Vengeance en bas de soie: L'évadé (French Edition)
Chapitre 29
Londres, août 1941
─ Dans le cul, s’esclaffa Basile, tu t’es pris une balle dans le cul, l’abbé !
─ Dans le haut de la cuisse, s’indigna le père Maxence, c’est foutrement douloureux.
Allongé sur le ventre, ce dernier serrait les dents tandis que la FANY retirait les ultimes points de suture. La belle Lizzie avait fait du bon travail, un travail de dentellière. Il lui devait une fière chandelle, à elle et à son sodomite de maquilleur.
─ Not serious, taquina l’infirmière, don’t worry.
─ T’entends, l’Abbé, bientôt tu pourras gambader comme un lapin.
─ Un lapin qui finira pris au collet. Une erreur de parachutage et me voilà nez à nez avec les hyènes du jardin des plantes. D’un côté les Boches, de l’autre les fauves, et moi au milieu qui doit choisir ma mort.
─ Cesse de ronchonner, l’Abbé, t’es vivant !
─ Par bonheur, je connais Paris. J’ai plus d’un tour dans mon sac. J’ai dû traverser toute la ville, maculé de merde de hyène pour tromper l’odorat de leurs chiens. J’ai encore cette odeur abjecte dans les narines ! Heureusement qu’il y a eu cette danseuse…
─ Une danseuse ? Jolie ?
─ À damner un saint, quoique plus de première fraîcheur. Elle me retire la balle avec une pince à épiler et me désinfecte au Guerlain. Guerlain-merde d’hyène, exquis non ? Ensuite, elle me laisse avec un sodomite. Moi, avec un sodomite ! Et je ne parle pas du retour en zingue puant le carburant et la flak qui nous canardait.
─ Parle-moi de cette danseuse.
La FANY posa le dernier sparadrap. Le père Maxence reboutonna son pantalon.
─ Une danseuse de music-hall qui doit se battre bec et ongles pour conserver son statut. Elle reçoit les Allemands dans son lit… histoire d’améliorer son quotidien, mais je ne suis pas certain qu’elle les aime beaucoup. Elle n’a pas hésité un seul instant à m’aider, elle a été très courageuse. Elle a rempli sa mission avec brio et a même ramené des cartes de rationnement en blanc.
─ Quoi, tu lui as confié les mots de passe ! Tu l’as envoyée chez nos contacts ? Elle sait tout ! Nom d’un chien, l’Abbé, à l’heure qu’il est, la Gestapo est peut-être déjà sur les traces de nos agents. Crétin ! Ils ont des espions partout, des espions dressés à charmer, à soustraire et à dénoncer.
─ Je ne la crois pas vénale, elle aurait pu mille fois me dénoncer. J’ai lu au fond de ses yeux qu’elle était sincère. J’ai confiance en elle. Je lui ai remis la lettre pour ta fiancée.
─ Margot ! Putain, l’Abbé, si les Fritz remontent à elle, tu regretteras la torture des nazis, je t’en fais le serment.
***
Basile avait tort de s’inquiéter, Lizzie avait mené à bien ses missions et la lettre était parvenue jusqu’à Margot qui en crut à peine ses yeux. Ses mains tremblèrent en reconnaissant l’écriture tordue et mal appliquée de Basile. Le courrier avait été posté de Paris, il était donc à Paris. Son cœur ne l’avait pas trompée, il était vivant. Elle enfouit l’enveloppe dans la poche ventrale de sa robe et sauta sur la bicyclette prêtée par Silvère. C’est avec Raymond qu’elle devait l’ouvrir, elle ne pouvait la lire seule. Margot, Basile et Raymond, une unique et même personne, plus que jamais unis dans la séparation.
Elle pédalait comme une folle jusqu’à la bergerie isolée des environs de Bois de Céné, où ils s’étaient retranchés. D’autres résistants se terraient aussi à cet endroit.
Comme elle l’avait promis, Annette avait procuré les faux papiers. Philippe Beuscher n’avait jamais donné de nouvelles, et pour cause, Margot ne lui avait pas laissé d’adresse où la joindre. Les retrouvailles entre le frère et la sœur avaient été émouvantes. Vivants ! Ils étaient vivants et allaient continuer le combat, main dans la main. À la demande de Julien, elle les avait introduits dans le réseau Champaubert, seulement cela, Margot l’ignorait encore.
Prenant garde de ne pas être remarquée, elle fila par les chemins de traverse jusqu’à un petit oratoire où elle délaissa son vélo et termina à pied. Devant la bergerie, un résistant astiquait son Mauser, une clope coincée entre les lèvres. La reconnaissant, il lui fit un signe de la main. Margot venait souvent leur apporter des cigarettes et des cartes de rationnement. Elle transmettait aussi du courrier. Elle avait conscience de la dangerosité de ses actes, mais la présence de Raymond, les sentiments naissants qu’elle éprouvait pour Julien, même si elle peinait encore à se l’avouer, la propulsaient sur un petit nuage de bonheur. Quelques moutons paissaient çà et là, afin de donner le change en cas de visite impromptue et non désirée.
Après leur soirée dans le vieux moulin, Julien et Margot s’étaient revus souvent ; presque tous les jours. Il quittait son refuge et la retrouvait à l’ancienne bâtisse, encourant de grands risques afin d’être avec elle, pour le plaisir de l’aimer, de la savourer encore et encore. Plus il se gorgeait d’elle, plus elle lui devenait indispensable. Jamais il n’aurait cru cela possible : qu’une petite paysanne aux yeux de chat, au tempérament de feu, puisse prendre autant de place dans son cœur. Pourtant, il ne pouvait plus se mentir, il était amoureux, irrémédiablement, et souffrait mille supplices quand, pour le narguer, Margot s’évertuait à lui parler du colonel allemand.
─ Si tu couches avec lui, l’avait-il prévenue, je t’étrangle et lui, je l’abats.
─ Et si je couchais avec Hitler en personne ?
─ Ce serait un homme mort !
─ Tu vas me donner des idées.
Très vite, leurs joutes s’achevaient sous une énième cascade de baisers. En l’espace de quelques jours, Margot avait abandonné toute pudeur, s’offrant sans retenue à son amant, pour le plus grand bonheur de ce dernier qui découvrait une créature langoureuse, impatiente, toujours plus curieuse d’apprendre de nouveaux plaisirs. Il était mordu.
Elle pénétra dans la maison avec un tel fracas que Julien, qui tournait le dos à la porte, pivota brusquement, arme à la main. Il effectuait sa toilette, agenouillé devant une bassine, nu comme un ver. Elle resta face à lui, récupérant avec peine sa respiration, ignorant si elle devait chastement détourner les yeux ou se jeter dans ses bras tant la joie inondait son cœur. Il la prit de vitesse, posa son revolver et la serra contre lui, l’embrassant avec la voracité d’un homme affamé.
─ Margot, mon bel amour, mon petit chat des marais, tu m’as manqué.
Sa main s’aventura sous sa jupe, s’attaqua à sa culotte.
─ Attends, haleta-t-elle, il est vivant ! Il est vivant !
Relâchant son étreinte, il jeta un coup d’œil suspicieux à l’enveloppe qu’elle brandit.
─ Qui est vivant ?
─ Basile ! Basile est en vie ! Il est à Paris.
Julien se décomposa. Une bouffée de colère l’envahit. Basile vivant, il ne manquait plus que ça !
─ Il n’aurait pas dû écrire, c’est dangereux. Quel imbécile !
Elle se planta sous son nez, les narines frémissantes, son sourire injecté d’une joie sauvage.
─ Tu es jaloux. Il a réussi à fuir, LUI. Il a traversé la Manche, il est libre et il revient ! Alors que toi, tu as été prisonnier ! Toi, le fier lieutenant, tu t’es traîné comme un cloporte sur les chemins, et c’est à des pecnots que tu dénigres que tu dois la vie.
Ses poings fermés martelaient la poitrine de Julien. Vivant ! Il était vivant. Ses yeux s’humidifièrent. Tout son corps se mit à trembler. Soudain, il la prit à bout de bras, avec une telle force qu’elle cria.
─ D’accord, il est vivant et je suis heureux pour lui. C’est un gars bien. Mais tu es à moi à présent, je ne te rendrai pas à lui.
L’éclat de fureur qu’elle lut dans ses iris couleur d’orage éveilla son émoi.
─ Tu es jaloux !
─ Jaloux de quoi, puisque tu es à moi ?
Illustrant ses paroles, il agrippa son visage à pleine main et prit possession de sa bouche. Elle répondit à son baiser avec autant de fougue, miaulant et râlant, se coulant contre lui.
─ Jaloux ! Jaloux ! J’aime que tu sois jaloux !
─ Oui, je suis jaloux, jaloux à en crever. Tu es à moi, Margot !
─ Oui, je suis à toi, tout à toi ! Prends-moi ! Fais-moi l’amour, Julien.
Les mains de Julien chassèrent sa robe de ses épaules, la dénudant jusqu’à la taille. Il caressa son dos, ses reins, ses fesses. Elle posa ses paumes sur son torse viril, descendit le long de son ventre et saisit son membre entre ses doigts, heureuse de le sentir si dur. Elle se cambra en arrière en grognant, lui offrant sa poitrine à sucer.
─ Je dérange ?
Les deux amants sursautèrent. Raymond, tel un chat, était entré dans la pièce. Depuis combien de temps était-il là ? Dans l’obscurité persévérante, Julien chercha de quoi se couvrir. Margot se jeta dans les bras de son cousin, sans prendre la peine de remonter sa robe.
─ Il est vivant ! Basile est vivant… !
Raymond n’écoutait pas. Il fixait Julien qui enfilait en hâte son caleçon, tentant de dissimuler sa superbe érection. À Bray-Dune, le lieutenant Meynard enchaînait les conquêtes féminines et Raymond n’était pas le dernier à tenir la chandelle, mais pas Margot ! Non pas elle ! Son poing le démangeait de lui casser la figure.
─ Il a écrit, s’écria-t-elle en brandissant la lettre. Il est à Paris ! Il va venir ici !
Les mots s’entrechoquaient dans sa bouche. Raymond porta enfin son regard sur elle ; un regard plein de reproches et de tendresse. Ne se souvenait-elle pas de ce qui était arrivé à sa mère ? Il remonta sa robe et couvrit sa poitrine.
─ Qui est vivant ?
─ Mais… mais Basile, voyons ! Tu ne m’écoutes pas ?
─ Pardonne-moi, Margot, j’étais ailleurs.
Il déposa un baiser sur son nez et l’entraîna avec lui sur une paillasse étendue dans un coin. Ils s’assirent côte à côte. Margot ouvrit l’enveloppe. Ses doigts tremblaient si forts qu’elle dut s’y reprendre à plusieurs fois. Sa voix cassée par l’émotion déchiffrait l’écriture chevrotante. Adossé au mur, Julien demeurait silencieux. Il avait allumé une cigarette et fumait. Au fil de la lecture, l’agitation et l’aigreur le gagnaient.
Basile n’était pas le seul à avoir survécu. Lui, le lieutenant Julien Meynard, de la 60e division d’infanterie du Général Deslaurens, avait échappé à l’Enfer de Dunkerque. Il avait vu les charrettes couvertes des corps éventrés de ses amis, des Français qui étaient restés sur le sol de leur mère patrie jusqu’au bout. Basile ? Il s’était fait la malle ! Quel homme pouvait se vanter d’avoir fui, sans prévenir ses copains, sans se retourner ? D’avoir sauvé la vie d’un officier anglais, un de ces fumiers qui les avaient laissés pourrir sur les plages du Nord ? Lui avait connu les camps de prisonniers, les humiliations, les corvées de chiottes, le déblayage des cadavres. Basile, ce paysan taré d’une chance insolente, ne méritait pas Margot. C’était lui, Julien Meynard, qui avait porté Raymond sur son dos quand il avait été blessé et l’avait ramené chez lui. Elle lui avait offert sa virginité, à lui et à personne d’autre ; et ce qu’elle lui avait accordé, ce qu’il avait dérobé, personne d’autre ne l’aurait. Les soupirs évanescents qu’elle avait poussés, nul autre ne les entendrait. C’était son trésor.
Ma chéri,
Enfin un momen pour t’écrire. Tu a du t’inqiété. Je vais bien et je pense toujoure à toi.
Suite a une promese, je me suis fait batisé. Je suis pas meilleur crétien, et je croit que Dieu se fout de nous. Je pris pour donné bonne consience à mon ami curé.
On parle tout les jour du manque de lait, de viande, de bere. Je suis malade à l’idé de savoir que tu mange pas tous les jour. Ici ossi les privation son grande, mais le plus terible sont ces bombardemens qui tus les civils par milié. J’ai vu des imeuble éventré, des femmes tenant leur enfans réduis en bouili dans leur bra. Moi qui aime vivre au soleil, j’ai passé plus d’heure sous tère qu’une tope ! Des abri anti-aériens, des caves parfoi simplement éclairé d’une ampoule dégueulase au milieu des malades qui craches leurs poumons. C’est à devenir fou. C’est toi qui me redone courage, le souvenir de ton visage, de ton rire, le contacte de tes lèvres sur les miene. Quand je me révèlle, que je me couche, ou quant je regarde le soleil, c’est toujours à toi que je pense, a notre pays, et cela me redone courage. Garde espoir, mon amour, tou cela finira bientot et, nous seron de nouvau ensemble pour toujour.
Je t’aime,
─ Il est en Angleterre, annonça calmement Julien en écrasant sa cigarette sur le rebord de la fenêtre. Il s’est débrouillé pour la poster ou la faire poster de France, mais il est en Angleterre, tu peux me faire confiance. Il se planque !
─ Basile n’est pas un planqué ! C’est toi le planqué, éructa Margot en se dressant comme un diable, c’est toi qui te caches ici pendant qu’il se bat ! C’est toi…
La gifle de Raymond la coupa net. Elle demeura muette de stupeur. L’avait-il réellement frappée ? La douleur sur sa joue ne laissait aucun doute.
─ Ne parle plus jamais à Julien comme ça, Margot, gronda Raymond, plus jamais ! Tu ne sais pas ce qu’il a vécu ! Je lui dois la vie ! Quand Basile est parti, il ne s’est pas demandé un seul instant ce que nous allions devenir. Nous étions une unité soudée, il a rompu notre confiance ! Il n’a pensé qu’à lui !
Margot frotta sa joue endolorie en le dévisageant, ahurie. Raymond avait levé la main sur elle ! Tout ça à cause de Julien, ce fichu Parisien ! Raymond, lui, portait sur elle un regard impitoyable. Elle ne devait pas savoir, non elle ne devait jamais savoir à quel point ils n’étaient pas, Julien et lui, des « planqués » comme elle criait. Cette nuit encore, alors qu’elle dormait dans son lit, les balles avaient sifflé près de leurs oreilles. Depuis qu’ils avaient rejoint le réseau Champaubert, ils alternaient les actions de sabotage avec les réceptions d’armes parachutées par Londres. Autant dire qu’ils jouaient avec la mort. Et maintenant, il découvrait qu’elle avait une aventure avec Julien ! Elle, promise à Basile, couchait avec son lieutenant ! Il n’arrivait pas à y croire. Il s’était bien rendu compte, ces derniers temps, que ces deux-là se voyaient souvent, un peu trop même, mais jamais il n’aurait soupçonné une idylle.
Il tourna les talons et sortit prendre l’air. Il avait besoin de fumer pour s’éclaircir l’esprit. Une fois qu’il fut parti, Margot s’écroula au sol et laissa éclater sa rage et son chagrin. Désolé, Julien s’accroupit à ses côtés, chassant de sa main une mèche de cheveux qui lui barrait le front.
─ Il ne faut pas lui en vouloir.
Elle le repoussa brusquement.
─ Tout ça, c’est de ta faute ! Il m’a frappée à cause de toi !
─ Il n’a pas tort, Basile…
─ Je t’interdis de parler de Basile ! Il va revenir et il te cassera la gueule !
─ Et tu vas l’épouser ! Tu lui donneras une flopée de chiards à son image. Quel bel avenir en perspective !
Il retint sans mal la gifle qu’elle lui destinait.
─ T’es trop prévisible, ma belle !
─ J’aimerais que tu partes, Lieutenant, que tu quittes la région. Raymond m’a frappée à cause de toi, je ne veux plus jamais te revoir !
─ Tu m’appelles Lieutenant ? Je nous croyais plus proches.
Il la prit dans ses bras, ses lèvres courant sur ses épaules. Elle se débattit, mais une fois encore, la force de Julien ne la laissa pas s’échapper.
─ Si je partais, m’attendrais-tu comme tu attends Basile ?
─ Je ne t’aime pas, renifla-t-elle, ni toi ni Basile.
Il la retourna violemment, l’obligeant à lui faire face. Le pli de sa bouche avait une forme étrange, un rictus où se mêlaient colère et jalousie.
─ Moi je t’aime, Margot, et tu ne seras à personne d’autre, tu m’entends. Personne ! Et sûrement pas à ce pecnot de Basile ! Tu t’es donnée à moi, je te garde !
Avant qu’elle ait pu répliquer, il écrasa ses lèvres sur les siennes. Elle renâcla. Ce baiser, elle le refusait. Ce baiser infamant qui méprisait Raymond et insultait Basile. Elle haïssait cet homme, responsable de la gifle qu’elle venait de recevoir. Une gifle de Raymond, son cousin chéri. Elle s’arracha à lui.
─ Salaud ! Comment peux-tu croire que je suis à toi ? Moi, je ne t’aime pas !
─ Ma belle Margot, ma sauvageonne, tu m’aimes plus que tu ne le croies !
Il la rattrapa par les bras, la renversa sur la paillasse et se jeta sur elle. Tant pis si Raymond rentrait à cet instant, tant pis si un autre les découvrait, il n’avait pas honte de ses actes. Margot était à lui et à lui seul ! Que tous le sachent ! Elle le frappa, le mordit, le griffa, poussant des gémissements de bête prise au piège.
─ Lâche-moi, sale brute ! Salaud ! Salaud !
─ Sauvage, petite sauvage, faut-il encore que je te soumette ?
─ Tu ne me soumettras jamais, salaud ! Je te déteste ! Je te hais !
D’une main solide, il releva sa robe et arracha sa culotte, découvrant sa toison couleur de miel. Le simple caleçon dont il s’était vêtu ne pouvait plus retenir son sexe en érection. Il glissa entre ses cuisses.
─ Margot, ma petite Margot, ma petite furie ! Tu me rends fou, tu sais combien tu me rends fou ?
Soudain, elle cessa de se battre et darda sur lui un regard indécis. Oh ! ce regard de diamant noir planté sur elle, mi-moqueur, mi-ombrageux ! Comme elle haïssait… comme elle aurait voulu le haïr. Mais elle l’aimait ! Malgré sa peur des hommes des villes, elle était tombée irrémédiablement amoureuse de lui ! À nouveau, cette boule de feu dans son ventre, cette moiteur entre ses jambes. Advienne que pourra, dans ce monde devenu fou, qui pouvait dire qui serait vivant demain encore ? Julien jouait sa vie en combattant les Allemands, mais elle, ne la risquait-elle pas avec son marché noir ? La mort condamnait tous ceux qui s’y livraient, alors quel mal y avait-il à faire l’amour ? Elle tendit sa main vers lui, caressa son visage. Il baisa cette main audacieuse.
─ Jolie furie, je ne veux que t’aimer.
─ Alors, aime-moi, Julien, aime-moi toujours.
Alors il l’aima, avec douceur, avec rage… avec passion. Il lui fit l’amour avec exaltation, conscient du regard de Raymond dans son dos ; Raymond qui était revenu s’excuser et se tenait sur le pas de la porte, immobile, hypnotisé par ce corps d’homme vautré sur sa cousine, par ses fesses blanches qui montaient et descendaient, par cette verge qu’il devinait plantée en elle, par les cris et les soupirs qu’elle poussait. Il resta ainsi puis fit volte-face et quitta la pièce en courant.
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