Au risque de l'aimer - Etrange disparition
Chapitre 12
12
Davis se laissa aller contre le dossier de son fauteuil et se frotta les yeux. Entre sa nuit aux côtés de Lara, et sa matinée à fouiller dans les dossiers pour trouver un angle d’attaque, sa vue se brouillait. Le café l’avait aidé, mais après trois tasses il ne lui faisait plus aucun effet.
Grâce à ses contacts, Connor avait appris qu’un agent spécial du NCIS avait été affecté à l’affaire Wasserman. La police passait la marina au peigne fin, tentant de lier le cadavre près du parking à l’explosion du yacht. Après quoi quelqu’un essaierait de nouer autour du colis un joli ruban portant le nom de Lara Bart.
L’équipe Corcoran devait le prendre de vitesse.
Tournant la tête vers la porte, Davis tendit l’oreille. Lara était en haut en train de se doucher, ce qui lui donnait des fourmis dans le bas du corps et enjoignait à la partie autodestructrice de son ego de la rejoindre.
Le fauteuil en face du sien à la table de conférences grinça. Connor se tapotait la tempe de son stylo, tout en lisant un dossier qu’il tenait à la main. Son siège oscillait d’avant en arrière, probablement sans qu’il n’en ait conscience.
C’était là du Connor pur jus. Absorbé par son travail, mais la main toujours à quelques centimètres d’une arme.
— Est-ce que ça va ? s’enquit Davis. Au cas où tu l’aurais oublié, c’est moi que quelqu’un veut tuer.
Connor leva les yeux.
— Tu as un effet intéressant sur les gens, répliqua-t-il en souriant.
— Qu’est-ce qui te captive tant ?
— Je vérifie la liste des policiers chargés d’enquêter sur Lara afin de m’assurer que nous n’avons pas une taupe parmi nous. Quelqu’un cherche à tout prix à l’impliquer. Ce serait très facile pour une personne proche de l’affaire.
— Ils doivent tous se retirer. Nous n’avons pas besoin d’eux.
Les mots étaient sortis sans qu’il ne puisse les retenir.
— Tu n’as jamais été partageur.
Connor faisait allusion aux années où ils servaient dans une unité anti-terroriste interarmes. C’était avant son achat de parts, puis sa mainmise sur la direction de l’équipe Corcoran, à l’époque où lui-même était au FBI.
Ce travail avait renforcé leur amitié, et par la suite permis un passage sans rupture de la DIA au privé. Il n’avait pas connu un seul jour sans salaire ni mission.
Mais, pour Davis, les choses allaient plus loin. Son caractère s’était forgé longtemps auparavant. Il n’accordait pas facilement sa confiance. Presque toute sa vie, il n’avait pu compter que sur Pax. Sa mère s’était envolée après l’accident de voiture qui avait coûté la vie à un père qu’il n’avait jamais connu. Pax et lui étaient alors trop jeunes pour en avoir gardé un souvenir précis. Leur image de la famille, ce n’était pas celle des contes de Noël, mais celle d’un oncle et d’une tante uniquement préoccupés par l’arrivée du chèque mensuel de l’Etat. Dès qu’il l’avait pu, Davis était parti, emmenant son petit frère avec lui.
Pax, et maintenant les membres de son équipe, étaient les seuls à avoir sa confiance. Faire appel à l’extérieur plutôt que de s’attaquer à l’affaire par lui-même lui donnait des aigreurs d’estomac.
Si Lara était entrée dans son microcosme, c’est parce qu’il n’avait pas été assez rapide pour ériger des protections autour d’elle. Il l’avait interrogée lors d’une mission pour la DIA, et trois jours après la fin de l’affaire ils sortaient ensemble.
Dès le début il avait cru en elle. Elle aussi avait perdu ses deux parents, et cette situation d’orphelin ne faisait que les rapprocher. Puis un jour elle avait plié bagages, le laissant ruminer son infortune. De retourner ainsi les vieilles pierres pour voir ce qu’il y avait dessous lui donnait l’impression d’avoir reçu un coup de massue sur le crâne.
Il était temps de se reconcentrer sur le travail.
— Où sont Joel et Pax ?
— Chez Lara.
— Tu crois que quelqu’un y est déjà passé ?
— Pax m’a signalé qu’un voisin se plaignait de nombreuses allées et venues.
Saisissant la télécommande, il alluma le plus grand des écrans, et une vue du séjour de Lara y apparut.
— Ils tentent de savoir ce que ces gens cherchaient.
Davis observa le mobilier.
— Tout a l’air en ordre.
— Oui. Celui ou ceux qui sont venus ont effacé leurs traces. Pour Joel, c’est trop parfait. Pas même une empreinte de pas sur la moquette.
C’était une erreur commune. Davis avait maintes fois vu cela, et la police se laissait généralement berner.
— Ils ont effacé les traces de Lara en même temps que les leurs.
— Exactement.
Davis voyait le dos de Pax sur l’écran, ce qui signifiait que Joel tenait la caméra. L’objectif se focalisa sur un panier à linge, avec des sous-vêtements au-dessus de la pile. Il les préférait sur elle.
Et n’aimait pas du tout que d’autres hommes les voient.
— Ça va faire plaisir à Lara, observa-t-il d’un ton aigre.
— Tu te soucies de ce qui peut l’ennuyer, maintenant ?
Davis arracha son regard du moniteur pour le river sur son ami. Il y avait un peu trop d’amusement dans sa voix.
— Ça ne te ressemble pas de mettre le nez dans ma vie privée.
— Je te connais depuis longtemps, et je travaille avec toi depuis presque un an, répliqua Connor en jetant son dossier sur la table. Ça ne te ressemble pas de tomber raide dingue d’une femme.
— Celle-ci est spéciale.
Mieux, elle était l’unique. La seule qui compterait jamais.
— Enfin, je le croyais.
— Ce qui se passe entre vous m’a pourtant l’air bien vivace.
— Le problème, ce n’est pas moi.
— Tu en es sûr ?
Les mots se mélangeaient en une ligne floue sur sa page. Il cessa de tenter de les déchiffrer.
— Où veux-tu en venir ?
— Tu ne t’ouvres pas beaucoup. Ce n’est pas forcément un bon point pour une femme.
— Tu parles d’expérience ?
— Oui.
Connor versa le reste du café dans son mug, puis se dirigea vers la cuisine avec le pot vide.
— Une chance que tu me dises où est Jana ? demanda Davis en haussant la voix pour être sûr d’être entendu.
Cela faisait des jours que les autres parlaient de cela. Sans prévenir, Jana avait plié bagages. C’était au moment où lui-même était trop occupé à se faire renverser par une voiture. Mais comme disait Pax, au bout de deux semaines l’excuse d’un parent malade ne tenait plus.
Connor revint avec un nouveau pot de café. Ils avaient appris depuis longtemps qu’un seul ne suffisait pas.
— En visite chez des cousins.
— Si tu le dis.
— Je le dis.
Connor reprit place dans son fauteuil.
— J’ai aussi entendu ton histoire concernant votre rupture. Tu pourrais peut-être repasser le film et voir si tu n’aurais pas raté quelque chose.
Pour Davis, c’était simple. Il avait poussé la porte de la maison, Lara était partie. Il l’avait appelée, elle l’avait ignoré.
— C’était on ne peut plus clair quand elle m’a rendu la bague.
Un geste qui le tuait encore aujourd’hui.
— Cette femme m’a donné l’image d’une combattante. Il doit y avoir une raison pour qu’elle t’ait quitté comme ça.
S’il savait combien ces mots lui faisaient mal.
— Ouais, il doit y avoir une raison.
Un écran s’alluma sur le bureau. La caméra était celle de la porte d’entrée du siège de l’équipe Corcoran. Un homme se tenait devant. Il regarda derrière lui, puis de nouveau la porte.
Connor se pencha en avant.
— Qui est-ce ?
— Quelqu’un qui ne semble pas trop aimer d’être dehors et exposé.
— Pas idiot.
Connor se leva et posa le pouce sur le lecteur optique du tiroir du bureau. Celui-ci s’ouvrit, présentant un choix d’armes. Il prit un pistolet, ainsi qu’un couteau qu’il glissa dans sa poche.
— Tu ne le reconnais pas ?
Davis essaya de se rappeler le visage de leur assaillant, à Lara et lui, dont ils avaient tracé un portrait-robot. C’était surtout Lara qui avait fourni les détails. Il ne l’avait vu qu’entre deux coups, et outre le fait qu’il portait des vêtements sombres l’homme évitait la lumière. Il se tenait également hors du champ des caméras, comme s’il avait su d’instinct où elles se trouvaient. L’homme à la porte n’était pas lui.
— Non.
Sortant son portable de sa poche, Davis tapa le code d’urgence, espérant que Lara obéirait aux instructions.
Son rôle consistait à rester à l’abri et à se rendre dans la pièce sécurisée dont l’accès secret se trouvait au fond de la penderie de Connor. Ils avaient répété deux fois l’opération, avant qu’elle ne lève les yeux au ciel et déclare qu’elle avait besoin d’une douche. Il espérait que c’était suffisant.
Puis il envoya le « code-panique » à Pax et Joel. Il sut qu’ils l’avaient reçu lorsque l’image devint fixe sur l’écran.
— C’est toujours bien quand un plan fonctionne, déclara Connor en hochant la tête.
Passant dans le couloir, il marcha vers la porte. Davis le suivit des yeux, partageant son attention entre lui et le moniteur vidéo. Il n’y avait pas d’arme visible sur leur visiteur.
— C’est bon, chuchota-t-il à l’adresse de Connor.
Celui-ci ouvrit la porte intérieure, laissant celle de sécurité fermée, tenant son arme hors de vue de l’homme.
— Vous désirez ?
— Ben Tanner, NCIS, dit l’homme en exhibant son badge.
— Vous avez dû vous égarer. L’Académie navale se trouve trois rues plus loin.
— Nous savons tous deux que ce n’est pas pour ça que je suis ici.
— J’ignore de quoi vous voulez parler.
— Vraiment ?
— Vous avez fini ? Parce que j’ai autre chose à faire.
Le gars leva les yeux vers la caméra dissimulée dans la moulure surmontant la porte. Il fallait être un expert pour la remarquer.
— J’aimerais jouer à votre petit jeu, mais nous n’avons pas le temps. Il faut que je voie Davis Weeks et Lara Bart.
Un bouillonnement d’énergie familier se déclencha dans le ventre de Davis. Il inspira à fond, laissant l’adrénaline lui envahir les veines et effacer les élancements sourds qui persistaient dans ses côtes. Il était prêt à l’action.
Fermant les doubles portes de la salle de conférences, il se dirigea vers l’entrée, se plaçant derrière l’épaule de Connor.
— Me voilà. Quant à Lara Bart, nous avons rompu il y a onze mois.
— Ecoutez, je crois comprendre que vous la protégez, et vous avez raison. Mais elle est en plus grand danger que vous ne l’imaginez.
Pour la vingtième fois, il regarda derrière lui.
— Laissez-moi entrer, insista-t-il.
Davis avait lu le dossier du NCIS, et connaissait le nom de ce type. Inviter l’ennemi à prendre le café n’entrait pas dans ses projets de l’après-midi.
— Désolé, nous ne pouvons rien pour vous.
Ben ouvrit sa main, et un sachet apparut sur sa paume.
— Est-ce que vous reconnaissez ceci ?
Le bandeau rose de Lara, ou un identique. Un mot ordurier lui vint à l’esprit, mais il le garda pour lui.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Il y a des cheveux dessus. Dans peu de temps j’aurai les résultats de l’analyse d’ADN. Je parie que c’est celui de votre petite amie. Comme elle s’est prêtée à un prélèvement pour son travail, il sera aisé de les comparer.
— Je vous trouve bien hardi.
— Cet ADN la placera sur les lieux de deux meurtres en moins de quarante-huit heures, répliqua-t-il en remettant le sachet dans sa poche. Et je veux empêcher cela.
L’affrontement visuel se poursuivit un long moment. Aucun d’entre eux ne bougea. A son crédit, Ben ne montra aucun signe d’intimidation devant les deux hommes armés. Et il savait qu’ils l’étaient, car son regard descendait de temps en temps vers l’endroit d’où ils le visaient, derrière la vitre.
Davis soupesa les différentes options, et choisit celle de tirer de lui davantage d’informations plutôt que de le renvoyer.
Avec l’élément à charge que constituait le bandeau, il n’avait pas tellement le choix.
— D’accord.
Sans un mot, Connor déverrouilla la porte et recula d’un pas. Ben se glissa à l’intérieur. Davis plaqua une main sur son torse, tandis que Connor procédait à une palpation en règle. L’opération étant concluante, Davis s’écarta de l’homme.
— Etait-ce nécessaire ? demanda Ben.
— Seulement si vous voulez entrer.
Ils l’escortèrent jusque dans le salon opposé à la salle de conférences. Connor attendit à la porte que Ben ait pris place dans l’un des canapés. Davis s’assit dans le fauteuil qui lui faisait face. Lorsqu’il releva les yeux, Connor n’était plus là.
Sachant ce que cela signifiait, Davis fit parler leur invité.
— Vous vous êtes trompé de femme. Ce n’est pas son genre.
Ben se déplaça vers le bord du canapé.
— Ne pourrions-nous pas éviter cela ?
— Je réponds à vos questions.
Davis jeta un œil par la fenêtre en façade, et vit la même scène que sur le moniteur. Une voiture, et personne d’autre. Connor explorait sans doute les lieux, même maintenant. Etant donné qu’il fallait laisser à Pax et Joel le temps de revenir de Virginie, ils devaient faire traîner les choses.
Comme s’il sentait les murs se refermer sur lui, Ben posa les pieds à plat sur le sol et cala le dos contre le dossier du canapé.
— Vous savez déjà que j’ai laissé mon arme dans ma voiture.
Lui-même ne ferait jamais une telle chose, mais c’était bon à savoir.
— C’est dangereux.
Ben soupira.
— On est en train de la piéger.
Non, sans blague.
— Qui ?
— Je n’en suis pas encore certain.
— Etes-vous en train de me dire que vous êtes de son côté ?
— Ce que je vous dis, c’est qu’un agent spécial a été assigné à l’affaire, qu’on lui demande de ne pas faire de zèle, et qu’on lui souffle des suggestions pas très subtiles sur ce que doit révéler l’enquête.
Ben se tut, l’œil rivé sur lui.
— Continuez.
— Ces suggestions, reprit-il, se résument à la théorie imaginaire selon laquelle Lara Bart entretenait une liaison secrète avec Steve Wasserman.
Davis était impressionné. Ben n’affirmait pas qu’il avait tout résolu. Il s’en tenait aux faits, et ajoutait juste assez d’éléments pour entretenir l’intérêt.
L’idée de Lara avec un autre homme lui fit tellement serrer les dents qu’il les entendit grincer.
— Foutaises.
— Je suis d’accord. Je crois qu’en réalité Steve Wasserman détenait des informations sur des personnes haut placées, et qu’il fallait le faire taire. Votre petite amie s’est trouvée au mauvais endroit au mauvais moment, et on l’a choisie comme bouc émissaire.
Connor apparut soudain à la porte. Ben se tourna vers lui.
— Je peux le récupérer ?
— Quoi ?
— Mon badge, répondit-il, la main tendue. Vous avez vérifié ?
— Oui, dit Connor en le lui rendant. Je ne pensais pas que vous vous étiez aperçu que je l’avais subtilisé.
Connor ne sourit pas, mais quelque chose dans son expression montrait qu’il était bluffé. Davis l’était aussi.
— J’aurais fait la même chose.
Ben désigna du doigt les appliques de chaque côté de la cheminée.
— Tout comme ces lampes ne sont pas des caméras, n’est-ce pas ?
En d’autres circonstances, Davis aurait décidé qu’il aimait bien ce gars. Il était intelligent et avait du cran. En outre, il était évident qu’il connaissait des choses sur l’équipe Corcoran, mais cela ne l’avait pas empêché d’entrer dans la maison. Ce qui dénotait plus de tripes que Davis n’en avait trouvées chez la plupart des agents gouvernementaux.
— Comment se fait-il que vous nous connaissiez ?
— J’ai jeté un œil dans l’ordinateur que quelqu’un avait placé chez Wasserman. Celui de Lara. Votre nom y figure. Après quoi j’ai fait quelques recherches. Si ça peut vous consoler, vous n’êtes pas un homme facile à trouver. Mais il se trouve que j’ai un sésame.
— Expliquez-vous.
— Mon patron, le sous-directeur du NCIS, m’a remis votre dossier. Il y est fait mention du yacht.
Connor adressa à Davis un regard furieux.
— Intéressant.
— Il ne restait plus qu’à tracer un trait entre la marina et vous. Mais d’autres le feront, soyez-en sûr. Le bandeau élastique est un plus, mais pour l’instant il est en lieu sûr, ajouta-t-il en tapotant sa poche. Si la police refuse de me communiquer ce qu’elle a, j’appliquerai la réciproque.
— Il pourrait appartenir à une autre femme, avança Davis.
Ben sourit.
— Mais ce n’est pas le cas.
Cela faisait beaucoup d’informations à digérer. Ce type, qui scannait la pièce chaque fois qu’il bougeait la tête ou le corps, avait du talent. Par ailleurs, il avait un ego marqué, ce qui était nécessaire dans son travail, mais pas démesuré, ce qui le rendait supportable.
Il affirmait des choses justes, mais était-il digne de confiance ? Davis était incapable de dire s’il était un ami ou un ennemi.
Son dossier sur lui ne lui apprenait pas grand-chose. Ben suivait les règles. Mais il pouvait tout aussi bien être la personne à l’origine de l’affaire et vouloir la tête de Lara.
Connor contourna le canapé et se planta devant l’agent.
— Où vous placez-vous dans tout ça ?
— Je quitte mon travail. Et ça paraît à présent assez clair : soit de moi-même… soit en étant viré, lâcha-t-il avec un soupir. Ensuite je ferai en sorte qu’une innocente échappe au piège qui lui est tendu.
— Dans l’hypothèse où nous saurions où elle est, quel serait votre plan ?
Davis réprima un tressaillement. Laisser Ben entrer dans la maison était une erreur. Moins de gens seraient au courant, plus Lara serait en sûreté.
— Il faut que je sache ce que Wasserman lui a dit, si tant est qu’il lui ait dit quelque chose. Puis je devrais lui parler de son patron.
Davis s’y attendait. Bon sang, il avait déjà vu tout cela avec elle, et il n’y avait rien à trouver, rien !
— Pourquoi ?
— Je pense qu’il est peut-être la prochaine cible.
* * *
Clive n’avait pas bougé depuis près d’une heure. Au fil des ans, il avait perfectionné l’art de l’immobilité, et entraîné ses muscles à supporter l’engourdissement et les crampes.
Il observait l’agent de sécurité effectuant le même circuit dans les deux derniers étages de l’immeuble Gimmel. Se connecter au circuit interne avait été facile. Il ne restait qu’à se glisser dans l’immeuble et descendre jusqu’à la salle de service par l’escalier de secours.
Il tapa une touche sur le boîtier noir entre ses mains, et l’écran montra la double porte vitrée du cabinet Hampton. Il ricana. Du verre. Comme si l’esthétique était un élément important en matière de sécurité. C’était de l’amateurisme. Mais après tout, l’homme n’était qu’un businessman.
Il n’y avait pas un chat à la réception. La seule présence était celle du garde dans le couloir.
Un mètre soixante-quinze, et un ventre qui débordait du pantalon. Clive ne put retenir un sourire. Ce serait trop facile.
Il se pencha et sortit son revolver de secours de son holster de cheville. Inutile de salir son arme préférée. Le revolver finirait dans une benne à ordures. Après quoi il se mêlerait à la foule de touristes qui emplissait les rues de Georgetown, marcherait un moment au bord de l’eau et disparaîtrait.
Il avait deux minutes pour monter là-haut. Otant son kit audio, il l’écrasa sous sa semelle. Personne ne remonterait jusqu’à lui. Cela n’arrivait jamais.
Après une brève inspection du couloir pour éviter toute mauvaise surprise, il se glissa hors du local, puis franchit les quelques pas qui le séparaient de l’escalier de secours.
Une minute trente.
Descendant les marches deux par deux, mais sans faire de bruit, il grimpa jusqu’au palier du cabinet Hampton. Il l’atteignit en un temps record, pas même essoufflé par l’effort. La main sur la barre d’ouverture, il appuya son épaule contre la porte.
Un coup d’œil à sa montre lui apprit qu’il lui restait trente secondes.
Serrant les doigts, il leva son revolver. Le bruit de pas allait se manifester d’un instant à l’autre. A peine y eut-il pensé qu’il l’entendit. Un sentiment de satisfaction battit dans ses veines. Il était temps que les choses se passent enfin comme prévu.
Il commença son compte à rebours. A dix, il ouvrit la porte à la volée et s’avança dans le couloir. Le garde n’eut pas le temps de cligner les yeux que la balle le toucha.
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