Au risque de l'aimer - Etrange disparition

Helenkay Dimon · Chapitre 36 sur 41

Pages du PDF

Au risque de l'aimer - Etrange disparition

Chapitre 14

14

 

 

Cristine eut un mouvement de recul, nota Brock, comme si Zoe l’avait giflée.

— Ecoute, Zoe, tu n’as aucune idée du style de vie que Shayna et moi menons… enfin, menions. Si l’une d’entre nous rencontrait quelqu’un, l’autre la laissait tranquille. C’était un accord entre nous.

— Donc, si je comprends bien, répliqua Zoe, toi tu étais partie avec quelqu’un et Shayna était toute seule ici quand Mike l’a abordée ? C’est ça ?

— C’est exactement cela. Maintenant, si l’interrogatoire est terminé, excuse-moi, j’ai des gens à voir.

Sans attendre de réponse, elle tourna les talons.

Ils la regardèrent tous deux s’éloigner en silence.

— Et maintenant ? demanda-t-il à Zoe.

— Je veux savoir avec qui était Cristine le soir où Shayna a été tuée.

— Moi aussi, renchérit-il. Après toutes les accusations qu’elle a proférées contre moi, je ne vais pas la lâcher. Et puis, elle ne l’a certainement pas fait par hasard. Elle en sait davantage qu’elle le prétend, c’est sûr.

— Oui, je suis d’accord. Je ne pense pas que Cristine soit directement responsable de la mort de Shayna, mais elle a au minimum une idée de l’identité du meurtrier.

— Possible. Viens, allons-y, lança Brock en se dirigeant vers la porte.

Mais Zoe le retint.

— Non, pas encore. Asseyons-nous, il y a une table libre, dit-elle en s’y installant, un sourire aux lèvres.

Il tira la chaise à côté d’elle et l’observa avec méfiance.

— Qu’est-ce que tu as encore en tête ?

— J’aimerais prendre un verre et observer les allées et venues. On ne sait jamais ce qui peut arriver.

Ce n’était pas faux. Il héla une serveuse, à qui il commanda un soda et Zoe un verre de shiraz.

Ils sirotèrent leur verre pendant au moins trois quarts d’heure, mais Cristine ne revint pas et il ne se passa rien de particulier.

Brock se sentait un peu idiot de rester avec Zoe à bavarder du magasin, des Bell et d’autres sujets encore, mais en même temps il y prenait un certain plaisir. Ils ressemblaient presque à un couple comme les autres, sorti se détendre.

Enfin, Zoe but une dernière gorgée et déclara :

— Tu es prêt à partir ?

Il acquiesça d’un petit signe de tête et se leva.

Tandis qu’ils se dirigeaient vers la sortie, Zoe resta juste à côté de lui, et cela suffit à le bouleverser. La vie ne pouvait-elle être plus simple ? Et eux un couple venu se changer les idées, sur le point de rentrer à la maison ?

Alors qu’ils traversaient la salle, il chercha Cristine du regard mais elle n’était nulle part. Apparemment, leur présence dans son « antre » l’avait tellement contrariée qu’elle était partie sans tarder. Mike semblait avoir fait de même.

Il jeta un regard à Zoe. Elle aussi tournait les yeux dans toutes les directions.

— On dirait que nous avons fait fuir Cristine.

— Peut-être que Mike et elle sont allés se réfugier dans un endroit plus discret.

— Oh ! répliqua Zoe en faisant la grimace. Tu crois réellement qu’elle serait capable de coucher avec lui alors qu’il est le dernier à avoir vu Shayna vivante ?

— Qui sait ? Elle est tellement spéciale.

Elle acquiesça d’un air songeur.

Ils sortirent du bar, traversèrent le parking et étaient presque arrivés à la voiture quand, soudain, une silhouette émergea de l’ombre. C’était un homme avec un chapeau de cow-boy et une grosse veste, alors que la température était très clémente. Ce détail mit Brock en alerte.

— Zoe, dit-il tout bas.

— Quoi ? demanda-t-elle en s’arrêtant net.

Il lui posa une main en bas du dos.

— Avance et ne te retourne pas.

Il continuait à surveiller l’homme derrière eux du coin de l’œil. Alors qu’ils arrivaient à hauteur de sa voiture, celui-ci s’agita et tendit le bras. Il tenait une arme et la pointait sur eux !

— Baisse-toi ! s’exclama-t-il, prenant Zoe par les épaules pour plonger au sol avec elle et la protéger de son corps.

Un coup de feu retentit et la lunette arrière de la voiture vola en éclats.

— Ça va ? s’enquit-il.

— Oui, ça va, répondit Zoe qui s’était seulement égratigné les coudes.

Mais au moment où elle voulut se relever, un second coup de feu résonna.

— Ne bouge surtout pas, lui ordonna Brock. Si jamais nous nous retrouvons à découvert, nous sommes fichus.

Zoe l’observa, les yeux agrandis d’effroi.

— Le meurtrier de Shayna devait être dans le bar, il n’y a pas d’autre explication possible. As-tu vu le visage de ce type ?

— Non, répliqua-t-il.

Ils étaient juste à côté de la portière côté conducteur.

— Je vais ouvrir la portière, chuchota-t-il. Monte dans la voiture, mais en restant sur le plancher. Je vais essayer de démarrer le moteur et de nous faire détaler au plus vite. D’accord ?

— D’accord.

— Bien. A trois, j’ouvre la portière. Un, deux, trois !

Il tendit le bras, ouvrit le plus grand possible et aida Zoe à se glisser dans le véhicule. Puis il monta à son tour et inséra la clé de contact. Il la tourna et le moteur se mit en route du premier coup.

Mais le plus dur restait à faire. Il devait réussir à conduire quasiment à l’aveugle. Une autre voiture entra alors sur le parking et se gara sur une place libre. Très vite, plusieurs personnes en descendirent en riant. C’était leur chance. Le tireur ne prendrait certainement pas le risque d’être repéré, escompta Brock.

Il se redressa de quelques centimètres, enclencha la marche arrière, donna un coup de volant, passa la première et enfin repartit en marche avant sur les chapeaux de roue, dans un crissement de pneus.

Il n’y eut pas de nouveaux tirs.

— Appelle le shérif, dit-il à Zoe une fois qu’ils furent à plus de deux cents mètres du bar. Il faut qu’il envoie des hommes au Hitching Post sans tarder.

— Tu ne crois pas que nous devrions les attendre ? interrogea-t-elle.

— Non, hors de question que nous restions dans les parages alors qu’un type nous a tiré dessus.

— Où allons-nous, alors ?

— Au bureau du shérif. Comme ça, pendant que des policiers seront sur place, nous ferons notre déposition. Ça gagnera du temps.

* * *

Zoe put enfin se rasseoir normalement sur son siège, mais elle se mit à trembler de tous ses membres. Elle était incapable de se contrôler.

— Tu es en état de choc, déclara Brock, en se garant devant le bureau du shérif. Viens-là, ajouta-t-il en débouclant sa ceinture de sécurité.

Il la prit dans ses bras et la tint contre lui en silence. La tête posée sur son torse musclé, elle retrouva son calme : la tension reflua de son corps et ses tremblements se calmèrent.

— Ça va mieux ? s’enquit-il.

— Oui, répondit-elle. Allons faire notre déposition.

Au poste, l’agent au standard leur apprit que Roger était parti avec plusieurs hommes au Hitching Post dès que leur appel avait été transmis, puis un autre agent que Brock connaissait les conduisit dans son bureau pour prendre leur déposition. Le temps qu’ils répondent à ses questions et que tout soit consigné par écrit, près d’une heure était passée. Quand ils en eurent terminé, Zoe était épuisée et ne put s’en cacher. Brock lui offrit son bras lorsqu’ils quittèrent le poste et elle l’accepta de bonne grâce pour rejoindre la voiture.

De retour à la maison, Zoe s’excusa et rejoignit sa chambre au plus vite. Elle s’allongea tout habillée sur son lit, se roula en boule et ferma les yeux.

* * *

Quand elle se réveilla, il était plus de 10 heures le lendemain matin. Brock était déjà parti travailler et Mama Bell regardait la télévision dans sa chambre.

Depuis l’enterrement de Zoe, c’était le même rituel : Mama Bell passait la majeure partie de la journée dans sa chambre et Marshall partait le matin et revenait le soir, quasiment sans dire un mot et semblant traîner sa peine comme un boulet.

Jamais l’atmosphère chez les Bell n’avait été aussi sombre et Zoe commençait à avoir du mal à le supporter. Toutefois, se rassurait-elle, la situation s’améliorerait quand le meurtrier de Shayna aurait été arrêté.

Qu’on ait tiré sur eux la veille au soir prouvait que la clé de l’énigme était bel et bien le Hitching Post. Si elle n’obtenait pas rapidement de nouvelles du bureau du shérif, elle appellerait elle-même pour en avoir.

En attendant, elle s’assit à la table de la cuisine, pour travailler à son blog, tout en restant disponible au cas où Mama Bell éprouverait le besoin de parler.

Elle pensait également beaucoup à Brock et, plusieurs fois, elle prit son téléphone pour l’appeler. Mais, chaque fois, elle renonça au dernier moment.

Soudain, son téléphone sonna. Elle consulta l’écran : il s’agissait de la responsable d’une maison d’édition de New York, avec qui elle était en contact et qui souhaitait publier un livre à partir de son blog. Le projet avait été validé par ses supérieurs et verrait prochainement le jour, lui apprit-elle.

C’était une nouvelle fantastique. Dans d’autres circonstances, Zoe en aurait hurlé de joie.

Mais là, une fois qu’elle eut raccroché, elle eut envie de pleurer. A New York, elle aurait pu appeler ses amis pour leur apprendre la nouvelle et fêter cela avec eux. Ici, à Anniversary, sa meilleure amie n’était plus là et la seule personne à qui elle avait envie d’en parler, c’était Brock. Mais elle ne pouvait pas le faire. Bien sûr, Mama Bell s’était toujours intéressée à elle mais, étant donné ce qu’elle vivait en ce moment, elle n’avait aucune envie de la déranger avec cela.

Zoe releva la tête. Après tout, cette nouvelle lui mettrait peut-être du baume au cœur et pourrait l’aider à oublier un peu son chagrin.

Elle traversa la maison et frappa doucement à la porte de Mama Bell. Celle-ci lui répondit d’entrer d’une voix sans éclat.

Zoe ouvrit la porte. Mama Bell était assise sur son lit, toujours vêtue de son pyjama et les yeux gonflés, comme si elle venait de pleurer.

Zoe faillit renoncer à lui annoncer la bonne nouvelle mais pénétra quand même dans la pièce et alla s’asseoir à côté d’elle.

— Viens déjeuner avec moi, lui dit Zoe doucement en lui passant un bras autour des épaules.

— Je n’ai pas faim.

— Et depuis quand n’as-tu rien avalé ?

Mama Bell se contenta d’un haussement d’épaules.

— Je t’interdis de me dire non, insista Zoe. Allez, va te préparer et ensuite, nous irons déjeuner où tu voudras.

— A l’extérieur ? s’exclama Mama Bell, horrifiée. Hors de question, je ne quitte pas la maison. Si nous rencontrons des gens que je connais, ils viendront m’assurer de leur soutien, me redire combien ils sont désolés pour Shayna, et j’en passe. Je n’y suis pas prête.

C’était effectivement prématuré, songea Zoe.

— D’accord, acquiesça-t-elle, nous resterons ici. Je vais nous préparer à manger. Qu’en dis-tu ?

Mama Bell lui retourna un regard perplexe.

— Toi, cuisiner ? Tu as pris des cours à New York ? Parce que, autant que je me souvienne, tu savais à peine faire bouillir une casserole d’eau.

Zoe ne prit pas ombrage de cette réflexion. Au moins, elle avait obtenu une réaction, c’était mieux que rien.

— Et si j’allais nous chercher un plat tout prêt, alors ? Nous pourrions manger sur la terrasse, il fait beau. D’accord ?

Mama Bell finit par accepter. Zoe éteignit la télévision, lui fit promettre de prendre une douche et de s’habiller puis partit en ville, de meilleure humeur que ces derniers jours.

Même si elle n’avait pas fait part de la bonne nouvelle à Mama Bell, elle avait de quoi se réjouir. Et même si elle regrettait de ne pouvoir partager cette nouvelle avec Brock, cela lui rappelait qu’elle avait une vie loin d’Anniversary, qui lui apportait son lot de satisfactions.

Elle ne devait pas l’oublier.

* * *

Brock avait laissé Eve s’occuper des clients du magasin et rangeait la réserve. Ou plutôt, il essayait, car il avait du mal à se concentrer. Il ne pouvait s’empêcher de ressasser. Si par malheur Roger ne coinçait pas rapidement le type qui leur avait tiré dessus la veille, il se mettrait lui-même en chasse.

Zoe aurait pu y laisser la vie, et cette pensée le mettait en rage. Et puis, ce tireur était peut-être aussi le tueur de Shayna.

Aussi, quand Roger l’appela pour lui demander de venir au poste, il ne se fit pas prier.

Quand il sortit de voiture, Zoe arrivait également.

— Roger t’a appelée ? interrogea-t-il, étonné.

Elle acquiesça.

— J’espère qu’il ne nous a pas fait venir pour rien.

— Oui, moi aussi.

Ils pénétrèrent ensemble dans le bâtiment et Agnes leur indiqua immédiatement que le shérif les attendait dans son bureau.

— Je crois que nous tenons le type qui s’en est pris à vous hier soir, leur apprit Roger après les avoir fait entrer.

Il arpentait son bureau de long en large, mains dans les poches.

— Vous l’avez arrêté ? lui demanda Zoe, manifestement stupéfaite devant un tel succès.

Roger échangea un regard avec Brock, l’air amusé par le scepticisme de Zoe à son égard.

— Oui.

— Qui est-ce ? s’enquit Zoe. Et comment a-t-il expliqué son geste ?

— C’est un type déjà connu de nos services pour consommation de stupéfiants. Il s’est montré incapable de justifier ses actes. Il prétend ne même plus savoir comment il s’est procuré l’arme.

— Mais vous avez les moyens de déterminer sa provenance ? intervint Brock.

— On y travaille. Le numéro de série de l’arme a été effacé, mais nous avons d’autres possibilités de remonter jusqu’au vendeur. Quant au tireur, nous sommes encore en train de l’interroger et nous allons lui proposer un allègement de peine en échange de son accord pour livrer le nom de la personne qui l’a engagé.

Brock et Zoe se dévisagèrent, abasourdis.

— Engagé ? répétèrent-ils en chœur.

— Oui, il est évident que ce type n’aurait jamais agi seul. Nous avons épluché son compte en banque et nous avons tout de suite repéré un encaissement récent. Quand nous le lui avons fait savoir, il a admis avoir touché une somme d’argent, qu’il a utilisée pour se procurer de la drogue. Quelqu’un l’a payé pour se débarrasser de vous deux.

— Mais pourquoi ? voulut savoir Zoe.

— Ça, c’est ce qu’il nous faut déterminer. Mais il se pourrait que vos allées et venues au Hitching Post ne soient pas du goût de tout le monde. A partir de maintenant, je vous demande de ne plus y retourner. Laissez-nous faire notre travail, je vous jure que nous coincerons le meurtrier de Shayna.

Zoe croisa les bras.

— Vous n’avez aucun doute que Brock et moi étions bien les cibles de cet homme ?

— Oui, je suis catégorique, répliqua Roger. Au cours de la fouille, nous avons trouvé sur lui un papier avec votre description physique.

Brock poussa un juron. Puis, il jeta un regard à Zoe : elle, au contraire, semblait satisfaite de cette précision.

— Ce n’est pas une bonne nouvelle, ajouta Roger, qui avait lui aussi remarqué la réaction de Zoe.

— D’une certaine façon, c’en est une, rétorqua Zoe, car cela prouve que nous sommes proches de découvrir la vérité. Le meurtrier commence à paniquer, nous ne pouvons pas nous arrêter maintenant.

Le shérif poussa à son tour un juron ; Brock, lui, ne put s’empêcher de sourire. Zoe pouvait se montrer tellement bornée. Elle avait toujours autant de tempérament.

— Je vous interdis de retourner dans ce bar ! s’exclama Roger en les dévisageant alternativement. Je n’ai aucune envie de me retrouver avec deux morts de plus sur les bras. Alors, par pitié, promettez-moi de ne plus mettre les pieds au Hitching Post, ajouta-t-il sur un ton plus calme.

Sa requête fut accueillie par un long silence. Brock ne disait rien car, s’il promettait au shérif d’obéir, Zoe s’empresserait de faire l’inverse. Il la connaissait suffisamment.

— Zoe ? intervint le shérif pour l’inciter à répondre.

Elle leva la tête et fixa le shérif droit dans les yeux.

— Très bien. Faites votre boulot et trouvez l’assassin de Shayna.

Sans autre forme de procès, elle se leva et quitta la pièce.

— Mais elle ne se rend pas compte qu’on fait notre possible pour y parvenir ? Elle est sérieuse, là ? demanda Roger à Brock.

— J’en ai bien peur, répliqua Brock avec ironie. Alors vous feriez mieux de vous remettre au boulot parce que vous avez un meurtrier à attraper.

Sur ce, il se leva à son tour et suivit Zoe.

Une fois qu’ils furent sortis, Zoe se retourna brusquement. Surpris, il entra en collision avec elle et ils se retrouvèrent l’un contre l’autre. D’instinct, il passa les bras autour d’elle pour la retenir. C’était si bon de la sentir ainsi contre lui. Il ne put se retenir de l’embrasser.

A moi, se dit-il, elle est à moi et à personne d’autre.

* * *

Il fallut plusieurs secondes à Zoe pour prendre conscience de ce qu’elle faisait : elle embrassait Brock sur le pas de la porte du bureau de police, où n’importe qui pouvait les voir.

Elle mit fin à ce baiser et le fixa droit dans les yeux. A son expression, il n’avait fait que céder à son instinct. Et elle aussi, en lui rendant son baiser. Jamais ils ne parviendraient à rester indifférents l’un à l’autre, c’était une évidence.

Le cœur serré, elle fit un pas en arrière.

— Ce n’est pas terminé, Zoe, même si le tireur a été arrêté, dit-il.

— Je sais, répondit-elle, incapable de bouger.

Anniversary était une petite ville et si jamais quelqu’un les voyait ainsi, à quelques centimètres l’un de l’autre, les rumeurs ne tarderaient pas à aller bon train.

Mais, à bien y réfléchir, elle s’en fichait un peu. Si elle avait eu le choix, elle se serait donnée à Brock sans hésiter. Cette réflexion suffit à réveiller la douleur obsédante qui l’habitait sans cesse. Elle trouva la force de tourner les talons et se dirigea vers sa voiture. Heureusement, Brock ne chercha pas à la retenir, sinon, elle n’aurait pas eu la force de lui résister. Elle monta en voiture et leva les yeux vers l’entrée du bureau du shérif. Brock n’était plus là. Peut-être était-il retourné à l’intérieur pour toucher encore un mot à Roger.

Elle se détendit un peu.

Elle sortit de sa place de stationnement : elle devait toujours aller acheter à manger pour le déjeuner avec Mama Bell, qui allait finir par se demander ce qu’elle faisait. Elle se rendit au commerce le plus proche, acheta du poulet au romarin et reprit le chemin de la maison.

Au moment où elle se garait devant chez les Bell, son portable sonna. Elle consulta l’écran : c’était Cristine. Elle faillit laisser sonner mais, finalement, inspira profondément et décrocha.

— Zoe ?

La voix de Cristine était étouffée, comme si elle venait de pleurer.

Ou alors, elle avait bu.

— Qu’est-ce qu’il y a, Cristine ? demanda Zoe en s’efforçant de ne pas être trop sèche. Je ne peux pas te parler très longtemps car je suis sur le point de sortir, mentit-elle pour inciter Cristine à être brève.

— Oh ! tant mieux pour toi, répliqua Cristine avec un rire amer. Quelque part, c’est symbolique, car moi aussi je suis sur le point de m’en aller.

Instinctivement, Zoe s’inquiéta.

— Où vas-tu ?

— Je vais en finir une fois pour toutes. Je n’en peux plus, je n’ai plus de raison de vivre.

Zoe en arrêta de respirer. Elle prit deux secondes pour s’assurer d’avoir un ton normal.

— Où es-tu à l’instant ?

— Chez moi. Je veux mourir chez moi.

Mon Dieu.

— Ecoute, que dirais-tu que je passe te voir pour que nous puissions discuter ?

Il y eut un silence.

— Cristine ? Tu es là ?

— Oui.

Sa voix semblait de plus en plus lointaine et une nouvelle angoisse envahit Zoe.

— Cristine, as-tu pris quelque chose ?

— Comme quoi ? Ah, tu veux savoir si j’ai pris des médicaments.

— Oui. Tu en as pris ?

— Non, je ne veux pas me rater, rétorqua Cristine avec un nouveau rire amer. Les médicaments, c’est trop aléatoire.

Zoe remit le moteur en marche.

— Cristine, promets-moi de ne rien faire avant mon arrivée, d’accord ?

Il y eut un nouveau silence.

— Cristine !

Zoe serra si fort son portable qu’elle redouta de le casser. Elle enclencha la marche arrière puis s’engagea dans la rue. Si ses souvenirs étaient bons, Cristine habitait près du lycée.

— Cristine, par pitié, attends-moi, il faut qu’on parle.

— Tu ne sais même pas où j’habite.

— Ton adresse figurait sur le papier distribué un peu partout pour demander aux gens de participer aux recherches de Shayna. C’est tout près du lycée, n’est-ce pas ?

Cristine confirma mollement et Zoe enfonça la pédale d’accélérateur. Toutefois, elle devait rester prudente car, pour s’assurer que Cristine ne ferait pas de bêtises, elle devait continuer à lui parler au téléphone tout en conduisant.

Alors qu’elle cherchait quoi dire, Cristine fondit en larmes. Au milieu de ses sanglots, elle marmonna quelque chose d’incompréhensible.

Puis, brusquement, elle mit fin à la communication.

Sans attendre, Zoe pressa la touche de rappel mais tomba sur le répondeur. Cristine avait coupé son téléphone.

Le cœur battant, Zoe appela le 911 et, quand elle eut une standardiste en ligne, lui expliqua ce qui se passait.

— Le shérif connaît cette personne, précisa-t-elle. Il sait où elle habite. Dites-lui d’envoyer quelqu’un chez elle.

Elle raccrocha et accéléra encore, sans plus se préoccuper des limitations de vitesse.

OceanofPDF.com