Au risque de l'aimer - Etrange disparition

Helenkay Dimon · Chapitre 32 sur 41

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Au risque de l'aimer - Etrange disparition

Chapitre 10

10

 

Zoe ne put réprimer la panique qui montait en elle. Elle était claustrophobe.

Elle pensait être venue à bout de ce mal en s’habituant à prendre les ascenseurs new-yorkais, mais là, c’était différent. Ils étaient dans une petite pièce sombre, dépourvue de fenêtres. Un véritable espace confiné, duquel il était impossible de s’échapper.

Elle s’appliqua à respirer du mieux possible, comme son médecin lui avait appris à le faire.

— Tu as ton téléphone sur toi ? lui demanda Brock.

Figée sur place, elle tâtonna autour d’elle.

— Je ne trouve pas mon sac. C’est quoi au juste, cet endroit ? interrogea-t-elle à son tour en serrant les bras autour de son buste pour chasser les frissons nerveux qui s’emparaient d’elle.

— Un abri anti-tornades en béton armé, répondit Brock.

Elle chercha à s’accrocher à sa voix pour se rassurer. Espace confiné, obscurité. Non, elle ne devait pas penser à ces termes, sinon elle allait craquer.

— Essaie de respirer moins rapidement, sinon tu vas faire un malaise, reprit Brock.

Il lui passa un bras autour des épaules.

— Tout va bien, Zoe, nous sommes en sécurité.

Elle lui posa une main sur le torse puis y appliqua son visage. Sentir sa force et sa chaleur lui firent du bien et elle parvint à respirer plus calmement.

— Tu es toujours claustrophobe ?

Elle acquiesça.

— Mais j’ai encore plus peur des tornades.

Il eut un petit rire.

— Nous avons eu de la chance d’avoir pu nous réfugier ici juste avant son arrivée. Il s’en est fallu de peu.

Petit à petit, elle recouvrait une respiration normale et des pensées positives la traversaient. Brock était là, avec elle. Elle ne risquait rien.

Soudain, il changea de position. Manifestement, la sentir contre lui ne le laissait pas de marbre. Elle éprouva une sensation semblable et chercha quoi dire pour ne pas laisser monter son excitation.

— Tu crois qu’une tornade est passée droit sur la ville ?

Il ne répondit pas tout de suite. Il lui avait posé une main en bas du dos et y décrivait de petits cercles. C’était un geste apaisant, presque sensuel.

— Non, je ne pense pas, dit-il enfin. Sinon l’alerte aurait été donnée plus tôt. Mais elle n’a pas dû passer très loin.

Elle voulut s’écarter de lui mais il la retint.

— Attends, c’est trop tôt.

— Brock…

Elle n’eut pas le temps de continuer. De ses lèvres, il effleura les siennes et elle ne put se retenir de se presser contre lui pour s’offrir à son baiser.

Soudain, il y eut un choc sourd à l’extérieur et tous deux sursautèrent.

— Tout va bien, déclara Brock.

Mais Zoe ne put retenir de nouvelles pensées inquiétantes. Un objet lourd était tombé contre la porte, ils étaient pris au piège. Elle recommença à respirer bouche ouverte, trop vite.

— Zoe, du calme, tout va bien se passer, insista Brock en la serrant de nouveau contre lui, mais cette fois-ci en se contentant de la réconforter.

Quelques instants plus tard, la porte de l’abri s’ouvrit en grand.

— Il y a quelqu’un ? Tout va bien ? appela une voix masculine tandis que le faisceau d’une lampe torche balayait les murs de l’abri, puis se fixait sur eux.

Zoe se protégea les yeux. Il s’agissait d’un pompier.

Alors, une odeur de fumée emplit l’abri.

— La tempête a fait chuter une ligne électrique et un incendie s’est déclenché dans l’immeuble, expliqua l’homme. Venez, il faut évacuer au plus vite.

Ils sortirent. La fumée venait du bout du couloir.

— Ton appartement ? s’écria Zoe en se tournant vers Brock.

En réponse, Brock poussa un juron mais suivit le pompier.

Quand ils furent dehors, des flammes sortaient de plusieurs fenêtres mais l’immeuble n’était pas entièrement en feu. D’instinct, Brock fit un pas en avant, mais un autre pompier s’interposa devant lui.

— Ne bougez pas, monsieur, c’est dangereux.

— Mais je vis ici, se justifia Brock.

— Je comprends, mais nous devons d’abord maîtriser complètement l’incendie avant d’autoriser quiconque à pénétrer dans l’immeuble pour récupérer quelques affaires. Ne vous inquiétez pas, ça ne devrait pas prendre trop longtemps.

— D’accord, répliqua Brock, résigné. Et quelle est la situation dans le reste de la ville, y a-t-il eu de gros dégâts ?

— Quelques arbres ont été arrachés sur Main Street, mais le pire a été évité. A notre connaissance, il n’y a pas eu de victimes.

— Très bien, merci, je ne vous dérange pas plus longtemps.

Le pompier acquiesça puis rejoignit ses collègues.

Brock se retourna et chercha Zoe du regard. Elle était assise sur le hayon arrière d’une ambulance, une couverture autour des épaules. Elle semblait si seule, si frêle qu’il en eut le cœur serré. Il aurait voulu la prendre dans ses bras, mais il n’en fit rien.

Cette tempête était symbolique, songea-t-il. Selon toute vraisemblance, l’appartement où il vivait était au moins partiellement détruit. A terme, il devrait donc repartir de zéro et chercher un nouvel endroit où vivre. Et, avant cela, il faudrait absolument que Zoe et lui se parlent à cœur ouvert, sans rien se cacher.

Il reçut un message rassurant de sa sœur Eve, qui allait bien, puis reconduisit Zoe chez les Bell. Zoe était en effet venue chez lui avec leur voiture et, comme elle l’avait garée dans le parking souterrain de son immeuble, elle n’avait pu la récupérer, même si l’incendie ne s’était pas étendu jusqu’au parking.

Il leur fallut du temps pour atteindre la maison des Bell. De nombreuses rues étaient barrées à cause de chutes d’arbres ou de lignes électriques.

* * *

Quand, enfin, ils arrivèrent à destination, Zoe invita Brock à entrer avec elle, et, à leur vue, Mama Bell poussa un grand soupir de soulagement et les serra tous deux contre elle. Puis elle désigna la télévision qui diffusait précisément un reportage sur la tornade. A l’écran apparaissaient des arbres couchés, des bâtiments endommagés, mais d’après le commentaire aucune victime n’était à déplorer.

Zoe se dirigea vers la cuisine et chercha le pot de thé glacé que Mama Bell gardait en permanence dans son réfrigérateur.

— Vous voulez un verre de thé glacé ? proposa-t-elle depuis la cuisine.

Mama Bell la rejoignit.

— Va t’asseoir, Zoe, je m’en occupe. Tu as besoin de te reposer.

A ce moment-là, le téléphone sonna dans la pièce.

— Tu veux bien répondre ? demanda Mama Bell, qui avait trois verres dans les mains.

Zoe décrocha. C’était Marshall qui venait aux nouvelles.

— Nous allons tous bien, lui répondit-elle. Vous voulez parler à Eunice ?

Comme elle s’y attendait, il marmonna une excuse et mit rapidement fin à la communication.

* * *

Elle retourna dans le salon. Brock était en train d’y parcourir le répertoire de son téléphone.

— Il va falloir que je trouve un endroit où résider quelque temps, expliqua-t-il. Eve a déjà deux colocataires : elle ne pourra pas me dépanner.

Mama Bell revint à ce moment-là dans le salon.

— Tu peux rester ici, lui proposa-t-elle spontanément. Il y a suffisamment de place.

Zoe fut effrayée par cette perspective. Brock devait absolument dire non. Ils n’allaient quand même pas se retrouver sous le même toit…

— Merci, madame Bell, répondit-il. Je garderai votre proposition à l’esprit.

Il commencerait donc par chercher une autre solution. Zoe fit de son mieux pour ne pas afficher une mine coupable.

Mama Bell leur tendit à chacun un verre de thé puis leur offrit des cookies faits maison.

Zoe ne put résister, et ils discutèrent un petit moment. Puis Brock s’en alla en remerciant encore une fois Mama Bell d’avoir offert de l’héberger. Zoe eut envie de le serrer dans ses bras pour lui dire au revoir, mais elle n’osa pas et se contenta de lui adresser un petit signe de la main.

A peine Mama Bell eut-elle fermé la porte derrière lui qu’elle lui demanda des explications.

— Zoe, comment t’es-tu retrouvée en compagnie de Brock ? Je croyais que tu étais partie voir Cristine.

Elle lui narra brièvement le fil des événements.

— Eh bien, au moins vous en êtes sortis tous deux indemnes, c’est ce qui compte, déclara Mama Bell.

— Oui, c’est vrai, répliqua Zoe qui se sentait épuisée. Si ça ne t’ennuie pas, je vais aller m’allonger.

Elle rejoignit sa chambre et s’effondra sur le lit. Sans trop savoir pourquoi, elle éclata en sanglots. Cette tempête était à l’image de sa vie. Tout avait basculé brutalement, ne laissant que le chaos. Elle avait cru s’être reconstruite, mais elle désirait toujours l’inaccessible.

* * *

Brock se gara pour passer quelques coups de fil. Il devait à tout prix trouver une autre solution qu’aller vivre quelque temps chez les Bell. Savoir Zoe dans la chambre d’à côté allait le rendre fou ! Et puis, Zoe n’avait pas eu l’air très enthousiaste à l’idée qu’il vienne s’installer dans la maison. Sans doute parce qu’elle aussi avait songé qu’il leur serait difficile de résister à leur attirance mutuelle. Il fallait qu’il trouve une autre solution. Après tout, c’était lui qui avait déclaré qu’ils devaient résister à leurs pulsions.

Il appela plusieurs de ses proches. Hélas, personne n’était en mesure de l’héberger. D’autres maisons et appartements avaient été endommagés par la tempête et tout le monde avait déjà quelqu’un en plus chez lui.

En désespoir de cause, il roula jusqu’au seul hôtel de la ville. Mais, comme il s’y attendait, il était complet.

Il se résigna donc à appeler chez les Bell et le fit avant de changer d’avis.

— Je suis si heureuse de te rendre service, Brock, s’enthousiasma Mme Bell.

— Merci beaucoup, Eunice, répondit-il. Je vais faire un crochet par mon immeuble. Je pourrai peut-être monter chez moi et récupérer quelques affaires. J’arriverai dans la foulée. Vous pouvez annoncer la nouvelle à Zoe ?

Mme Bell acquiesça, et il reprit la route.

* * *

Zoe regardait un nouveau flash d’infos, consternée par l’étendue des dégâts. Ils avaient vraiment eu de la chance.

La sonnette de la porte d’entrée retentit et elle se leva pour aller ouvrir. C’était Brock, un sac à l’épaule. Elle en resta interdite.

— Je peux entrer ? lui demanda-t-il comme elle ne bougeait pas.

— Euh, bien sûr, bafouilla-t-elle en s’écartant du passage. Alors finalement tu vas t’installer ici quelques jours ?

— Mme Bell ne t’a pas avertie ? J’ai accepté son hospitalité jusqu’à ce que je puisse regagner mon appartement.

Elle en eut une boule au ventre. Mais, étrangement, ce n’était pas un malaise qu’elle éprouvait, au contraire, quelque part, elle était heureuse et son moral remontait.

— Salut, Brock ! intervint Mama Bell qui apparut derrière eux. Je t’en prie, entre. Ta chambre est au milieu du couloir. Zoe et toi devrez partager la même salle de bains, mais je ne pense pas que ça causera de soucis, n’est-ce pas ?

— Suis-moi, je vais te montrer où c’est, éluda Zoe qui partit en direction du couloir.

Il marchait juste derrière elle, et cette présence la troublait intensément. Pas de doute, savoir qu’il allait dormir dans la chambre mitoyenne serait une épreuve. Mieux valait s’y préparer.

Elle ouvrit la porte, alluma la lumière et le précéda à l’intérieur. La chambre d’amis était meublée d’un grand lit confortable.

— Je te laisse t’installer, dit-elle en évitant soigneusement de croiser son regard.

Un peu plus tard, Mama Bell ne put s’empêcher de leur préparer une petite collation et discuta avec Brock. Zoe les écouta silencieusement, à la fois heureuse et peinée. Si elle n’avait pas été obligée de fuir à New York et si, ensuite, elle n’avait pas perdu l’enfant qu’elle portait, sa vie aurait pu ressembler à cela. Brock et elle auraient pu se marier, avoir des enfants et partager de semblables moments en famille.

Craignant d’éclater en sanglots, elle s’efforça d’afficher un sourire et se contenta de suivre la conversation.

Quand ils se levèrent de table, Brock insista pour faire la vaisselle, malgré les protestations de Mama Bell. Zoe en profita pour s’excuser et se retirer dans sa chambre.

A peine eut-elle fermé sa porte que ses larmes coulèrent. Le destin s’acharnait contre elle. Elle ne cessait de vivre des moments qui lui rappelaient ce qu’elle avait raté et n’aurait jamais.

Elle inspira longuement pour se reprendre puis choisit un livre et se concentra dessus.

Plus tard, elle passa rapidement à la salle de bains pour éviter de croiser Brock et se prépara à se coucher.

Certes, elle fuyait, se cachait. Elle en avait bien conscience. Mais comment faire autrement ?

Enfin, malgré son tumulte intérieur, elle s’endormit.

Elle rêva de Brock. Des rêves tellement sensuels qu’elle faillit se lever pour aller voir s’il dormait. Mais elle se fit la leçon et retomba dans un profond sommeil.

Quand elle se réveilla le lendemain matin, elle se sentait beaucoup mieux. Elle prêta l’oreille. Etait-elle la première réveillée ? Apparemment, Brock était déjà debout et se préparait dans la salle de bains avant de partir au travail. Elle l’imagina nu sous la douche et le rouge lui monta aux joues. Non, si elle commençait la journée par de telles pensées, elle était fichue. Aujourd’hui, elle devait élaborer une nouvelle stratégie pour reprendre ses recherches de Shayna.

Elle se leva et enfila un jean, puis rejoignit la cuisine. Elle y prit une tasse de café, s’installa à la table et parcourut le journal du jour.

Quand la porte de la salle de bains s’ouvrit, elle se leva pour servir un café à Brock, ce qui lui permettrait de lui tourner le dos. Il aimait prendre son café noir, se souvenait-elle. Mais n’était-ce pas un réflexe d’épouse que d’agir ainsi ? Une légère panique l’envahit et elle s’efforça de rester naturelle quand il entra dans la pièce.

Qu’est-ce qu’il avait belle allure ! Son jean tombait sur ses hanches étroites et son T-shirt soulignait parfaitement son torse musclé.

— Bonjour, dit-il en acceptant la tasse de café qu’elle lui tendait.

Elle sortit des œufs du réfrigérateur pour ne pas avoir à le regarder.

— Tu veux des œufs brouillés ? lui proposa-t-elle. J’allais en préparer.

— Non, merci, répliqua-t-il. Je vais m’arrêter chez Joe’s avant d’aller travailler. Eve ouvre le magasin, ce matin.

Zoe acquiesça et masqua sa déception.

— Merci pour le café, reprit-il en posant sa tasse dans l’évier. Nous nous reverrons plus tard dans la journée pour parler de Shayna.

— D’accord, à plus tard, répondit-elle en continuant à casser ses œufs.

Elle ne se retourna pas vers lui. Mais elle ne se détendit que lorsque la porte se referma derrière lui.

Elle fit cuire les œufs, les servit sur une assiette et s’attabla. Que lui arrivait-il ? Cherchait-elle à se convaincre, en dépit du bon sens, qu’il y avait quelque chose entre Brock et elle ? C’était stupide.

Après avoir fini son assiette, elle la déposa dans l’évier puis alluma son ordinateur, consulta ses mails et rédigea un court article sur son blog.

Quand il fut achevé, il était à peine 10 heures. Elle songea à aller parler au shérif mais, avec les dégâts de la tempête, le cas de Shayna devait avoir été relégué encore plus loin dans l’ordre des priorités de la police locale. Sans doute ferait-elle mieux d’aller en ville pour constater l’ampleur des dégâts et, par la même occasion, chercher à bavarder avec des personnes qui connaissaient Shayna et pourraient peut-être lui apprendre quelque chose d’intéressant.

Mama Bell se leva enfin. D’habitude, elle était matinale mais, depuis quelques jours, elle émergeait tard de sa chambre. Tandis qu’elle se servait un café, Zoe lui proposa de lui faire à manger.

— Merci, déclina Mama Bell, mais je vais me contenter d’un bol de céréales.

Elle semblait abattue, sans entrain. La veille, avec Brock, elle s’était montrée joviale, dynamique, mais ce n’était qu’une façade. En vérité, elle était dévorée par le chagrin, songea Zoe.

— Je vais aller faire un tour en ville pour me rendre compte des conséquences de la tempête. Tu veux m’accompagner ? lui proposa-t-elle.

— Non, merci, répliqua Mama Bell. Je veux être là au cas où quelqu’un appellerait au sujet de Shayna.

Zoe n’insista pas.

Mais alors qu’elle sortait, une voiture de police se gara devant la maison.

Une terrible appréhension s’abattit sur elle. Elle resta immobile, à fixer le véhicule.

Le shérif et son adjoint en sortirent, la mine grave.

* * *

— Que se passe-t-il ? demanda-t-elle d’une voix tremblante.

Roger Giles continua son chemin en évitant de la regarder.

— Je dois parler aux Bell, dit-il simplement.

— S’il vous plaît, insista-t-elle. C’est Shayna ? Mon Dieu, vous l’avez retrouvée ?

Le shérif n’eut pas le temps de répondre. La porte d’entrée s’ouvrit grand. Mama Bell sortit sur le seuil et regarda le shérif et son adjoint, qui se tenait en retrait.

Roger Giles prit une grande inspiration, ôta son chapeau et déclara d’une voix solennelle :

— Madame Bell, je suis au regret de vous informer que nous avons retrouvé le corps de votre fille.

Mama Bell leva les mains devant elle en un geste défensif, comme si le shérif avait dégainé son arme.

— Non ! cria-t-elle. Pas mon bébé. Pas ma Shayna !

Elle se prit le visage entre les mains et éclata en sanglots.

Une violente douleur transperça Zoe au même moment. Shayna était morte.

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