Au risque de l'aimer - Etrange disparition

Helenkay Dimon · Chapitre 7 sur 41

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Au risque de l'aimer - Etrange disparition

Chapitre 7

7

 

Non, pas ça. Pas encore.

Lara essaya d’empêcher ses entrailles de trembler et ses dents de claquer. Elle agrippa si fort la main de Davis que, s’il avait été moins solide, elle lui aurait broyé les phalanges. Son instinct lui ordonna de le lâcher, parce qu’il avait besoin de ses deux bras pour combattre la nouvelle menace qui se présentait, mais son cerveau refusa de communiquer le message à sa main.

Sur une petite pression rassurante, Davis le fit pour elle. Après avoir éteint et glissé sa torche dans sa poche revolver, il lui fit signe de s’accroupir sur le plancher. Celui-ci était rugueux sous ses paumes, impitoyable pour son genou blessé, mais elle ne dit pas un mot. Elle ne le pouvait pas.

Coincée contre les sièges derrière le gouvernail, elle se fit aussi petite que possible. Etant donné sa carrure, Davis n’avait pas cette chance.

Des bruits de pas leur parvinrent depuis l’étrave, portés par la quiétude de la nuit. Le clapotis de l’eau sur les flancs du bateau et les claquements habituels se poursuivaient, mais le couinement d’une semelle se détachait nettement pour une oreille à l’affût.

Ce qui plaçait leur visiteur à quatre mètres environ, un peu au-dessus d’eux. La lampe de sécurité de la marina éclairait la poupe et signalait leur position. Le type avait un net avantage. Et il n’était peut-être pas seul.

Davis appuya sur la petite porte sous le siège en face d’eux, et grimaça au déclic qu’elle produisit. D’un geste souple et rapide, il sortit quelque chose. L’objet ne brilla pas sous la lumière, mais elle sut ce que c’était. Un pistolet. Il devait y en avoir plusieurs dissimulés sur le bateau.

Lorsqu’ils étaient ensemble, il avait absolument tenu à ce qu’elle se familiarise avec les armes. Nettoyage, tir, rangement, il lui faisait répéter chacune de ces opérations. Ce n’était pas seulement une question de principe, affirmait-il. S’il gardait des armes dans la maison, il fallait qu’elle connaisse leur maniement ou elle risquait d’être une victime.

Il effleura son dos de sa main.

— Descends du yacht.

Son murmure rauque se mêla aux bruits de la marina.

Le ventre de Lara se crispa.

— Tu veux dire tous les deux ?

— Je viendrai après, oui.

Posant l’index sur ses lèvres, il haussa la tête et la baissa aussitôt.

Elle aimait son côté mâle viril superprotecteur, mais elle détestait l’idée de le laisser derrière elle. De le savoir en danger lui glaçait le sang dans les veines. Ses blessures aux côtes et sa longue journée de combat auraient peut-être raison de ses forces.

Pensant appeler des renforts, elle plongea la main dans sa poche pour prendre son portable, mais se souvint qu’elle l’avait laissé sur la table dans la cabine. Elle ne disposait que d’une bombe de teinture rose pour les cheveux. Comme arme, c’était un peu léger.

Davis lui fit signe de se glisser par-dessus le bastingage.

— Baisse-toi le plus possible. Je vais me montrer pour faire diversion.

— Tu es fou, répliqua-t-elle, haletant de nervosité.

— Vas-y.

Elle réfléchit à toute vitesse pour trouver une autre solution. C’était lui l’expert, mais elle ne pouvait le laisser prendre tous les risques. Alors qu’elle balayait le pont du regard, elle sentit sa main sous son coude. Il secoua brièvement la tête et pointa le doigt vers sa droite.

Son froncement de sourcils était éloquent. Si elle n’obéissait pas, il la jetterait d’autorité par-dessus bord.

Comme l’attention de Davis devait être concentrée sur l’intrus, elle céda. Elle voulut reporter la sienne sur le quai, mais de là où elle était, elle ne pouvait l’apercevoir. Elle savait qu’une chute de deux mètres la placerait sur un sol stable mais, sans l’échelle de coupée ni rien où s’accrocher, ça risquait de faire mal. Malheureusement, c’était la seule solution.

Limitée dans ses mouvements par sa position accroupie, elle se dandinait d’un pied sur l’autre, cherchant son équilibre, quand elle perçut un choc près de son oreille. Au moment même où elle levait la tête, l’homme se saisit d’elle. Son cri fut stoppé net lorsqu’il referma les bras sur son torse, volant l’air de ses poumons.

Le temps qu’elle photographie son visage, il l’avait soulevée du sol et la maintenait contre lui tel un bouclier. La chaleur rayonnait de son corps, qui vibrait d’une énergie malsaine. Celle du mal, songea-t-elle.

Il était entièrement vêtu de noir, son visage était en partie caché par une capuche, mais elle le reconnut. Il avait fait le voyage depuis Capitol Hill pour finir le travail.

Il posa un couteau sur sa gorge tandis que Davis se relevait. Elle ne voyait plus le pistolet, mais elle savait qu’il le gardait à portée de main.

— C’est lui.

— Revenu pour un deuxième essai ? Ici encore vous serez perdant.

La voix de Davis ne tremblait pas. Il fixait l’homme, sans un regard pour Lara.

Le tueur frotta sa joue à la sienne.

— J’ai déjà gagné.

Son haleine tiède sur son oreille la fit tressaillir. Il sentait le musc et la sueur. Le mélange envahit les sens de Lara, et elle lutta pour réprimer un haut-le-cœur. Le léger roulis du yacht et l’odeur de sel et de poisson l’enveloppèrent soudain, et son estomac se révulsa.

La prise de l’homme se resserra au point qu’elle n’osa plus faire le moindre mouvement. Saisie de panique, elle tenta de desserrer l’étau, sans le moindre succès.

— Votre copine et vous allez descendre dans la cabine, annonça-t-il.

Il ne fallait pas être extralucide pour comprendre que cela signifiait la mort. Son cœur battait si fort qu’elle s’étonna qu’il ne le sente pas. Elle jura de se battre bec et ongles.

Davis jeta un coup d’œil aux marches de l’écoutille.

— Où il nous arrivera un malheureux accident ? Non, merci.

— Je peux la couper maintenant et vous faire profiter du spectacle.

La lame mordit sa peau. La vive douleur qu’elle ressentit était une promesse des choses à venir.

— Davis…

L’assaillant éclata d’un rire mauvais qui lui secoua tout le corps.

— Vous avez noté la terreur dans sa voix ? Servez-vous de votre tête, Davis.

Pour la première fois depuis l’arrivée du malfrat, Davis se tourna vers elle. Quelque chose brilla dans ses yeux et, l’espace d’une fraction de seconde, son regard glissa vers le sol. C’était un message. Mais lequel ? Le désespoir lui vrilla l’estomac tandis qu’elle essayait de comprendre ce qu’il voulait qu’elle fasse, et quand.

— Les mains en l’air ! aboya l’homme.

Après une courte hésitation, Davis leva une main et s’avança d’un pas, se retrouvant ainsi à hauteur du tueur, gardant sans cesse l’œil rivé sur elle.

Elle ne voyait aucun scénario où il descendait dans la coquerie et où ils survivaient tous les deux. Et si elle aboutissait à cette conclusion, il l’avait fait aussi. A chaque seconde l’esprit de Davis jaugeait, analysait. Ce qui signifiait qu’il avait un plan. Un plan qu’en cet instant même il était en train de dérouler.

Il toucha la rampe de l’escalier. Au lieu de descendre, il pivota sur lui-même et cria :

— A terre !

Cette soudaine volte-face prit l’assaillant par surprise. Sans réfléchir, Lara détourna la tête et se laissa tomber, oubliant le couteau. Ses jambes se dérobèrent et elle s’affaissa aux pieds de l’homme. Lorsque Davis se jeta sur lui, elle se retrouva coincée entre les jambes des deux belligérants, au cœur du combat.

Son souffle grondant dans ses oreilles, elle chercha une ouverture, rampa à droite, à gauche, en vain. D’une main, Davis la releva et la poussa de côté. Elle se plia en deux tandis qu’il plongeait au-dessus d’elle pour atteindre l’individu.

Sa dernière pensée fut de s’enfuir, mais elle ne pouvait plus respirer. Elle heurta du dos l’écoutille et retomba durement sur les fesses. Elle crut sentir ses os s’entrechoquer. Un vertige la saisit, et sa vue se brouilla.

Lorsqu’elle y vit clair de nouveau, une violente envie de vomir la saisit. Ravalant sa montée de bile, elle se releva avec peine, manquant de trébucher, puis se tourna vers l’autre côté.

Les deux hommes luttaient sur le pont en poussant des grognements. Bras et jambes volaient. Un couteau brilla dans la lumière. L’air refusant de lui emplir les poumons, elle regarda l’assaillant projeter Davis sur le plancher. Ils atterrirent dans un bruit mat et, dans le choc, le pistolet s’échappa de sa main. Tous deux s’élancèrent vers l’objet, rampant, grimpant l’un sur l’autre, se servant de vêtements et de tout ce qui leur tombait sous la main pour s’en saisir.

La main de Davis se referma dessus, mais son adversaire l’en fit sauter, et avant qu’il ne renouvelle sa tentative, lui planta son genou dans les reins. Davis jeta le torse en arrière, mais réattaqua. Roulant sur lui-même, il écrasa le visage de l’homme du plat de sa main.

Celui-ci se mit à gémir tandis que le sang jaillissait de son nez. Au lieu de se dégager de Davis, il se laissa choir de tout son poids sur son ventre. Davis se plia en deux, le souffle coupé.

Avec un cri à donner la chair de poule, le malfrat abattit son couteau. Davis écarta sa tête in extremis, et la lame se ficha dans le plancher.

Craignant que, déjà blessé, Davis ne perde cette fois la partie, Lara se releva tant bien que mal et fouilla le pont du regard. Des bidons métalliques étaient empilés à l’avant. Elle cligna les yeux. Son esprit ne saisit la nature et l’importance de ce qu’elle voyait que lorsque l’odeur d’essence lui envahit les narines.

Le type voulait les faire sauter.

Elle se retourna au moment même où Davis assénait à celui-ci un brutal coup de torche à la mâchoire. La tête de l’assaillant partit en arrière et ses yeux se fermèrent. Davis ne rata pas l’occasion et le mit K.O. Se relevant sur les genoux, il tendit la main vers le pistolet.

— Davis ! hurla-t-elle.

Son cri se répercuta sur les surfaces de fibre de verre, et il tourna la tête.

— De l’essence…

C’est à peine si elle parvint à prononcer le mot, avec la terreur qui lui secouait le corps et électrisait ses muscles engourdis. Elle ne fut pas certaine qu’il avait entendu ou compris, jusqu’à ce qu’il écarquille les yeux. Toute émotion quitta son visage tandis qu’il fouillait le yacht des yeux.

Ramassant le pistolet, il se leva et courut vers elle. Le tueur se redressait pour reprendre le combat. Davis le gratifia au passage d’un coup de pied à l’épaule. Les traits marqués par l’effort, il arriva sur elle comme un bolide. D’une main, il lui saisit le bras et l’emmena d’autorité vers sa droite. Sa cuisse frappa un siège, mais ils ne s’arrêtèrent pas. Elle n’avait pas le choix. Il avait une poigne d’acier.

L’assaillant se remit sur ses pieds, mais Davis ne s’arrêta pas. La main sur son postérieur, il la hissa sur la rampe du bastingage, puis l’enveloppa de son corps et bascula avec elle de l’autre côté. L’air siffla à ses oreilles. Elle ferma les yeux et attendit le craquement de son crâne sur le quai. Au moment de l’impact, elle se serra contre Davis et l’entendit grogner.

Lorsqu’elle rouvrit les yeux, il braquait son pistolet sur le bord du bateau, comme s’il attendait de voir apparaître la tête de leur ennemi.

Un plouf se fit entendre. Davis jura, et d’un bond se mit en position accroupie. Un « whooof ! » puissant le figea sur place. Alors que, sonnée, Lara tentait de rassembler ses affaires, un mur de chaleur la frappa soudain de plein fouet. La déflagration retentit juste avant que Davis ne referme ses bras sur elle et les éloigne en roulé-boulé sur le quai.

Le sol bascula sous eux, et ils se retrouvèrent de nouveau projetés dans les airs. Elle suffoqua en touchant l’eau. L’odeur de poisson lui gifla le visage tandis qu’elle luttait pour bloquer sa respiration. Elle ouvrit les yeux, et vit une boule orange et rouge exploser au-dessus de l’eau. Même sous la surface, elle entendait gronder et craquer.

Quelque chose frappa l’eau près de sa tête. Davis la secoua et ils se mirent à nager, les bulles révélant leur chemin, tandis que toutes sortes de débris pleuvaient autour d’eux.

Juste au moment où, à court d’air, Lara crut que ses poumons allaient exploser s’ils faisaient un mètre de plus, ils pointèrent la tête hors de l’eau. Elle s’accrocha aux épaules de Davis, et il mit le cap sur la butte derrière laquelle passait la route.

Les flammes jaillissaient de ce qui avait été le yacht de Pax.

— Nous aurions été dedans.

L’explosion engourdissait tous ses sens, et c’est à peine si son cerveau fonctionnait. Elle parvenait pourtant, Dieu sait comment, à ne pas lâcher Davis.

— C’était l’idée.

Dans le fracas environnant, sa voix était sèche et rauque.

Les vagues clapotaient autour d’eux et des sirènes hurlaient au loin. Des hommes accouraient vers le sinistre, appelant à l’aide, tandis que quelques plaisanciers s’empressaient de remonter les quais pour se mettre à l’abri. Le feu consumait le bateau de Pax et l’impressionnant voilier à côté. Lara ne voyait aucun signe de leur assaillant, mais dans sa confusion il lui semblait vaguement qu’il avait pris la fuite.

Se rappelant les promesses de Davis concernant sa sécurité, elle se demanda si elle retrouverait un jour la paix.

— Comment nous a-t-il retrouvés ?

— Je le découvrirai, répondit-il d’un ton dur. Mais ton agresseur a commis une erreur d’appréciation.

— Tu veux dire qu’il a allumé le feu trop tôt ?

De l’eau lui entra dans la bouche. Elle la recracha, et s’efforça de ne pas penser à tout ce qui pouvait s’y trouver, aux saletés qu’elle avait vues flotter un peu plus tôt au-dessus de sa tête.

— Je veux dire qu’il s’est fait un nouvel ennemi. Pax ne va pas aimer d’avoir perdu son yacht.

Sans trop savoir pourquoi, Lara se sentit mieux.

* * *

S’appuyant des mains sur le ponton situé à l’extrémité de la marina, Clive se hissa hors de l’eau. Roulant sur le dos, il contempla le ciel teinté d’orange, puis tâta sa mâchoire à la recherche d’une éventuelle fracture. Cet enfoiré l’avait frappé avec une torche. Il le paierait.

Les sirènes des véhicules de pompiers beuglaient dans le parking. Il dressa la tête et regarda les gyrophares illuminer la zone. Il était suffisamment loin, et sa tenue noire le rendait invisible. Pendant au moins une heure, toute l’activité serait concentrée sur l’incendie à éteindre et le périmètre à isoler. Filer en douce ne poserait pas de problème. Reprendre les choses en main avant que l’événement n’arrive aux oreilles de son employeur, en revanche, risquait d’être plus ardu.

Pompiers et policiers délimitaient la partie concernée de la marina, de l’autre côté. Joli spectacle, mais pas celui escompté.

C’aurait dû être une fin tranquille. Il n’avait pas prévu cette plongée nocturne dans l’eau fétide. Les mettre K.O., les fourrer dans la cabine et mettre le feu, tel était le plan. Mais la femme s’était battue, l’homme était intervenu et tout était allé de travers. Trop de temps s’était écoulé, et le carburant avait explosé au lieu de se consumer lentement.

Son boss n’allait pas être content. C’était un homme puissant, qui aimait les réponses simples. Ceci était trop bruyant et attirait trop l’attention.

Mais Clive savait qu’il pouvait brouiller la donne et tout mettre sur le dos de Lara Bart. La jolie Lara Bart, qui voulait cacher ses traces et passer pour morte. Après tout, n’avait-elle pas tué son amant Steve Wasserman ? N’était-elle pas obligée de fuir la ville ?

Oui, ce scénario tenait la route. Il était réalisable. D’abord, il fallait relier les points entre eux avant que leur disparité ne soulève trop de questions…

Cette fois, il l’admettait, il avait sous-estimé l’adversaire. Les enquêteurs de salon possédaient rarement de telles capacités. Cette Lara était censée gagner sa vie en posant des questions. Apparemment, ses infos étaient fausses.

Clive n’avait pas compté non plus sur la présence de Davis Weeks. Ce type avait l’expérience du combat. Il avait su éviter un échange de tirs et une explosion.

S’il admirait son instinct de vie, Clive ne permettrait pas que ça dure ainsi. Mais à présent il connaissait son point faible : la fille. Le dossier mentionnait un frère et une agence privée. C’était là qu’il se rendrait.

Se redressant sur son séant, il sortit son portable. Imbibé d’eau. Inutile. Cela signifiait que son employeur ne pouvait pas le localiser. Il cassa l’appareil et jeta les pièces à différents endroits dans l’eau. Il se sentit mieux, libéré.

Il tourna de nouveau les yeux vers la zone où il avait vu le couple sauter du bateau. Ils étaient là, quelque part. Vivants, il le sentait. Ils ne seraient pas faciles à neutraliser, mais il achèverait son travail.

Et il garderait sa dernière balle pour son patron. Pas question que ce coup foireux soit connu, cela ruinerait sa réputation.

Autrement dit, tout le monde devait disparaître.

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