Au risque de l'aimer - Etrange disparition
Chapitre 4
4
Davis était assis face à Lara sur le pont arrière du petit yacht de huit mètres de son frère. Le balancement du bateau et le clapotis des vagues contre la coque produisaient leur habituel effet hypnotique. Tout comme le fait d’observer l’homme, un peu plus loin, occupé à empiler assez de provisions sur le quai pour un voyage de quatre mois. Son embarcation n’étant pas plus grande qu’une coquille de noix, Davis espérait qu’il se cantonnerait à un cabotage dans la baie de Chesapeake et resterait en contact avec le garde-côte, sinon il risquait de couler à la première grosse vague.
Mais il avait déjà assez de soucis pour ne pas ajouter une autre personne à surveiller à sa liste. Les coudes sur les genoux, il baissa les yeux sur le plancher blanc et écouta Lara lui décrire ce qui était arrivé à Capitol Hill.
Un égorgement au couteau. La mort d’un officier de la Navy. Un assaillant armé d’un pistolet. Lara qui se bat, parvient à s’échapper…
Autant de paramètres à enregistrer. A chaque mot, l’adrénaline fusait un peu plus vite dans son système sanguin. Le désir de trouver l’assassin et de l’étriper le submergea. Il serra les dents pour contenir sa rage.
Lara se détendit en arrivant à la partie de son récit où elle quittait Washington pour se rendre à Annapolis. Un bras posé sur le dossier de la banquette, elle fixait le portail qui séparait la zone publique de la marina. A l’évidence, son esprit était ailleurs.
Il devinait où.
— Personne ne vient ici qui ne devrait s’y trouver.
Elle se tourna vers lui, clignant des yeux.
— Quoi ?
Il désigna du menton la caméra installée sur le quai.
— Mon équipe surveille l’endroit sur un circuit vidéo fermé.
— Depuis quand ?
— Depuis l’instant où j’ai appelé Pax.
Elle pivota et allongea les jambes sur le siège capitonné. Un bref arrêt dans un magasin à prix cassés lui avait permis de se changer. Disparue la tenue de bureau déchirée. Il la préférait ainsi, simple et décontractée. Ces différents trajets lui avaient fait gagner quelques minutes de paix.
Elle était à présent vêtue d’un jean et d’un haut à fines bretelles qui lui arrivait juste à la taille. Qu’elle se tortille encore, et il verrait la peau de son ventre plat. Non qu’il eût besoin de cela pour s’en souvenir. Chaque centimètre carré du corps de Lara était gravé dans sa mémoire.
Elle renversa la tête en arrière et ferma les yeux. Le soleil apposa une touche mordorée à ses cheveux. Sa voix rauque fit écho autour d’eux.
— C’est toi qui diriges cette équipe ?
Mon Dieu, qu’elle était belle.
— Non, répondit-il à contrecœur.
C’est aussi à contrecœur qu’il s’abstint de lui faire reprendre toute l’histoire depuis le début. Elle l’avait déjà fait trois fois, la dernière en grognant d’un air excédé. Elle ne comprenait pas l’importance de ces petits détails qui devenaient un peu plus clairs à chaque récit. Lui, si.
— Quand as-tu pris ce travail d’enquêtrice chez Hampton ?
Il en connaissait la date officielle, mais les raisons de son choix demeuraient un mystère.
— Quand j’ai décidé qu’être chef de bureau dans ce cabinet juridique spécialisé dans la propriété intellectuelle n’était pas la plus excitante des carrières.
Il l’avait laissée avec un travail sûr, rémunérateur et sans autres risques que de mourir d’ennui ou de coincer son chemisier dans la photocopieuse. Aujourd’hui elle établissait des dossiers d’habilitation pour des gens qu’elle ne connaissait pas.
Oui, elle gagnait sa vie en posant des questions et en collectant des informations, ce qui était en principe sans danger. Mais entrer dans la maison d’un inconnu en était un, d’une autre nature, et il ne l’acceptait pas.
— N’est-ce pas la règle de rencontrer les personnes concernées dans des lieux publics ?
— Tu as lu mon manuel de l’employé modèle ?
— Je suis sérieux.
Et à deux doigts de se fâcher contre elle pour avoir pris des risques aussi énormes.
— En général, si. Mais il s’agissait d’une urgence, et mon patron m’a demandé d’effectuer cet entretien toutes affaires cessantes.
La succession des faits était simple. Elle brisait les règles pour la première fois, et l’enfer s’abattait sur elle. Soit sa présence là-bas était une pure coïncidence, soit on lui avait tendu un piège. Si cette seconde option était la bonne, alors la seconde attaque n’avait plus de sens.
Tout comme son revirement concernant les métiers à risques. Après avoir haï celui qu’il faisait, voilà qu’elle posait son joli postérieur au milieu d’une guerre.
Les mains de Davis se mirent à trembler et il eut envie de hurler. Un grondement naquit dans son ventre, qu’il étouffa aussitôt.
— Donc, tu as changé de travail parce que tu voulais quelque chose de plus dangereux.
— Je n’ai pas dit cela.
— Non, mais c’est implicite.
Elle rendait cette conversation plus tortueuse qu’il n’était nécessaire, ils le savaient tous les deux. Le fait qu’elle évite de croiser son regard en attestait, si besoin était.
— Je croyais que c’était moi qui avais des problèmes de communication, observa-t-il.
Elle émit un petit bruit de gorge, redressa la tête et se tourna de nouveau vers lui.
— En parlant de cela, qu’est-ce que c’est que cette histoire de nouveau travail ? Aux dernières nouvelles, tu sillonnais le monde pour mener des enquêtes dans le cadre du renseignement militaire.
Le plus gros de sa colère retomba. Cette partie n’allait pas être facile, songea Davis. Il jeta un regard au propriétaire de la coquille de noix pour vérifier qu’il ne les épiait pas, et le vit trébucher sur une glacière. Belle métaphore de l’état d’esprit dans lequel il se trouvait !
Il décida de lui répondre avec franchise.
— J’ai quitté l’armée pour entrer dans le privé.
— Oh ! Vraiment ? Et faire le même travail que celui que je t’ai supplié d’abandonner.
Vu la ligne pincée de sa bouche et la froideur de son regard, il sut qu’elle était arrivée au bout de sa patience.
Il ne pouvait lui en vouloir. Combien de fois n’en avaient-ils pas discuté quand ils étaient ensemble ? Elle détestait sa profession et les situations périlleuses dans lesquelles elle le plongeait. Sa toute dernière mission pour l’armée les avait séparés. Bloqué à San Diego, il l’avait écoutée, impuissant, le supplier de rentrer. Il avait failli broyer son portable de frustration.
Les pleurs et les suppliques, c’était inédit. La colère de Lara, il pouvait la supporter, mais le désespoir qui avait fait trembler sa voix lui avait déchiré le cœur. D’y penser lui nouait encore les tripes aujourd’hui.
Qu’en avait-elle à faire que son ancien patron fût tombé dans un piège infernal à la suite de la disparition de sa fiancée, ou que son frère jumeau ait failli périr dans une explosion ? Elle lui avait demandé de laisser tomber tout ce qu’il savait être juste, et il n’avait pas pu.
Après cet échange téléphonique tendu, Pax et lui étaient convenus qu’il fallait finir le boulot. C’était l’affaire de quelques jours. Davis se l’était répété jusqu’à ne plus entendre le son de sa voix. L’opération avait pris fin, mais à son retour il avait trouvé Lara prête à partir, ses sacs bouclés, la bague de fiançailles posée sur le comptoir de la cuisine.
Mais il ne voulait pas repenser à cela maintenant.
— Je comprends ce que ça peut avoir d’ironique.
— C’est plus que cela, Davis. Nous avons rompu à cause de ton habitude de toujours privilégier ton boulot par rapport à moi.
Dans le passé, elle brandissait cet argument avec une fureur typiquement féminine. Ici, elle le ressortait avec autant d’émotion que si elle lisait une liste de courses.
— Nous avons rompu pour un tas de raisons.
Parmi lesquelles son manque de soutien et son refus de l’accepter tel qu’il était.
Elle ouvrit deux fois la bouche, mais rien n’en sortit. Ses épaules se relâchèrent soudain.
— Je laisse passer parce qu’aujourd’hui tu m’as sauvé la vie.
Il hocha la tête, peu désireux d’envenimer les choses.
— Très aimable à toi.
— Je suppose que dans ton nouveau job tu ne passes pas tes journées assis sur une chaise.
Il y avait toujours eu dans son travail tant de choses qu’il ne pouvait lui expliquer !
— Ne suis-je pas assis, là, maintenant ?
— Tu as toujours été très fort pour éluder les questions, répliqua-t-elle en soulevant les cheveux sur sa nuque.
Si elle espérait une brise fraîche, elle rêvait. L’air était toujours aussi immobile, et il faisait une chaleur moite, étouffante, qui brûlait la gorge.
De la voir devant lui sur cette banquette, embrassée par le soleil, faisait grimper sa température en zone rouge. Ça n’avait rien à voir avec sa colère ou la chaleur de l’air, mais tout avec son désir d’elle, un désir brut, animal, que ni les disputes ni les mois de séparation n’avaient amoindri.
— Demande-moi ce que tu veux, mais réponds d’abord à une question…
Il se frotta les mains, hésitant à la poser.
— Pourquoi moi ?
— Quoi ?
— Je veux dire, tu aurais pu appeler la police, ou un ami. Tu étais à cinquante kilomètres, effrayée, et tu as choisi de faire toute cette route pour venir me voir.
Une lueur amusée brilla dans ses yeux noisette.
— Tu es le seul espion que je connaisse.
— Je suis sérieux.
— Comme fiancé tu te poses là, mais tu es le meilleur dans ton domaine. Je savais qu’il me fallait ce qu’il y a de mieux.
Elle baissa les yeux sur la radio, posée à côté de ses pieds.
— Rien encore aux infos ?
— Non.
La réponse fut automatique. Le son de l’appareil était pourtant en veilleuse, et l’on n’entendait que des crépitements d’électricité statique. Mais il savait comment ce genre d’affaire se traitait.
— Wasserman était un militaire. Le NCIS étouffe sans doute momentanément l’affaire pendant que les experts passent l’endroit au peigne fin.
Une nouvelle expression apparut sur son visage, entre doute et suspicion.
— Redis-moi pourquoi nous n’avertissons pas la police.
— Je ne veux répondre à aucune question, qu’elle soit du NCIS, du FBI ou autre, tant que nous ne saurons pas ce qui s’est passé dans cette cuisine et pourquoi.
— Je ne comprends pas.
Bien sûr, puisqu’il ne lui donnait pas les informations nécessaires. Ça aurait marché avec une femme moins intelligente ou moins intuitive, une femme qui prenait pour argent comptant ce qu’on lui disait. Ce n’était pas le cas de Lara. Elle ne laissait rien passer, vérifiait tout, et c’était ce qu’il aimait chez elle depuis le début. Les pleurnichardes, les femmes crampons, très peu pour lui. Il les voulait accrocheuses.
Sauf qu’il en avait eu une, et n’avait pas su la garder.
Le moins qu’il pût faire était de lui montrer à quoi elle devait s’attendre.
— Combien de personnes savaient que tu serais chez Wasserman ce jour-là ?
Elle haussa les épaules.
— Trois ou quatre. Pourquoi ?
— As-tu touché à quoi que ce soit dans la maison ?
— Je ne…
— Une table, une porte, un verre ? suggéra-t-il en comptant sur ses doigts.
— Les trois. Où veux-tu en…
Elle poussa un long soupir.
— Tu penses que ça se retournera contre moi ?
— C’est possible.
C’était même certain. La police examinerait les indices, et il était à craindre que les résultats pointent tous dans la même direction.
— Mais ne pas me signaler me désignera encore plus comme coupable, objecta-t-elle.
— Ça dépend de la raison pour laquelle Wasserman a été tué.
Raison que Davis voulait découvrir au plus tôt.
— Que veux-tu dire ?
Une cloche sonna au loin, tandis que les mouettes criaient.
— On l’a éliminé avant qu’il ne puisse te parler. Qui sait quel renseignement il détenait, et pourquoi l’on a voulu le réduire au silence.
— Donc…
— Donc il a demandé à parler à l’enquêtrice en charge du dossier.
Davis quitta son siège pour venir s’asseoir à son côté, posant le bras sur le dossier derrière elle.
— Wasserman ne figurait pas sur la liste de Coughlin, l’officier sur lequel tu enquêtes. Il s’est proposé de lui-même. Il avait quelque chose à dire, et voulait le faire ce même jour.
— Comment sais-tu tout cela ?
Sa main glissa sur le dos de Lara, près de son épaule. Comme le geste ne semblait pas la déranger, il l’y laissa.
— Je connais des gens.
— Davis, je suis sérieuse.
Il joua avec ses cheveux, dont une boucle vint s’enrouler sur son pouce.
— J’ai l’air de plaisanter ?
— Je n’arrive pas à y croire, bredouilla-t-elle.
Elle se pencha en avant, les bras serrés sur la taille. Quand elle commença à se balancer d’avant en arrière, il se rapprocha.
— Hé, viens ici.
Il lui enlaça les épaules et l’attira contre lui. De la voir ainsi perturbée, un goût de bile lui monta à la gorge.
— Tout ira bien, je t’assure.
Elle se tourna vers lui, les yeux dilatés, les traits crispés.
— Comment peux-tu dire ça ?
— Comme tu me l’as fait remarquer, je suis très bon dans mon domaine.
Ses doigts plongèrent dans ses cheveux. Leurs bouches n’étaient plus qu’à quelques centimètres l’une de l’autre.
— Que comptes-tu faire ?
L’embrasser avec fougue, sauvagement, aussi longtemps qu’ils seraient encore capables de bouger. Il n’était pas du style à mélanger travail et plaisir, mais il perdait tout self-control dès qu’elle était là.
Même après son départ, il avait gardé le souvenir d’elle radieuse et vivante. Il avait voulu laisser exploser sa colère, mais n’avait fait qu’osciller d’un état à l’autre, et celle-ci avait fini par retomber, ne laissant que de la douleur et de l’amertume.
Mais elle parlait de travail, et il força son esprit à y revenir. Elle avait besoin d’être protégée.
— Découvrir pourquoi Wasserman est mort et pourquoi, bizarrement, on veut nous éliminer tous les deux dans la même journée.
— Je n’y comprends rien. D’après toi, c’est lié à mon travail ou au tien ?
— Je le saurai tôt ou tard. Mais, en attendant, tu ne me quittes pas d’une semelle.
— Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée.
Tout en disant cela, elle promenait sa main sur son torse et son ventre.
— Dans ce cas, il fallait appeler ton petit ami imaginaire.
Il l’embrassa sur le bout du nez, s’imaginant que cela suffirait à le satisfaire. Il s’en fallait de beaucoup.
— J’ai eu assez de mal à me coltiner celui en chair et en os, ironisa-t-elle.
Leurs visages étaient à présent si proches que son souffle lui caressait les lèvres.
— Si mes souvenirs sont bons, tu ne t’es pas mal débrouillée.
Il craqua. Un simple effleurement de sa bouche, doux et bref. Presque fraternel.
— Tes côtes.
— Je te le dirai si tu me serres trop. Jusqu’ici, ça va.
Elle empoigna le devant de son T-shirt.
— Davis…
— Fais-moi confiance.
Le second baiser balaya le premier et provoqua un véritable arc électrique. Il s’empara de sa bouche, l’absorba, la dévora, la main dans ses cheveux, son corps délicieux niché contre son torse.
Il sentit ses doigts courir sur ses épaules, descendre dans son dos. S’il poussait les choses plus loin, elle serait sur ses cuisses. A peine cette idée lui vint-elle en tête qu’il glissa un bras sous ses genoux et la concrétisa.
Leur baiser explosa, irrépressible, et la conscience qu’ils étaient cuits se noya dans la baie. Lorsque Lara renversa la tête en arrière et qu’il la repoussa doucement sur la banquette, il sut que sa maîtrise de soi avait volé en éclats et qu’il faudrait toute une armée pour la reconstituer.
Il venait de décider de retrousser son bustier et d’y introduire la main lorsqu’un point sur sa nuque le chatouilla. Tout d’abord, il sentit plus qu’il ne le vit le mouvement sur la route menant à la marina. Puis il entendit le claquement du portail et des bruits de pas. Si la personne voulait s’approcher en catimini, c’était raté. Impossible que ce soit un tueur professionnel. Ou alors du genre ami.
Davis leva la tête, et après un rapide regard latéral baissa les yeux vers ceux, tout embués, de Lara.
— Nous avons de la visite.
Le bateau tangua, et le bruit de pas s’amplifia. Puis vint le gloussement.
— On dirait que je ne tombe pas au meilleur moment, mais salut quand même !
Davis se détourna de la femme qui signifiait tout pour lui pour considérer le frère qu’il avait appelé à la rescousse. Paxton se tenait sur l’échelle de coupée, un sac d’épicerie dans une main, un dossier dans l’autre.
Après une brève évaluation de la situation, Davis décida qu’il avait d’autres priorités.
— Va te faire voir.
Lara bondit de la banquette, le sourire rayonnant, et se précipita vers lui.
— Pax !
Celui-ci posa ce qu’il tenait juste à temps pour l’accueillir entre ses bras.
— C’est bon de te revoir.
Lara avait le don d’alléger même les humeurs les plus sombres de Pax. Ils avaient une relation frère-sœur. Ils plaisantaient entre eux, et elle le raillait pour la manière dont il lui cachait ses aventures sentimentales. Et si vous aviez le malheur de laisser un saladier de pâte à cookie à leur portée, celle-ci disparaissait en trois coups de cuillère à pot.
Le vide laissé par le départ de Lara avait aussi affecté Pax. Si Davis avait perdu l’amour de sa vie, son frère avait quant à lui perdu un être à qui il vouait une grande tendresse, et la liste n’était pas longue.
— Toi aussi, malgré les circonstances.
Il regarda Davis par-dessus la tête de Lara, et forma des lèvres le mot « désolé ».
— Comment vous sentez-vous tous les deux après ces attaques ?
— Ça allait mieux il y a cinq minutes, grommela Davis.
Pax garda un bras autour des épaules de Lara.
— Dire que tu as eu le dessus sur ces malfrats, ma chérie ! J’ai cru comprendre que les lampes étaient ton arme de prédilection.
— Difficiles à dissimuler dans un pantalon, mais oui.
Se résignant à l’idée de devoir faire une croix sans doute définitive sur leur baiser, Davis invita son frère à s’asseoir.
— Qu’as-tu trouvé ?
Pax ramena Lara à sa place sur la banquette, puis s’installa en face du couple et posa sac et dossier à côté de lui.
— Le NCIS est chez Wasserman. Leurs agents sont à la recherche de Lara.
La fragile bulle de bonheur éclata. Le regard de la jeune femme passa de l’un à l’autre.
— Quoi ?
— Et le cadavre chez toi, Davis, est celui d’un tueur à gages. Un ancien militaire renvoyé de l’armée pour motif infamant. Apparemment, il aimait trop se servir de son arme.
Pax lui tendit le dossier.
— Il semble donc que nous ayons du pain sur la planche.
Lara s’affaissa sur son siège.
— J’ai peur de demander ce que tout cela signifie.
Le rapport n’était pas épais, mais Davis en lut assez pour s’inquiéter. Il tourna les pages, mais reposa le dossier en s’apercevant que Lara avait les yeux rivés sur lui.
Sachant qu’il était inutile de vouloir enjoliver les choses, il alla droit au but.
— D’après Pax, tu es probablement le suspect numéro un dans le meurtre de Wasserman.
Se tortillant sur la banquette, elle posa les pieds au sol, les releva, puis les y laissa retomber. Quelque chose semblait jouer au ping-pong sous son crâne.
— Mais pourquoi l’aurais-je tué ? Je n’ai aucun motif.
Davis prit son air le plus professionnel, genre « ne crains rien, nous allons arranger ça », afin de la calmer. Son passage en mode paniqué n’allait que leur compliquer la tâche.
— Il faut que nous découvrions qui l’a fait et pourquoi.
— Et ensuite creuser du côté de l’autre tueur, ajouta Pax.
Lara avança la main vers le dossier, mais n’y toucha pas.
— Il a pu me suivre jusque chez Davis. Il est arrivé peu de temps après moi.
Davis avait déjà envisagé cette possibilité, mais l’avait écartée.
— Tu l’as vu te suivre ?
— Non… Je ne sais pas, répondit-elle en se mordant les lèvres.
Se tournant vers les quais, Pax poussa un gros soupir.
— Quel sac de nœuds ! Mais, au moins, certaines choses ne changent pas.
— A savoir ?
— Ken Dwyer.
Il pointa le doigt vers le propriétaire de l’esquif, qui s’activait toujours maladroitement avec son équipement. Pour le moment, il tentait de se dépêtrer d’un filet qui s’était entortillé sur ses pieds.
— Il se prend pour un marin.
Un marin dangereux, songea Davis.
— Il va finir par se blesser. Ou, plus vraisemblablement, blesser quelqu’un d’autre.
— Oh ! les risques sont limités, vu qu’il n’appareille jamais. Il rassemble du matériel, reste un moment sur son bateau, puis rentre chez lui. C’est un hobby onéreux.
Ken leva la tête et plaça une main en visière sur son front. Pax le salua de la main.
— Un peu excentrique, mais pas dangereux. Bref, revenons à nos moutons.
Les épaules de Lara s’affaissèrent.
— Qu’avez-vous décidé, tous les deux ?
— Il semble que nous devions passer beaucoup de temps ensemble, répondit Davis.
Et cette idée ne le dérangeait pas du tout.
Elle se mordit de nouveau les lèvres.
— Oh.
Il lui adressa un clin d’œil.
— C’est bon de te revoir.
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