À perdre haleine

Aga Lesiewicz · Chapitre 12 sur 51

Pages du PDF

À perdre haleine

Dix-neuf jours plus tôt

 

Et puis le lundi matin arrive et je m’extirpe du lit, me force à avaler une tasse de café noir et pars travailler en voiture ; les bouchons du début de semaine me donnent envie de hurler. La croûte me démange la joue sous les couches de fond de teint, d’anticernes et de poudre Clinique. Elle ressort toujours autant qu’un coup de pinceau raté sur un chef-d’œuvre. Le chef-d’œuvre en question étant mon visage ce matin, après une séance de maquillage intensive à la maison.

« Aïe », dit Claire en regardant ma joue quand j’entre dans le bureau. Elle est assez futée pour ne pas poser de questions.

« Trop de vin », dis-je aussitôt, avant de m’en mordre les doigts. Pourquoi mentir de mon propre chef, alors qu’elle ne me demande rien ?

Elle hoche la tête d’un air compréhensif, et retourne à son ordinateur. C’est une pro.

La matinée suit lentement son cours, débutant par une première réunion avec les Américains. Ils ont l’air plutôt amusé par mon histoire de teckel fou qui s’est précipité dans mes jambes et m’a fait m’étaler de tout mon long, m’écorchant la joue au passage sur un tronc d’arbre mort. Ils sont impressionnés que j’aille courir tous les jours, et me conseillent de traîner le propriétaire du chien en justice, ces bonnes âmes procédurières. Alors que la réunion cède la place à la pause-déjeuner, je commence à me sentir patraque. J’endure la présentation de l’après-midi, essayant d’ignorer les élancements de douleur inquiétants qui me traversent le corps. À la dernière diapo de PowerPoint, mon bas-ventre me tracasse sérieusement. Je m’éclipse pour passer un coup de fil à la clinique Mary Stopes à Fitzrovia. Ils me proposent un rendez-vous le lendemain matin à neuf heures. Eh mince, le tournage à Pinewood… Mon côté raisonnable me dit que je ferais vraiment mieux d’y être. Mais ce même côté me dit aussi de consulter un médecin. Je vais rater une occasion de récolter des bons points, mais je n’ai pas le choix. Les Américains devront se débrouiller sans moi demain matin.

OceanofPDF.com