle court.

– Celui-là…

Il retire ses mains et entreprend de défaire les premiers boutons de ma blouse. Lorsqu’il libère mes seins de leurs balconnets, l’air frais me fait frissonner. Il les serre à nouveau entre ses paumes tandis que ses pouces viennent caresser mes mamelons déjà raidis. C’est si bon que je me mets à gémir et à onduler sur lui, le bassin tendu contre son bas-ventre.

– J’aimerais bien jouer, dis-je en haletant légèrement.

Il arrête tout et se relève d’un bond. Surprise, j’ai tout juste le temps de m’accrocher à son dos pour ne pas tomber.

– Prépare-toi à crier alors, me prévient-il en marchant d’un pas décidé vers mon lit.

Et il tient parole.

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