Vengeance en bas de soie: L'évadé (French Edition)

Morgane Destree · Chapitre 34 sur 40

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Vengeance en bas de soie: L'évadé (French Edition)

Chapitre 34

 

Elle avait parlé de mourir et de retrouver Colin, de bien étranges paroles. Il y avait quatre jours à présent qu’Annette avait quitté la ferme et que les habitants étaient sans nouvelles d’elle. Un mauvais pressentiment râpait les nerfs à vif de Margot. L’image de Clovis Cormier dans le fond du camion allemand la hantait. Qu’allait-il lui arriver si elle se faisait arrêter ? Les Allemands feraient-ils preuve de mansuétude parce qu’elle était une fille ? Elle avait entendu toutes sortes d’histoires terribles sur le sujet. Des femmes dénoncées, torturées, rouées de coups et déportées vers l’Est. Un mauvais pressentiment l’envahit, la sensation qu’elle ne reverrait jamais Annette.

Les idées s’embrouillaient dans sa tête tandis qu’elle pédalait. La pluie et le vent lui fouettaient le visage, manquant de la faire verser dans un étier à chaque rafale. Derrière elle, elle entendit le ronflement d’un moteur à gazogène qui se rapprochait. Celui-ci finit par se ranger sur le côté. Il s’agissait d’une vieille Citroën d’un autre âge et pourtant encore vaillante. Le conducteur klaxonna. Surprise, Margot fit une embardée et évita la chute in-extremis. Elle s’apprêtait à invectiver le chauffard d’une bordée d’injures quand elle reconnut Julien au volant. Son cœur s’emballa.

─ Eh ! ma belle, tu vas attraper la mort à pédaler sous la pluie.

─ Julien !

Il arrêta le véhicule et en descendit. Elle se jeta dans ses bras. Ils prirent le temps d’échanger un long baiser et ne se détachèrent que lorsque l’asphyxie les gagna l’un et l’autre.

─ Julien, balbutia-t-elle, j’étais folle d’inquiétude. Ne me laisse plus jamais aussi longtemps sans nouvelles.

─ Ma belle sauvageonne, tu sais que je n’ai pas le choix.

─ On a toujours le choix. J’ai peur pour toi, Julien ! Je ne veux plus avoir peur ! Je t’aime.

Il la fit taire d’un nouveau baiser qu’ils durent pourtant interrompre quand la pluie devint trop ardue. Il jeta la bicyclette dans le coffre, Margot s’installa à côté du conducteur. Elle revenait de Nantes où elle avait vendu sa marchandise, une liasse de billets roulée dans sa jarretière.

─ Julien, tu m’as manqué.

Il rit doucement et laissa courir sa main sur sa cuisse.

─ Toi aussi, tu m’as manqué.

─ Alors pourquoi me délaisses-tu sans cesse ? Je sais ce que tu fais…

─ Non ! éructa-t-il soudain, la voix dure, non, tu ne sais rien ! Tu ne dois rien savoir.

Blessée, elle se renfrogna, les bras croisés sur la poitrine, le menton boudeur.

─ Pourquoi me parles-tu ainsi, Julien ?

─ Tu sais très bien pourquoi !

─ Et toi, tu oublies ce que j’ai fait pour toi ! Pour Raymond ! Comment peux-tu manquer de confiance en moi à ce point ?

─ Ça n’a rien à voir avec la confiance !

─ Si tu m’aimais, tu ne me quitterais pas sans cesse !

─ Pas de chantage, Margot ! Tu sais bien que cela ne dépend pas de moi. Je préférerais passer mes journées avec toi, à te faire l’amour des heures durant, mais…

─ Mais tu n’as pas le choix, je sais ! Toi aussi tu comptes te sacrifier ? Comme Annette ? Toi aussi tu es prêt à mourir pour la France, cette France qui vous a si bien trahis ! Je ne suis pas une héroïne, moi, Julien ! Je veux vivre et je veux t’aimer sans avoir peur pour toi !

─ Margot, comment peux-tu te montrer aussi égoïste ?

─ Égoïste ? Et toi alors, tu n’es pas égoïste de me laisser des jours entiers, des semaines, sans la moindre nouvelle ? Où étais-tu ?

─ Il vaut mieux que tu ne le saches pas, mon amour.

─ Et si tu étais avec une femme ?

Julien la dévisagea, interloqué par sa véhémence. Une autre femme ? Où était-elle allée pêcher cette idée ? Comme s’il avait le temps ! Il l’observa attentivement, ses yeux étincelants de colère, son nez frondeur, ses lèvres frémissantes, elle était irrésistible. Un élan d’amour l’envahit.

─ J’aime que tu sois jalouse, mon amour.

─ Je ne suis pas jalouse ! Je n’aime pas que tu me prennes pour une idiote, c’est tout !

Il l’agréa de son insupportable sourire narquois, de son regard persifleur. Oh ! comme elle détestait quand il jouait ainsi avec elle. Elle avait envie de le gifler, de le griffer. Des jours entiers restés sans nouvelles et voilà qu’il réapparaissait comme s’ils s’étaient quittés la veille, la narguant. Qu’avait-il fait durant tout ce temps ? Avait-il abattu un général allemand ? Provoqué le déraillement d’un train de marchandises à destination de l’Allemagne ? Volé des documents secrets ? Investi une prison et libéré les détenus ? Fait l’amour à une femme ? Curieusement, et en dépit des risques qu’il avait dû prendre, cette dernière idée la turlupinait plus que les autres. Qu’il ait pu lui préférer une autre la mettait au supplice. Jalouse ? Oui, elle l’était, à s’en planter les ongles dans ses paumes.

─ Non, je ne le suis pas, siffla-t-elle entre ses dents.

─ Tant mieux, ça me rassure ! J’aurais détesté que tu te changes en mégère.

Les doigts de Julien glissèrent sur sa cuisse ; d’une bourrade, elle le repoussa.

─ C’est pour ça que tu es revenu, pour me baiser ?

─ Que vas-tu imaginer ?

─ C’est tout ce que je suis pour toi, une petite paysanne que tu peux sauter quand bon te semble ?

Décontenancé par son attitude, Julien posa ses deux mains sur le volant et se mit à fixer la route. Pris à son propre jeu, il s’était trop attaché à Margot pour pouvoir se priver d’elle à présent. Il lui avait appris l’amour, un amour fort et puissant qui les faisait voyager sur des sphères lointaines que seuls atteignent les amants comblés. La petite sauvageonne des marais l’avait ensorcelé. Jamais il ne se lasserait de son corps, de sa voix et de ses soupirs. Il était amoureux. Elle était si différente de toutes celles qu’il avait fréquentées à Paris. Chaque fois qu’il se trouvait loin d’elle, il se sentait comme amputé d’une partie de lui-même. Il pensait sans cesse à elle, même alors qu’il aurait dû se concentrer sur ses missions, ce qui avait de temps à autre failli lui coûter cher. Cette fois, il était descendu dans le sud de Vendée, non loin de La Rochelle, pour surveiller les manœuvres des Allemands. Ces derniers fortifiaient le littoral en prévision d’une invasion britannique et avaient entrepris, depuis le mois d’avril, la construction d’une base de sous-marin dans le quartier de La Palice. Cette immense verrue de béton armé, que l’on voyait de loin en raison d’un relief particulièrement plat, faisait froid dans le dos. Et pendant tout ce temps, Julien n’avait cessé de penser à Margot.

─ Laisse-moi descendre ici, tonna-t-elle, je veux m’en aller.

─ Il pleut à verse, tu vas être trempée !

─ Qu’est-ce que ça peut se foutre ? Tu en trouveras une autre !

Il écrasa la pédale de frein avec une telle brusquerie que le véhicule pila net. Margot eut à peine le temps de mettre ses mains en avant pour ne pas se retrouver propulsée contre le pare-brise. Elle s’apprêtait à manifester, mais Julien se jeta sur elle et lui enserra la tête dans la coupe de ses paumes. Son visage était si près du sien qu’elle sentit son souffle sur ses joues, son haleine chargée de tabac.

─ Il n’y en a pas d’autres, Margot ! Juste toi ! Il n’y en aura plus jamais d’autres !

Elle ouvrit la bouche pour répondre, il l’en empêcha d’un baiser aussi vorace que la passion qu’il lui vouait. Il la garda prisonnière de sa fougue jusqu’à ce que, asphyxiée, elle demandât grâce.

─ Je t’aime, Margot, il n’y a que toi qui comptes.

─ Alors, emmène-moi avec toi, je ne veux plus jamais que tu me quittes !

─ C’est trop dangereux !

─ Je n’ai pas peur !

─ Moi, j’ai peur, Margot ! J’ai peur pour toi !

Ce fut elle cette fois qui se jeta sur ses lèvres et l’embrassa, un baiser plein de promesses qu’ils prolongèrent jusqu’à ce qu’un coup de klaxon derrière eux les ramenât à la réalité. Arrêtée ainsi au beau milieu de la chaussée, la Citroën bloquait l’avancée d’un convoi militaire. Fouetté par cette présence, Julien démarra sur les chapeaux de roue et se rangea un peu plus en avant pour les laisser passer. Il s’obligea ensuite à répondre par des signes cordiaux aux sourires de connivence dont les gratifièrent les soldats en les dépassant. « Arg, Français, toujours l’amour ! » Quand ils furent loin, il remit le moteur en route.

─ À qui est-elle ? demanda soudain Margot en désignant la voiture.

─ À un… ami, il me l’a prêtée.

─ Tu me prends encore pour une idiote !

─ Margot, arrête !

─ Pourquoi te l’a-t-il prêtée ?

Julien leva le nez au ciel, adressant une prière muette à la pluie qui redoublait. Sans elle, les soldats auraient peut-être fouillé l’automobile et là… Il ne devait pas faire prendre le moindre risque à Margot, mais pouvait-il la laisser aller seule, avec sa bicyclette, sous l’averse ? Sa bicyclette ? Il tiqua, jeta un regard sur la banquette arrière et revint à Margot.

─ Elle est neuve, cette bécane. Ton commerce roule plutôt bien.

─ Cadeau d’un admirateur, répliqua-t-elle dans toute la défiance imbécile d’une jeune fille amoureuse.

Les mains de Julien se crispèrent sur le volant. Margot jubilait. À son tour de ressentir la vilaine morsure de la jalousie !

─ Un admirateur, répéta-t-il d’une voix éraillée.

─ Un homme riche, très riche, à qui j’ai tapé dans l’œil. Il vient expressément de Nantes pour me voir.

─ Allemand ?

─ Français ! Collabo, devrais-je dire. Il s’entend très bien avec l’envahisseur ! Il loge des officiers sous son toit.

─ Un salopard ! Et toi tu le laisses te faire ce genre de cadeau ?

Devant son air courroucé, la fureur qui luisait dans ses prunelles, elle dut se pincer les lèvres afin de réprimer l’hilarité qui commençait à la gagner.

─ Et pourquoi pas ? minauda-t-elle. C’est utile, un vélo neuf. Ça a changé ma vie. Je n’allais pas rouler sur mon vieux tas de ferraille rouillé pour te faire plaisir !

─ Et le patriotisme ?

Elle haussa les épaules, désinvolte.

─ C’est bon pour les héros et moi je n’en suis pas !

Il braqua sur elle un regard dangereux, les maxillaires raidis à la limite de la rupture. Il souffrait cette fois, elle en était sûre. Elle allait prolonger encore un peu son agonie. Qu’il était beau en colère, avec des yeux brillants, un éclair dans un ciel d’orage. Et sa bouche si mâle et si sensuelle. La fureur se concentrait en lui, elle crut un instant qu’il allait la frapper.

─ S’il te touche, grogna-t-il sans desserrer les dents, c’est un homme mort !

Elle éclata de rire, un rire moqueur qui, pourtant, le rassura. Elle se fichait tout simplement de lui. Retour à l’envoyeur. Non, Margot ne coucherait ni avec un Allemand ni avec un collabo. C’était une fille de la campagne, dotée d’un bon sens paysan, mais elle n’était pas une roulure. Pourquoi refuser un cadeau qui pouvait lui faciliter la vie ? Ses relations courtoises avec les Allemands lui permettaient d’obtenir des cartes de rationnement dont ils profitaient, lui, Raymond et les autres membres du réseau. Il se détendit, rit avec elle et l’embrassa à nouveau.

─ Petite idiote, tu as failli m’avoir !

─ J’aime que tu sois jaloux ! s’écria-t-elle en jetant ses bras autour de son cou.

─ Évidemment que je suis jaloux, puisque je t’aime !

─ Je veux rester avec toi, toujours.

─ Tu es toujours avec moi, tu es en moi.

─ Alors, où on va ?

─ Nulle part. La pluie se calme, tu rentres chez toi !

─ Rien du tout, je viens avec toi ! Ne crois pas que tu vas te débarrasser de moi comme ça !

Il exhala un soupir. Si Margot pouvait se montrer parfois d’une subtile maturité, elle n’en demeurait pas moins à un âge où la raison ne voit pas plus loin que le bout du cœur. Il flottait en elle un curieux mélange de malice et de candeur.

─ Ne fais pas l’enfant. L’heure n’est pas à la bluette.

─ C’est moi la bluette ?

─ Tu sais ce que je veux dire. Je ne peux pas m’engager pour l’instant. Quand la guerre sera finie…

─ Et si j’étais enceinte ?

Il la dévisagea, stupéfait. Jamais cette éventualité ne lui était venue à l’esprit. Enceinte ! Ce serait dramatique. Il ne fallait pas, surtout pas ! Si elle tombait enceinte… L’effroi le gagna, et cet effroi fut si intense que Margot le lut sur sa figure, en prit ombrage et le gifla.

─ Salaud ! Tu ne vaux pas mieux qu’un Boche !

─ Ne dis pas de telles bêtises ! J’ai quelque chose de très important à faire !

─ Qu’est-ce qui peut être plus important que moi ?

Elle darda sur lui un regard de reine outragée. Julien était éberlué. Comment pouvait-elle être aussi désinvolte ? N’avait-elle pas conscience du monde dans lequel ils vivaient ? Il s’était promis de ne jamais l’impliquer, mais son œil furibond lui fit perdre ses bonnes résolutions.

─ Margot, il y a… des armes dans la voiture… Il faut que je les cache. Je ne sais pas encore où … c’est une question de vie ou de mort. Un de nos hommes a été arrêté, il faut tout déménager. D’habitude, je m’en occupe avec Raymond… seulement… il est parti au Mans.

Il se tut, il en avait déjà trop dit. Des armes… Margot le fixait, l’air grave, pourtant, il ne devina aucune peur en elle.

─ Prends la route d’Aizenay, lâcha-t-elle finalement.

Il hésita. Que pouvait-il faire d’autre ? Ne connaissant pas le coin, il s’en remit à elle.

Ils roulèrent en silence. Si la pluie avait cessé, le soleil n’avait pas daigné se lever. Margot guidait Julien ; il se dit que c’était une aubaine, tout compte fait, d’être tombé sur elle. Elle était courageuse. Inconsciente, mais courageuse. Ils filaient vers le sud en direction d’Aizenay. Les rares véhicules qu’ils croisèrent étaient des engins militaires, des vélos et des charrettes à bœufs.

À l’entrée d’un village, ils furent arrêtés par une patrouille. Julien retint son souffle quand l’officier de contrôle réclama ses justificatifs d’identité.

─ Je viens voir ma tante, expliqua Margot nantie de son sourire le plus charmeur, je lui amène de la terrine de lapin et de la confiture.

─ Terrine de lapin ?

Elle déploya son rire cristallin qui avait le don de faire fondre les hommes, et le militaire, séduit, cessa de l’intéresser aux papiers de Julien.

─ Je ne fais pas de marché noir, monsieur l’officier, je les fais moi-même avec les lapins de ma ferme. Tenez, goûtez-en un, c’est un cadeau.

Tendant la conserve prise dans sa besace, elle se pencha ostensiblement en avant, laissant bâiller sa robe, afin d’offrir au cerbère en uniforme les prémices d’une poitrine affriolante qu’il s’empressa de dévorer des yeux. Aveugle à toute autre chose que ces petits seins blancs qu’il devinait exquis, il se saisit du bocal et le fit disparaître dans son havresac.

─ Merci, mamoizelle, merci beaucoup.

La voiture redémarra. Julien serrait les dents.

─ Remontre encore tes nichons à un Boche et je t’en colle une.

─ Oh ! mon chéri, j’aime que tu sois jaloux.

Il lui décocha un regard agressif qui eut comme résultat de la faire.

Ils quittèrent le bourg et roulèrent encore sur plusieurs kilomètres. Sur les indications de Margot, Julien engagea le véhicule dans un étroit chemin, juste carrossable, qui serpentait entre les arbres. Il dépassa un oratoire de pierres blanches, continua pendant une bonne poignée de minutes avant de s’arrêter devant la petite chapelle de la Croix Bouquet. Avant le début des hostilités, les pèlerins allant à Compostelle y effectuaient parfois des haltes. Abandonnée depuis, rares étaient ceux qui s’y rendaient à présent. Elle sombrait dans l’oubli, croulant sous le lierre et les ronces. Une chouette avait même bâti son nid sous le toit.

─ Pendant les guerres de Vendée, expliqua Margot, les royalistes s’y regroupaient pour célébrer les messes interdites. Une nuit de février 1796, ils furent cernés par les républicains qui mirent le feu à l’édifice. Dix-sept chouans périrent brûlés vifs. On raconte que les nuits de pleine lune, les morts reviennent pleurer. C’est pour ça que personne n’y vient jamais.

Julien ausculta la forêt, ce lieu lui sembla parfait. Il ne croyait pas aux fantômes, mais comptait sur eux pour éloigner les curieux. Avec précaution, il détacha les fusils accrochés sous la voiture. Les bras chargés de Mauser, les deux amants pénétrèrent dans la chapelle. Un hululement sinistre les accueillit. Le vent sifflait en s’infiltrant entre les brèches du toit, provoquant des gémissements inquiétants, donnant crédit à la légende. Sur un mur était gravé « Dieu bénisse le Roy ».

Ils déplacèrent une lourde dalle dissimulée derrière l’autel, révélant ainsi l’entrée d’un tunnel d’où s’exhalait une puissante odeur de pourriture et d’humidité. Des catacombes en pleine Vendée, c’était tout simplement incroyable ! Julien alluma sa torche électrique et descendit l’étroit escalier aux marches si usées qu’elles devenaient dangereuses. Le faisceau de sa lampe découvrit des caisses de bois vermoulues, de vieilles étoffes rongées de vermine, des squelettes aux os poussiéreux. La cachette idéale. Ils se mirent au travail, entassèrent les armes, les munitions, les explosifs, puis replacèrent la dalle.

─ Espérons que l’humidité ne les gâte pas, grommela Julien, ça serait la poisse !

─ Tu avais une meilleure idée ?

Il hocha la tête, illustrant son impuissance. D’idées, il n’en avait aucune ; cette cache, tout humide fut-elle, lui semblait inviolable.

La pluie s’était remise à tomber. Sous le porche en partie éboulé de la chapelle, Margot la regardait les trombes d’eau noyer le paysage. Julien vint se blottir dans son dos et enfouit son nez dans ses cheveux, s’imprégnant de son parfum sauvage. Elle grelottait dans ses vêtements mouillés.

─ L’averse se calme, remarqua-t-il, je vais te ramener.

─ Je veux rester encore avec toi.

─ Le soir risque de nous surprendre, je ne veux pas que tu aies des ennuis à cause de moi.

─ Je m’en fiche d’avoir des ennuis, je veux rester avec toi !

Elle jeta ses bras autour de son cou, tendant ses lèvres en quête d’un baiser. Malgré toute la prudence dont il souhaitait faire preuve, Julien le lui offrit. Ils le prolongèrent à la limite du raisonnable, puis, le premier, Julien la repoussa. C’était une lutte contre ses propres pulsions qu’il s’imposait. Faire l’amour à Margot, il ne rêvait que de cela, mais pour quelques heures de plaisir, les risques encourus étaient beaucoup trop importants.

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