À perdre haleine

Aga Lesiewicz · Chapitre 25 sur 51

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À perdre haleine

Cinq jours plus tôt

 

Après avoir déposé mes clés chez Michael, j’arrive au travail très tôt, mais quand même pas assez pour devancer Claire. Elle m’accorde cinq minutes pour m’installer dans mon bureau avant de m’assaillir avec tous les problèmes non réglés de la semaine dernière. La journée promet d’être chargée.

À l’heure du déjeuner, elle propose d’aller me chercher un sandwich à la cantine, et je suis en train de le déballer, assise à mon bureau, quand mon portable sonne.

« Bonjour, c’est Raymond Chandler », fait une voix grave, et je pense d’abord à un canular. Pourquoi pas Humphrey Bogart, tant qu’on y est ? « On a eu un accident hier, à Tottenham Hale. »

Ah, le prince Charmant ! Ça me revient.

« Mais oui, Ray, bien sûr.

— Je voulais juste savoir quand ça vous arrangerait de déposer votre voiture au garage. Vous serez obligée de la laisser là-bas quelques jours, malheureusement. Je suis vraiment désolé pour le dérangement.

— Pas de problème, Ray, ça arrive. » Je regarde mon agenda. Je serai en réunion à Soho mercredi et jeudi, pas besoin de voiture. « Est-ce que je pourrais passer la déposer demain soir ?

— Parfait. »

Il me donne le nom et l’adresse du garage, et nous convenons de nous y retrouver demain avant la fermeture, à dix-huit heures. Pendant que je mange mon sandwich, je cherche l’endroit sur Google. Le garage a un site Internet, et m’a l’air tout à fait rassurant. Puis je retrouve le numéro des deux promeneurs de chiens que j’ai repérés chez le marchand de journaux de Highgate, et leur passe un coup de fil. Le premier ne répond pas, mais la deuxième n’a pas l’air mal : une Italienne avec un bel accent chantant qui vit dans le quartier, travaille chez elle et promène quelques chiens tous les jours pour arrondir ses fins de mois. Nous nous donnons rendez-vous à la maison le soir même, histoire de savoir « si elle plaît à Wispa », selon ses propres mots. Soulagée que les choses se mettent en place petit à petit, je travaille sans interruption pendant la plus grande partie de l’après-midi. À dix-sept heures, je reçois un texto de Michael :

Grande promenade à Hampstead Heath. Sa Majesté est fatiguée et ravie. J’ai croisé ton admirateur en revenant. Bises

Je le rappelle aussitôt.

« Mon admirateur ?

— Salut, ma chère, et de rien, c’était un plaisir de m’occuper de ton clébard.

— Pardon, Michael, et merci beaucoup, évidemment. Je te dois une fière chandelle, on peut toujours compter sur toi.

— Pas la peine d’en faire des tonnes, rétorque Michael en riant. Oui, ton admirateur et sympathique voisin, comment est-ce qu’il s’appelle, déjà, Tom ? »

Une vague d’angoisse me gagne.

« Où est-ce que tu l’as vu ? Il est venu te parler ?

— Anna, mon chou, du calme. Je l’ai croisé devant chez toi en revenant de ma promenade avec Wispa, on s’est juste dit bonjour. » Il s’interrompt, et change de ton. « C’est ton inconnu du parc ?

— Non ! dis-je, avant de m’apercevoir que j’ai haussé la voix. Non, absolument pas.

— D’accord…, fait Michael, dubitatif.

— Ce n’est pas lui, vraiment, je t’assure. » Je n’ai pas tellement envie de lui parler de sa foldingue de femme.

« Enfin bref, juste pour que tu saches, il est sûrement convaincu qu’on sort ensemble.

— Comment ça ?

— Eh bien, il a vu qu’un homme sublime était venu te faire la cuisine l’autre soir, non ? Et là, il le croise en train de promener ton chien… »

Le raisonnement de Michael me fait glousser malgré moi. Je le remercie encore une fois, lui dis que je dois discuter avec une promeneuse de chien ce soir et que je le tiendrai au courant.

Ce ne serait pas si mal que Tom nous croie en couple, dans le fond, me dis-je après avoir raccroché.

Je travaille encore un peu, puis me dépêche de rentrer chez moi pour accueillir ma nouvelle dog-sitter. Dans ma tête, je l’ai déjà embauchée.

Chiara sonne à ma porte à 19 h 30 tapantes, comme convenu. Elle a de superbes cheveux roux et un visage franc constellé de taches de rousseur. Sa poignée de main est aussi forte que son accent italien. Elle me plaît tout de suite. À Wispa aussi, visiblement : ma chienne accourt vers elle, son os en plastique entre les dents. Elle n’offre son jouet préféré qu’à de rares élus, et je suis impressionnée par l’effet immédiat que Chiara a sur elle. Elles passent quelques minutes à jouer ensemble, puis nous nous installons à la table de la cuisine où Chiara me montre sa brochure d’information, sa carte d’assurance et ses références, le tout soigneusement plastifié. Elle est moins chère que Nicole, en plus. Nous discutons de chiens un moment, puis la conversation dérive vers Hampstead Heath et la dernière agression en date. Il n’y a pas eu beaucoup d’infos depuis ; nous espérons toutes les deux que la police arrêtera bientôt le coupable et rendra sa tranquillité au parc. En attendant, Chiara m’explique qu’elle s’équipe d’une bombe lacrymo chaque fois qu’elle y emmène les chiens. Je l’embauche, évidemment. Je lui donne un jeu de clés de la maison, et nous nous mettons d’accord pour qu’elle vienne chercher Wispa tous les jours vers treize heures jusqu’à vendredi. Elle me prévient qu’elle sera absente quelques jours la semaine prochaine, mais je lui réponds que ça ne fait rien et qu’on s’arrangera plus tard. Je suis ravie d’avoir déniché une perle en si peu de temps et réglé mon problème de dog-sitter, au moins pour cette semaine.

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