Au risque de l'aimer - Etrange disparition

Helenkay Dimon · Chapitre 38 sur 41

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Au risque de l'aimer - Etrange disparition

Chapitre 16

16

 

 

Brock tendit l’oreille pour suivre la confession de Cristine.

— Shayna et moi, nous avons discuté et le ton est rapidement monté. C’est là qu’elle m’a avoué ce que je soupçonnais. Elle avait vu son père sortir de chez moi, elle a compris ce qui s’était passé. Au lieu de m’en parler, elle a fait comme si de rien n’était, mais elle était décidée à me rendre la monnaie de ma pièce avec Mike. Je lui ai répondu que j’étais désolée, mais qu’elle aurait dû me parler directement, pas m’humilier. Et, comme nous avions bu toutes les deux, nous nous sommes échauffées et, à un moment, elle m’a demandé d’arrêter la voiture. J’ai refusé mais, quand j’ai dû ralentir à proximité d’un carrefour, elle a ouvert sa portière pour sauter en marche. J’étais tellement ivre et folle de rage que j’ai freiné brusquement et enclenché la marche arrière. Je voulais seulement la convaincre de remonter, mais j’ai enfoncé la pédale d’accélérateur et j’ai perdu le contrôle et…

— … tu l’as écrasée, finit Zoe pour elle, d’un ton sinistre. Oh ! mon Dieu ! Cristine !

Celle-ci se leva alors brusquement et brandit son arme.

— Tu vois, je n’ai pas le choix. Je dois en finir. J’ai vécu toute ma vie ici, je refuse de continuer à vivre alors que tout le monde saura ce que j’ai fait.

Zoe fit alors un pas en avant vers Cristine. Brock serra les dents et l’implora silencieusement de ne pas bouger.

— Tu as besoin d’aide, déclara Zoe. Je ne sais même pas comment tu as fait pour porter ce fardeau jusqu’à aujourd’hui.

— Un fardeau, oui, c’est bien le mot.

Apparemment, Cristine ne s’était pas attendue à susciter de l’empathie et, sans même s’en rendre compte, elle avait abaissé son arme et ne la pointait plus sur Zoe.

— Un fardeau beaucoup trop lourd pour que tu le portes seule, reprit Zoe qui fit un nouveau pas en avant et serra Cristine contre elle.

Cristine eut le réflexe de se débattre pour se libérer de l’étreinte de Zoe mais, soudain, elle se détendit et se laissa aller.

C’était maintenant ou jamais, se dit Brock. Il se leva et saisit le bras de Cristine.

— Lâche ton arme.

Cristine poussa un cri.

— Qu’est-ce que…

L’arme lui échappa mais elle avait eu le réflexe de serrer les doigts et un coup partit au moment où le revolver tombait au sol. Une balle alla se ficher dans le parquet.

En un instant, la porte d’entrée s’ouvrit violemment et les policiers firent irruption dans la pièce.

— Ne bougez pas !

Brock ramassa le revolver de Cristine et le fit glisser au sol en direction des policiers.

— Merci, dit-il. Vous pouvez l’arrêter, ajouta-t-il en désignant Cristine. Elle vient d’avouer avoir tué Shayna.

* * *

L’arrestation de Cristine Haywood créa beaucoup d’émoi en ville et, à la grande surprise de Zoe, Mama Bell elle-même demanda à pouvoir parler à celle qui était la dernière à avoir vu sa fille en vie.

Cristine était détenue dans une cellule du poste de police d’Anniversary jusqu’à l’audience qui déterminerait la date de son procès.

Cristine accepta de rencontrer Mama Bell. Le shérif les avertit néanmoins qu’elles ne pourraient pas être seules et qu’un policier devrait rester dans la cellule le temps de l’entrevue.

Le jour venu, Zoe proposa à Mama Bell de l’emmener en ville, pour qu’elle n’ait pas à conduire elle-même. Elle comprenait son besoin de parler à Cristine, même si elle ignorait ce qu’elle comptait lui demander. En tout cas, elle n’avait pas cherché à l’en dissuader.

Roger les accueillit à l’entrée du poste de police, fit preuve d’une grande bienveillance avec Mama Bell et la conduisit à la cellule de Cristine, pendant que Zoe allait s’installer dans la salle d’attente. Il ne sortirait peut-être pas grand-chose de cette rencontre, mais si Mama Bell pouvait en revenir plus apaisée, c’était l’essentiel.

Enfin, Mama Bell et le shérif réapparurent. Mama Bell s’essuyait les yeux avec un mouchoir. Roger les salua toutes deux, les assurant une fois encore de son entier soutien, puis les laissa repartir.

Sans un mot, elles remontèrent en voiture et reprirent le chemin de la maison.

Alors qu’elles étaient presque arrivées, Mama Bell déclara :

— Cristine était désolée, tu sais. Elle ne voulait pas faire de mal à Shayna. Je ne l’ai jamais appréciée, mais ses remords sont sincères et elle aimait Shayna. Quelque part, ça me rend sa disparition un petit peu moins difficile à supporter.

Zore acquiesça, sans trop savoir que répondre. Depuis la mort de Shayna, Mama Bell avait paru vieillir subitement et était devenue plus renfermée.

Zoe descendit de voiture et la contourna pour aider Mama Bell à sortir.

A peine eurent-elles passé la porte de la maison que Mama Bell fondit de nouveau en larmes et la prit dans ses bras. Elle lui rendit son étreinte et laissa elle aussi couler ses larmes.

— Je lui ai pardonné, tu sais, dit Mama Bell entre deux sanglots. Ça a certainement été la plus dure épreuve de ma vie, mais je lui ai pardonné.

Zoe resta silencieuse et continua de l’étreindre.

Enfin, Mama Bell recula d’un pas pour la dévisager.

— Zoe, j’ai une faveur à te demander. Viens, allons nous asseoir.

Toutes deux s’installèrent sur le canapé. Mama Bell lui prit la main dans les siennes et déclara :

— Je sais que ce ne sont pas mes affaires, mais la vie est trop courte. Je ne veux pas te voir passer à côté du bonheur, Zoe et, pour que cela n’arrive pas, tu dois le saisir à deux mains.

Zoe esquissa un timide sourire.

— Je ne suis pas sûre de très bien comprendre ce que tu cherches à me dire.

— Brock. Je sais qu’il t’aime toujours et je suppose que tu ne lui as toujours pas avoué pourquoi tu continues à le repousser. Pourtant, vous méritez d’avoir une seconde chance.

— Je vais y réfléchir, mentit Zoe.

Elle était touchée par les propos de Mama Bell.

A court terme, Brock parviendrait sans doute à se convaincre qu’il pourrait être heureux sans enfants. Mais, tôt ou tard, son désir d’en avoir resurgirait et, alors, il aurait des regrets.

Elle ne voulait pas lui infliger cela, elle n’en avait pas le droit. Elle l’aimait trop pour cela.

* * *

Puisque Cristine avait tout avoué, Zoe ne tarderait plus à quitter Anniversary, présumait Brock. Elle devait même être impatiente de retrouver sa chère grande ville.

Pourtant, il ne pouvait se résoudre à la laisser partir sans rien faire. Le destin les avait de nouveau réunis, il n’avait pas le droit de la laisser s’en aller une seconde fois.

Il lui téléphona donc et lui proposa un rendez-vous dans le parc du centre-ville. A sa grande surprise, elle accepta sans la moindre hésitation. Mais c’était probablement pour lui dire au revoir, s’alarma-t-il en se rendant au rendez-vous.

* * *

Assis sur un banc à l’entrée du parc, il l’attendit. Quand elle apparut dans l’allée, il fit de son mieux pour maîtriser les émotions qui s’emparèrent de lui.

Ils bavardèrent pendant quelques minutes, puis il lui demanda :

— Alors, quels sont tes projets, maintenant ?

Zoe parut pensive. Le soleil produisait des reflets cuivrés dans ses cheveux et mettait en valeur son teint clair. Elle était tellement belle qu’il avait bien du mal à se contenter de la regarder sans rien faire.

— Je ne sais pas trop. Je suppose que je vais finir par retourner à New York.

Cette dernière phrase lui fit très mal, mais il refusa de se laisser abattre.

— Pourquoi ? Rien ne t’oblige à repartir maintenant. Anniversary, c’est chez toi. Et je suis là.

Elle fixa un point droit devant elle, comme si elle refusait de le regarder. Ce n’était pas bon signe.

— Toutes mes affaires sont à New York, j’y ai un appartement. Et j’adore cette ville.

— Autant qu’Anniversary ? Autant que moi ?

Elle secoua lentement la tête.

— Ça ne marchera pas. Je ne peux pas.

Il eut tellement mal qu’il dut fermer les yeux quelques secondes. Il ne la supplierait pas, il avait trop d’orgueil. Mais il devait lui dire la vérité. Il prit une grande inspiration.

— Si jamais tu souhaites un jour nous offrir une seconde chance, sache que je serai toujours là.

— Oh ! Brock ! Il n’y a rien que j’aimerais davantage que pouvoir rester à Anniversary avec toi. Mais…

Elle s’interrompit d’elle-même.

Il refusait qu’elle s’arrête là, sans lui expliquer ce qui la retenait de le faire.

— Si c’est la vérité, pourquoi ne restes-tu pas ? insista-t-il.

Elle secoua la tête avec obstination.

— Je ne peux pas, Brock. C’est tout. Restons-en là.

Toujours ces satanés secrets. Il allait lui demander de cesser de lui cacher la vérité, mais elle leva la main pour l’arrêter.

— S’il te plaît. Ne rends pas les choses encore plus difficiles.

Avant qu’il ait le temps de répondre, elle se leva et s’éloigna.

Et, comme il l’avait déjà fait, il la regarda partir, loin de lui, et se maudit d’être incapable de la détester.

Néanmoins, il se fit la promesse de ne plus jamais replonger. Il y avait des limites à tout, il devait se protéger.

Il retourna au magasin et, le reste de la journée, s’occupa comme il put, se livrant à un inventaire inutile de ses stocks.

Finalement, l’heure de la fermeture arriva et il se prépara à devoir affronter une longue et pénible nuit sans sommeil.

— Brock ? l’appela Eve depuis le bureau au fond du magasin.

Elle était installée devant l’ordinateur, visiblement bouleversée.

— Qu’est-ce qui se passe ? lui demanda-t-il, inquiet.

— J’ai trouvé l’adresse de ce site à côté de l’ordinateur, expliqua-t-elle en exhibant le papier sur lequel Marshall Bell avait noté les références du blog de Zoe. Je suis allée faire un tour et ce site est génial. Je ne sais pas qui est cette femme, mais ses articles sont tellement touchants !

Eve avait lu le blog de Zoe. Il en eut le cœur serré.

— C’est le blog de Zoe, lui révéla-t-il.

Le regard de sa sœur s’agrandit.

— Le blog de Zoe ? Alors il faut absolument que tu le lises sans attendre. Beaucoup de choses vont devenir plus claires pour toi.

Sans rien ajouter, elle se leva, alla chercher sa veste et revint lui dire au revoir.

— A demain, dit-elle, le laissant interloqué.

Il resta quelques secondes à fixer l’écran de l’ordinateur, comme si celui-ci allait se mettre à parler. Puis il finit par s’asseoir et entama sa lecture.

* * *

Zoe était devant son ordinateur, perdue dans ses pensées. Elle n’arrivait pas à se décider à réserver son billet d’avion de retour pour New York. Elle n’était pas prête. Elle avait déjà demandé à Mama Bell si elle pouvait rester encore quelques jours et cette dernière avait accueilli la requête avec joie.

Elle se connecta à son blog et rédigea un nouvel article. Spontanément, elle parla à cœur ouvert de la douleur que représentait le fait d’aimer un homme mais de ne pas pouvoir s’offrir à lui. Et elle alla même jusqu’à expliquer pourquoi, sans rien dissimuler.

Son article ne tarda pas à déclencher de très nombreux commentaires. Jamais il n’y en avait eu autant, et la plupart exprimaient leur sympathie : elle ne devait pas renoncer au bonheur.

Elle en fut extrêmement touchée, mais, soudain, un commentaire, signé d’un simple B, retint particulièrement son attention :

Crois-tu sincèrement qu’une vie sans toi est préférable à une vie sans enfants ? As-tu oublié toutes les promesses et les serments que nous nous sommes faits l’un à l’autre il y a cinq ans ? Ne nous étions-nous pas promis de tout traverser ensemble, les bons moments comme les épreuves ? Tu n’es pas seule, mon amour, tu ne le seras jamais. Et même si nous ne pouvons pas avoir d’enfants ensemble, qu’est-ce qui nous empêche d’adopter ? Je ne veux pas te perdre. C’est toi que j’aime. Toi, et pas une quelconque représentation de la famille idéale. Je n’ai rien d’autre à ajouter. Si tu souhaites nous donner une nouvelle chance, si tu crois que nous avons un avenir, je t’attends, les bras grands ouverts, sur le même banc qu’hier.

Elle en eut le souffle coupé. Brock avait découvert qu’elle tenait un blog et l’avait lu ! Il savait tout, elle n’avait plus de secrets pour lui.

Ses yeux s’emplirent de larmes. Elle relut son commentaire pour être certaine qu’elle ne l’avait pas mal compris. Mais non, il parlait d’amour, il lui disait qu’elle n’était pas seule, qu’il l’attendait les bras ouverts, qu’il voulait une seconde chance.

Elle pleura et rit en même temps et, finalement, s’empara de ses clés de voiture et sortit de la maison en courant.

Comme il l’avait promis, Brock était assis sur le banc à l’entrée du parc. Quand son regard se posa sur elle, plus rien d’autre au monde ne compta. L’espoir et l’amour gonflaient en elle, son cœur battait à tout rompre.

Il se leva et, sans attendre, se précipita vers elle. Elle lui sourit, ouvrit les bras, et ils s’étreignirent longuement. Mais, en dépit de ce qu’il avait écrit, elle avait besoin de l’entendre lui tenir le même discours de vive voix.

— Tu es sûr de toi ? Car tu as toujours voulu avoir une famille, tu disais même que tu voulais six enfants, et moi, je… je ne pourrai jamais te les donner.

— Tu crois vraiment que c’est le plus important ? Non, tu es ce qui m’est arrivé de mieux dans ma vie, Zoe. Sans toi, je me sens vide, je ne suis pas vraiment moi-même.

Elle était tellement bouleversée qu’elle en avait le vertige. Après tant d’années à se dire que vivre avec lui n’était pas possible, tout était sur le point de basculer.

Il la regardait de ses grands yeux bleus pleins d’amour : lui aussi attendait qu’elle s’exprime, qu’elle lui livre son cœur.

* * *

— Brock McCauley, je t’aime. Veux-tu m’épouser et passer le restant de tes jours auprès de moi ?

Un grand sourire éclaira son visage.

— Bien sûr. Plus que jamais. Moi aussi je t’aime, Zoe, rien n’est impossible, au contraire.

Un bonheur immense s’empara d’elle, comme elle n’en avait jamais connu.

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