Vengeance en bas de soie: L'évadé (French Edition)
Chapitre 4
24 octobre 1939
Chère Margot,
Cete letre te parviendra surement en mové éta. Notre régiman et dans un village du Nort, à 6 km de la mer, Bray-Dune. Tout et triste, la mer et grise, il pleut, mais les gens son genti, il nou donne à mangé et du vin pour nou réconforté.
On creuse la terre et on dort dans des grange. Mon uniforme et sale et ma téte grouye de vérmine. On dore sur des payasses infesté de punèses. La pluie, le froid, l’umidité, le vent qui hurle, les crevasses qui coupes les piés, la boufe qui file la chiasse, la drisse comme dises les gars du coin, sape le moral des troupes. Partou les hommes se gratent. On a la face noire à force de plongé dans la boue à chaque passaje d’avion. Je suis bien heureux que tu me voit pas ainsi. Le soleil doit pa existé ici. J’ai toujour sur moi la photo de toi, celle avec ta robe bleu. Je la garde sous mon oréyé come un tresore et je m’endor dans tes bras. Tu et toujour avec moi, je sent ta médaye sur mon cou et ton keur ba avec le mien.
Je me demande si on et en gerre ou s’il s’agit que d’un mové rève. Parfoi, un cout de feu part mais nul ne sé d’ou il vient, ni pour qui il été destiné. Des avions passes et repasses au-dessus de nos téte. Pas un jour où je pense pas à toi. Pa un jour où je vois pa tes bau cheveu flotté dans le vent comme un rayon de soleil. Si tu savé come tu me manque et come il me tarde de te séré dans mes bras.
Je t’aime, Basile
La lettre comportait des ratures et de nombreuses fautes. Basile n’avait jamais été un élève assidu et l’étude du français était au nombre de ses lacunes. Qu’il ait pris soin de lui écrire sans passer par un ami toucha Margot qui la conserva sous son oreiller.
17 décembre 1939
Chers Maman et Papa,
Je vous écris ces quelques lignes avant la soupe. Cette lettre n’est pas très propre, je m’en excuse. Le papier commence à se faire rare. Écrire à nos familles, jouer aux cartes, sont les distractions majeures ici. Il neige depuis un mois. Mes pieds sont trempés et les angelures commencent à me faire souffrir. Mon uniforme tombe en lambaus et mes godasses perdent leurs semelles. L’hiver est rigoureu. Jamais je n’aurais pu imaginer un tel froid. Il fait toujours si beau chez nous. Si vous savier comme il me manque, le beau ciel bleu de Vendée. J’espère que le travail à la ferme n’est pas trop difficile sans Lucien et moi. Basile a fabriqué un petit cheval de bois pour Martin. Il lui envera pour Noël, ne lui dite rien, c’est une surprise. J’entend la cloche du repas qui sonne.
Je vous souhaite à tous un joyeux Noël.
Raymond
12 janviers 1940
Ma Chère Margot,
Moi osi je te souaite une bonne anné 1940. Tu n’imagine pas comme j’été heureu de recevoir ton paqué. Ton pule me va bien. Je suis heureu que le cheval de bois a plu a Martin. Raymond et Lucien on resu des friandise. Raymond les a partagé, mais Lucien a gardé sa pare pour lui.
Jé resu une letre de ma grand-mère. Je sait que cé toi qui la écrite. Je te remercit de cete délicate atension.
Je me langi de toi, mon amour.
Je t’embrase. Basile.
4 février 1940
Chers Raymond et Lucien, cher Basile
Je suis désolée de ne pas vous écrire plus souvent, je sais comme ces lettres doivent vous changer de votre quotidien, mais je dois aider tante Solange. Je relève nos pièges, je fais les pâtés de ragondins. Jamais le lièvre des marais ne s’est aussi bien vendu. Il y a de plus en plus de réfugiés, une aubaine. La Vendée a été déclarée « terre d’accueil » aux réfugiés de l’Est. Depuis hier, nous avons de nouveaux locataires, deux sœurs, Pauline et Hortense. Elles viennent d’un village appelé Haulmé qui a été évacué, jugé trop proche des zones de combat.
Tout le monde relève ses manches pour remplacer les hommes. Il faut aussi tirer la charrue. Nous n’avons plus que les vieilles bêtes pour le travail de somme, celles que l’armée n’a pas encore réquisitionnées. Nous avons remis le vieil âne boiteux au travail, mais je crains qu’il ne passe pas l’hiver. Le fourrage aussi est réquisitionné. Oncle Léon a réussi à vendre des bêtes pour l’armée. Peut-être mangerez-vous de la viande de Vendée pour vous réchauffer le cœur ?
Il y a deux jours, nous avons célébré la Chandeleur. Annette et moi avons fait des crêpes. Nous les avons mangées avec les confitures de l’année dernière et du miel du père de Basile. Je vous joins le dernier pot de confiture d’abricot, ainsi qu’un savon à la lavande et du dentifrice. J’espère que vous nous reviendrez vite et dans quelques années, lorsque nous serons vieux, nous en rirons encore de cette « drôle de guerre » en attisant le feu. Je pense fort à vous et je vous embrasse.
Margot.
28 février 1940
Margot chéri,
Chacune de tes letres et une relique que je garde sur mon cœur. Quelle plus belle armure que celle de l’amour ? Merci de prendre soin de mes parent. Quant je reviendré, je prendré bien soin de toi, comme tu le mérite. Mes supérieur son étonnés de ma façon de tenire un fusil, de la précision de mes tires. Les idiot, la chasse et la meileure école de guerre, surtout à l’arc. Il faut étre prés de sa proie pour décoché sa fléche.
Ici, l’hiver est épouventable. Nous patogont dans la boue, glissont dans la nége fondu. Les hommes sont malade. Ils tousses et craches. Il me semble que cette hiver ne finira jamai. Tu dois me trouvé stupide d’avoir voulu cette guerre. Je ne rentreré surment pas couvère de médayes, mais de puces et de furoncles. Un des zigues a été emputé de ses orteils. Je hait ce pays. Je me surprent à révé que les allemand vont le détruire, le rayer de la carte.
T’ai-je parlé de Julien, notre lieutenant ? Il a 2 ans de plu que moi et ils l’on déja bombardé lieutenant. Son père et avocat et grand ami de Doriot. Il et parisien. Il m’a montré une foto de la grande basilic blanche qui s’apéle Sacré Ceur. Quant je reviendré, je ti emmèneré. Pour notre voyage de noce qui sé ?
Je t’embrase tendremant. Je t’aime,
Basile.
« Quel idiot ! »
Margot replia la lettre de Basile. Un baiser, un seul baiser et les voilà fiancés. Ridicule. Lui avait-il demandé de l’épouser à son retour ? Elle ne s’en souvenait pas. Les souvenirs qu’elle conservait de ce triste matin de septembre étaient à la fois présents et fugaces dans son esprit. Lui le croyait. Au moins, cet amour à l’unilatéral lui permettait de garder le moral dans cet hiver guerrier. Elle glissa la lettre dans la poche de son tablier et descendit à la cuisine.
Tante Solange et Pauline épluchaient les pommes de terre, assises à table, une grande feuille de papier journal dépliée devant elles, journal dans lequel s’allongeait la liste des premiers morts. La guerre avait beau être « drôle », les cadavres ne l’étaient pas, et les tirs sporadiques fauchaient les audacieux sans préambule, sans parler des « accidents » survenus lors des entraînements. Sur le poêle à charbon, la bouilloire siffla. Margot se hâta de la retirer pour préparer la chicorée. Dans le salon, Blandine faisait ses devoirs avec Martin. Solange reniflait.
─ Qu’est-ce qui ne va pas, tante Solange ?
─ Rien, c’est les oignons.
4 mars 1940
Ma très chère Annette,
Je n’ai que peu de temps, juste celui de t’apprendre que je viens de changer d’unité. Que te dire sinon que je t’aime et que je ne cesse de penser à toi ? Je compte obtenir bien vite une permission pour revenir, mais pour l’heure, il faut que je rejoigne ma nouvelle compagnie, la 55e division d’infanterie du Général Lafontaine de la 2e armée du Général Huntziger.
Je t’aime et t’aimerai toujours.
Colin.
20 mars 1940
Margot ma chéri.
Nous avont eu une permision de 2 jour. C’est trot coure pour te rejoindre alors Julien, Raymond, Valentin et moi somme allé à Paris. Une magnifique ville. Un écrin de beauté. Jamais les Boches n’entrerons dans la ville. Nous avons été au Bal-Tabarin, un cabaré de Montmartre. Nous avons assisté au numéro ecsotique de Joséphine Baker. Julien nous a présenté son amie chanteuse, Lizzie Galma. C’est une femme charmante. Raymond est tombé sou le charme, je crois qu’il aime les femme plus agé. Nous avons dansé et bu toute la nuit. Je n’été pas très frai en revenant au front. Il me tarde de pouvoir te faire découvrir toutes cé merveiles. Tu adorera Paris. J’ai trouvé dan une bijouteri ce pandantif. Les bijoutié font fortune, beaucout de Juif vendes leurs bijoux pour allé en Amérique. C’est une perle rose de la mer rouge. On dit quelle sont tré rare. J’aimeré que tu le porte lorsque nous nous retrouveront enfin.
A biento mon amour,
Basile.
Margot fit glisser entre ses doigts la chaîne d’or. Le pendentif en forme de larme soutenait une perle d’un rose irisé. Margot le regarda se balancer. Comment pourrait-elle lui dire qu’elle ne l’aimait pas quand il reviendrait de la guerre ? Bah, avec un peu de chance, il trouverait à Paris une jolie Parisienne qui le détournerait de sa ridicule prétention au mariage. L’idée qu’il soit allé à Paris l’embrasa d’une bouffée de colère. Raymond et lui s’amusaient tandis qu’elle… Elle devait se coltiner la traite des vaches aux aurores, la baratte qui lui sculptait des épaules de déménageur, les travaux des champs et tout ce qui est l’ordinaire des hommes absents pour leur stupide guerre ! Ils rêvaient de gloriole et les voilà pataugeant dans la boue ! Grand bien leur fasse !
8 mai,
Bon aniversaire mon amour. Je pense toujour a toi, et plus encore en cette bèle journé qui te voit grandir d’une anné. Je t’imagine en robe d’été, les fleures dans les cheveus. Ici, les jours rallonges mais le soleil reste terne a coté de notre radieu soleil de Vendée. Derrière le campement, il ya une grande colline. Ce n’été cet hiver qu’un cimetière d’arbres mors et voila quelle revi. Les bourgons pousses sur les branches. Les gars du pays disent que l’été, il ya des mirabèlles groses comme des poins.
Raymond pense que tout va biento éclaté. J’attend l’assot avec impatience, on va renvoyé ces salos en Bochie ! Julien Meynard, notre lieutenant, pense que ce ne sera pa une parti de plésir, leurs chars sont beaucou mieu équipé que les notres. Il doute aussi de ses supérieur, de la ligne M. Je déteste jouer au poker avec lui, je ne sé jamais quand il bluffe.
Je dois y aller, on nous appèle dehor. Je t’aime.
Basile
Je me joins à Basile, bon anniversaire ma cousine adorée,
Raymond.
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