Au risque de l'aimer - Etrange disparition
Chapitre 19
19
Ils n’avaient pas le temps de faire un détour, mais Lara avait insisté. Lorsque Mme Winston avait appelé quinze minutes plus tôt, Davis avait décroché. Sa voisine avait parlé de lui confectionner un gâteau et de le laisser sur sa table. Rien de bizarre a priori, mais Lara n’avait pu réprimer un frisson. La dernière fois où quelqu’un s’était trouvé dans cette maison, il y avait eu un mort.
Elle n’avait aucune idée de l’état dans lequel se trouvaient les lieux, mais elle savait que Mme Winston était trop vieille, et d’une santé trop fragile, pour affronter la scène.
Quant à ce qui avait brouillé Pax et Davis avant qu’ils ne quittent le siège de l’équipe Corcoran, c’était le grand mystère. Leur dispute s’était terminée quand Davis avait dit à son frère d’attendre le retour de Connor, et à Joel de continuer à examiner les meurtres sous l’aspect financier. L’équipe s’était donc réduite à Ben, elle et Davis.
Celui-ci n’avait pas desserré les dents depuis leur départ.
Mal à l’aise, elle tira sur sa ceinture de sécurité, qui l’oppressait. Vu qu’elle ignorait ce qui s’était passé et que Davis semblait broyer du noir, elle tenta de détendre l’atmosphère.
— Tu la vois tous les jours, Mme Winston ?
— Quand je suis là.
Au temps pour la conversation. Il y avait donc bel et bien un problème. Et, comme d’habitude, elle était la dernière à être informée.
— Très bien.
— On entre et on sort, hein ? dit Ben en observant les lieux, alors qu’ils pénétraient dans la rue de Davis. Ça ne me plaît pas beaucoup que certains d’entre nous traînent en ville avant que nous ayons bouclé cette affaire.
Lara ne put retenir un gloussement.
— Sans vouloir vous faire peur, à vous entendre on croirait que vous en faites déjà partie.
— Partie de quoi ?
— De l’équipe Corcoran.
La voix sèche de Davis coupa court à tout amusement.
— C’est une charmante vieille dame qui souffre apparemment de solitude. Je crois qu’elle s’est prise d’affection pour Lara et veut la revoir. Elle m’a demandé de l’amener avec moi.
— C’est gentil.
Ça l’aurait été encore plus s’il l’avait regardée en leur expliquant cela.
Il resserra les doigts sur le volant.
— Elle m’a dit de me garer à l’arrière…
Il s’interrompit brutalement. Ben avança la tête entre les sièges avant.
— Qu’y a-t-il ?
Davis ralentit et s’arrêta sur le côté, le corps soudain en alerte. Il regarda autour de lui, fouillant la zone de ce regard acéré qu’elle avait appris à connaître.
— Comment ai-je pu laisser passer ça ?
Lara connaissait également ce ton. Il lui donnait la chair de poule. Elle avait espéré ne plus jamais l’entendre. Il signalait quelque chose de très dangereux et elle sentit un goût de bile au fond de sa gorge.
— De quoi parles-tu ?
Davis frappa le volant du talon de la main.
— L’arrière. Mme Winston voulait me dire qu’il y a quelqu’un à l’arrière de sa maison.
— Peut-être n’est-ce que…
Il la regarda enfin, l’œil morne et les traits crispés.
— Elle est persuadée que je suis un espion, et entre à fond dans le jeu pour m’aider.
— Vous croyez que le tueur est là ? s’enquit Ben.
Il surveillait la rue, et en particulier deux hommes à proximité du panneau stop, un peu plus loin.
— Elle a vu quelqu’un qui lui paraissait suspect, dit Davis comme s’il se parlait à lui-même. Quelqu’un qui l’a incitée à nous prévenir.
— Bien joué, Mme Winston, murmura Ben.
Davis jeta un coup d’œil par la vitre arrière.
— Je vous ramène.
Lara plaqua aussitôt sa main sur la sienne, maintenant le levier au point mort.
— Non. Elle est peut-être blessée… ou pire. Tu es expert en matière de plans, alors trouves-en un.
— Tu en as assez vu comme ça, dit-il d’un ton inquiet et agacé à la fois.
Lara avait déjà entendu cette phrase, mais cette fois-ci ça ne marcherait pas. Ils pouvaient appeler des renforts et cribler l’endroit de balles tant que Mme Winston sortait de là vivante. Elle ne pouvait pas vivre avec une autre mort sur le cœur, et certainement pas celle d’une vieille dame qui avait le béguin pour Davis.
— Nous y allons tous les trois.
Nul ne bougea. Davis ne repartit pas, mais n’éteignit pas non plus le moteur.
La tête de Ben s’avança entre eux.
— On perd du temps !
Davis émit un grognement contrarié.
— Vous savez que j’ai raison, insista Ben.
Il grommela un juron.
— O.K., mais on fait ce que je dis, comme je le dis. C’est clair ?
Sans leur laisser le temps d’agréer, il démarra.
* * *
C’était suicidaire. Davis ne pouvait s’empêcher de le penser tandis qu’il marchait vers l’entrée de chez Mme Winston, Lara à son côté. Elle portait le gilet pare-balles qu’il gardait dans son coffre, dissimulé sous sa propre chemise à manches longues. Par cette chaleur, elle allait transpirer toute l’eau de son corps.
Elle avait protesté d’être la seule à devoir revêtir une protection supplémentaire, mais il n’était pas d’humeur à se quereller. Et en lui disant de se presser, Ben avait tué dans l’œuf toute discussion. Davis aimait bien le style de ce gars.
Dans la seconde tendue qui précéda ses coups à la porte, il eut envie de lui poser la question qui ne cessait de tourner dans sa tête, à le rendre fou. Il en était si perturbé qu’il avait failli passer à côté du message de Mme Winston, dont il avait lui-même suggéré le code sans penser qu’elle aurait à s’en servir.
Il avait trouvé la fiche hospitalière de Lara, et en avait été ébranlé. En fait, c’était juste la facture et les renseignements d’admission. Il attendait toujours une copie du rapport médical sur son portable. Compte tenu des règles de confidentialité, celui-ci était difficile à obtenir. Certes, il aurait pu mettre Joel sur l’affaire, mais comme il voulait agir seul, tout prenait du temps.
— Est-ce que ça va ? demanda Lara sans tourner la tête.
Il décida de répondre ce qu’elle voulait entendre.
— Tout se passera bien, n’aie crainte.
Il leva la main et pressa la sonnette. Il avait la clé, mais comme il ignorait ce qui se passait à l’intérieur, il ne voulait pas mettre Mme Winston en plus grand danger.
La porte s’ouvrit et elle apparut, le visage plissé d’inquiétude.
— Davis ?
A l’évidence, elle croyait s’être trompée dans son message. Ce qu’elle ignorait, c’est que Ben avait contourné la maison et devait entrer par l’arrière, créant ainsi un effet de surprise.
— Vous m’avez fait un gâteau, m’avez-vous dit ? A la noix de coco, je suppose.
La tension s’atténua sur le visage de la vieille dame. Elle savait qu’il était allergique à la noix de coco. Un sourire tremblant flotta sur ses lèvres.
Afin de lui confirmer qu’il avait compris, il lui fit signe de la tête de s’écarter.
— Pouvons-nous entrer ?
— Tous les deux ?
Davis s’était posé cette question une dizaine de fois en gravissant les marches du perron.
— Lara aimerait vous dire bonjour.
L’odeur de naphtaline lui piqua les narines dès qu’il eut fait un pas à l’intérieur. Il savait que Mme Winston en était fan. Le parfum âcre et puissant se mêla à celui du thé earl grey tandis qu’elle les précédait vers le séjour de la maison.
Une profusion de figurines de verre et autres bibelots couvrait et emplissait les bahuts et cabinets vitrés. Mais ce que la vieille dame possédait en plus grande quantité, c’étaient les romans policiers. Ils s’empilaient partout, dans chaque pièce, transformant l’intérieur en véritable dédale.
Davis demeura aux aguets, fouillant des yeux chaque recoin, s’attendant à tout moment à voir surgir leur invité aussi violent qu’indésirable. Il était clair qu’il avait un plan précis, et qu’il faisait volontairement traîner les choses.
Il avait lancé un appel d’urgence aux autres avant d’entrer dans la maison, tout en espérant ne pas avoir besoin d’eux… Et en priant pour qu’ils ne trouvent pas des cadavres à leur arrivée.
La main sur le dos de Lara, il dut plusieurs fois la pousser en la sentant chanceler. Il ne pouvait l’en blâmer. S’avancer dans la ligne de mire d’un tueur était une folie. Si celui-ci était intelligent, il attendrait le bon moment et les descendrait d’un tir de sniper.
Tout cela n’avait rien de professionnel, songea Davis. Le type en avait fait une affaire personnelle, et c’était peut-être là leur chance. S’il voulait une confrontation finale, il faudrait qu’il se montre.
A peine cette pensée lui vint-elle à l’esprit qu’il perçut un bruit de pas étouffé derrière lui. Il n’aurait pas remarqué s’il ne l’avait pas attendu. Il s’écarta juste au moment où l’homme plongeait sur lui. Emporté par son élan, ce dernier heurta Mme Winston, qui décolla du sol. Lara tendit les mains pour l’empêcher de s’écraser contre le meuble placé dans l’angle entre le séjour et la cuisine. Son geste donna à l’assaillant le répit qu’il lui fallait.
Avant que Davis ne puisse faire feu, il empoigna le bras de Lara, colla le canon de son arme sur la tempe de la pauvre vieille, et se plaça derrière elles en rat d’égout qu’il était.
— On dirait que je tiens vos femmes.
Tout en gardant son pistolet braqué sur lui, Davis sentit sa seconde arme lui brûler la peau contre ses reins.
— Lâchez-les.
L’assaillant attira Lara contre son torse.
— Oh ! non. Je me suis donné assez de mal à mettre au point mon plan.
— C’est moi que vous voulez, alors prenez-moi.
— Tss-tss, si seulement c’était aussi simple ! Non, voyez-vous, c’est votre petite amie la responsable de tout.
— Comment cela ? demanda-t-elle en tentant d’instaurer un peu d’espace entre son corps et le sien.
— Vous avez débarqué trop tôt chez Wasserman. L’opération avait été réglée pour qu’à votre arrivée vous découvriez l’appartement sens dessus dessous et le cadavre. Mais quelqu’un a changé l’heure du rendez-vous, et j’ai dû improviser.
Lara déglutit et adressa à Davis un regard suppliant.
— Steve.
— Ah, oui. Steve. Il se faisait une joie de dénoncer ses camarades.
Davis tâcha de ne pas regarder Lara. Il devait garder toute sa concentration. Découvrir de l’abattement ou de la terreur dans ses yeux risquait de le déstabiliser. Avec Ben en embuscade, le but était de recueillir autant d’informations que possible.
L’homme en face de lui était un tueur à gages. Autrement dit, quelqu’un le rémunérait, et il voulait savoir qui.
— Ceux pour qui vous travaillez voulaient éliminer Steve de la scène.
— Je n’ai qu’un employeur. Et il est très puissant.
Le sourire dont il le gratifia était si horrible, si venimeux, qu’il se réjouit que Lara et Mme Winston ne le voient pas.
— Mais il n’est pas votre problème. Votre problème, c’est moi.
Le gars avait changé son fusil d’épaule. Davis aurait parié qu’il travaillait maintenant pour lui-même. Son patron ne pouvait pas avoir voulu ce bain de sang, en plus des cadavres qui jonchaient la ville.
Sachant que son plan avait peu de chances de marcher, il tenta néanmoins le coup. Aux signes de lassitude et de nervosité que montraient les deux femmes, il sut qu’il lui restait très peu de temps.
— Donnez-moi son nom et partez. Je m’occuperai de lui, et vous pourrez disparaître avec l’argent.
— J’en attends toujours une partie. Et je ne l’aurai que lorsque le cas de Mlle Bart sera réglé.
Très mauvaise nouvelle. Cette ordure avait toujours une raison autre que la vengeance ou la colère pour s’en prendre à Lara.
— Si elle meurt, vous ne pourrez plus lui faire porter le chapeau pour vos assassinats, se hâta-t-il d’objecter.
— Vous êtes malin.
Assez malin pour avoir un plan d’urgence. En cet instant, Ben s’était faufilé par la porte arrière et glissé dans une alcôve hors de vue du tueur.
Davis desserra sa prise sur son pistolet, écartant les doigts comme s’il s’apprêtait à se rendre.
— Nous pouvons réfléchir à la question et trouver un arrangement.
— Mes arrières sont couverts, répliqua l’homme.
Il commença à reculer avec les femmes vers l’entrée de la cuisine, là où Davis voulait qu’il aille.
— Je ne travaille pas seul, précisa-t-il.
Une onde de panique parcourut le dos de Davis. Il y avait un autre acteur ? Dans la maison ? A nombre d’armes égal, il n’avait plus la même confiance en son plan. Il pouvait se jeter sur une femme pour la protéger, mais pas sur les deux.
— Vous d’abord, dit le tueur en agitant son revolver.
Pas question qu’il tourne le dos à ce type. Au lieu de cela, il traîna les pieds, l’index sur la détente de son arme. Alors qu’il pénétrait dans la cuisine, Ben lui apparut, les yeux plissés et la mine grave. Tant qu’il pouvait faire feu rapidement, Davis se fichait du reste.
Au moment où l’agresseur pivota pour le suivre dans la cuisine, Ben s’avança, son arme pointée devant lui.
Le tueur se fendit d’un sourire.
— Eh bien, il était temps ! Je commençais à croire que j’aurais à combattre seul M. Weeks.
— Ben ? s’étonna Lara.
Davis était aussi déconcerté qu’elle. Sa tête lui tourna tandis qu’il se passait en accéléré leurs actes et conversations de la veille. L’agent spécial était arrivé, et tout avait marché comme sur des roulettes. Il était trop bon pour être vrai.
En un clin d’œil, il prit sa décision. Sortant sa seconde arme, il braqua chacune d’elles sur les deux hommes.
Il crut entendre Mme Winston gémir, et l’expression choquée de Lara, sa pâleur de mort et ses yeux dilatés, lui firent détester Ben encore plus.
Celui-ci ne cilla pas.
— Il ment.
— Vous avez dit que vous l’attireriez ici, le convaincriez du sérieux de l’appel de sa voisine et lui offririez votre aide. Et ça a marché.
Le ton était ferme, convaincant. Soit l’homme était excellent menteur, soit Ben était complice. Davis balançait entre les deux. En attendant d’avoir arrêté son choix, il continua à tenir le duo en respect.
Ben secoua la tête.
— Il bluffe, Davis. Ne le croyez pas.
— Ce qu’il dit me semble très clair.
Il attendit un signe, n’importe lequel.
— Comment s’appelle-t-il ? demanda Lara.
L’assaillant resserra sa prise sur son bras. Elle étouffa un cri et ses jambes fléchirent.
— Je ne vous ai pas autorisée à parler !
Davis intervint avant qu’il ne puisse vraiment lui faire mal. Il apostropha le tueur, détournant son attention sur lui.
— S’il est celui que vous dites…
— Je n’ai pas à prouver quoi que ce soit, répliqua l’homme, avant de se tourner vers Ben. Laquelle voulez-vous ? La jeune ou la vieille ?
— Je prendrai la perdante.
Il y avait de la sincérité dans la voix de Ben. S’il était avec eux, il fallait qu’il agisse. Il détenait l’élément de surprise et pouvait mettre fin à cela. Malgré sa profonde méfiance, Davis voulait à tout prix croire en lui.
— Très bien, dit l’homme.
Attirant à lui les deux femmes, il les poussa en avant, recula d’un pas et un second revolver apparut dans sa main gauche.
A partir de cet instant, tout parut se dérouler au ralenti. Il leva ses deux armes et visa le dos de ses otages. La mâchoire de Ben s’affaissa. Dans la fraction de seconde qui suivit, il se mit en mouvement. Entourant Mme Winston de son bras gauche, il cala sa tête contre son torse et plongea en roulé-boulé tout en faisant feu. Malheureusement, cela laissait Lara sans protection. Mais Davis s’en était déjà occupé, lui faisant signe de se laisser tomber tandis que la pièce explosait dans un chaos de cris et de déflagrations.
Elle hurla lorsqu’il la percuta de côté, les projetant tous deux vers la cuisinière et les placards. Ils glissèrent sur le linoléum et terminèrent leur course contre la porte du four.
Des verres se brisèrent, des assiettes tombèrent, et des piles de livres s’effondrèrent. Alors que la balle de Ben touchait le tueur au flanc, Davis tira à son tour, le touchant au front. Les yeux de l’homme s’écarquillèrent tandis que son corps sursautait et partait en arrière. Il se cogna au mur, puis s’affaissa lentement, laissant une traînée rouge sur la peinture blanche.
Davis plaqua Lara contre lui pour lui épargner l’horrible spectacle. Elle poussa un cri dans son cou et s’accrocha à sa taille. Ils étaient comme soudés l’un à l’autre. Qu’elle soit en vie lui procurait un tel soulagement que ses mains se mirent à trembler, et il lui fallut un temps interminable pour vérifier qu’elle n’était pas blessée.
Lorsque l’écho des tirs retomba et que la fumée se dissipa, Davis vit Ben se dégager de Mme Winston, recroquevillée sous lui. A peine eut-il touché son cou pour tâter son pouls qu’elle battit des paupières et rouvrit les yeux.
— Vous faites partie des bons, alors ?
— Oui, répondit Davis. Il fait partie des bons.
* * *
Ils étaient de retour depuis moins d’une heure quand Ronald Worth se présenta à la porte du siège de l’équipe Corcoran. Il n’y avait pas de gardien, seulement lui, comme si c’était la chose la plus naturelle au monde. Il pressa avec insistance le bouton de la sonnette.
L’équipe l’attendait. C’est en revenant de Washington que Connor avait appris que Ronald les avait identifiés comme étant ceux qui s’étaient renseignés sur son passé. Il avait dû sauter dans sa voiture et suivre Connor de près.
C’était exactement ce qu’ils avaient voulu lorsqu’ils avaient ouvert la porte virtuelle assez longtemps pour qu’il puisse jeter un coup d’œil de l’autre côté.
Connor quitta l’écran des yeux et regarda Ben.
— Vous êtes sûr que c’est O.K. ?
L’agent spécial haussa les épaules. Il n’avait pas vraiment d’autre réponse à lui donner.
Ils savaient désormais qui était l’auteur des assassinats. Restait à découvrir lequel — à moins que ce ne fût les trois — les avait commandités. La méthode n’était pas parfaite, mais c’était la meilleure.
De son côté, Joel n’avait rien trouvé. Les paiements devaient être noyés dans les méandres comptables de la société de Nancy. Leur découverte demanderait du temps. Mais c’était une course de vitesse, et les traces pouvaient disparaître rapidement.
— J’ai été pris dans une fusillade. Lui parler sera facile, répondit Ben d’un ton qui manquait de conviction.
— Si vous le dites, marmonna Davis.
Il était appuyé à la table de conférences, un bras passé autour des épaules de Lara. Celle-ci n’avait pas bougé depuis leur retour, et tout le monde commençait à lui jeter des regards inquiets.
— Vous n’avez droit qu’à un essai, dit Connor pour la troisième fois.
Toute cette tension râpait les nerfs de Ben. Il avait été d’accord avec le plan, et à présent il devait se jeter à l’eau. Il savait qu’il prenait un risque — non pas physique, mais concernant son avenir. S’il appréciait l’inquiétude de l’équipe, il devait le faire. Dévoiler la conspiration avant que d’autres innocents ne le paient de leur vie.
— J’ai compris, répondit-il.
Davis hocha la tête.
— Alors, allez le chercher.
Avant de passer à l’action, Ben s’arrêta à la double porte, ignorant le troisième coup de sonnette.
— Davis ? Merci de m’avoir cru.
— Je suis heureux de ne pas vous avoir descendu avant d’avoir compris de quel côté vous étiez.
Ben acquiesça, puis s’engagea dans le couloir. Il ne s’aperçut que Connor l’avait suivi que lorsque ce dernier passa la main devant lui pour ouvrir la porte de l’entrée.
Les épaules du sous-directeur du NCIS s’affaissèrent.
— Ben, grogna-t-il d’une voix grave. J’aurais dû savoir que vous étiez derrière tout cela.
— Entrez, dit Ben en lui montrant le chemin vers la salle de conférences. Voici Connor…
Ronald se planta au milieu du couloir, la mine revêche.
— Je me fiche de qui sont ces gens. Je veux une explication, avant que j’appelle les autorités et vous fasse tous arrêter.
— Nous ne sommes coupables de rien, déclara Connor.
— Vous avez lu des rapports confidentiels.
— Vraiment ? Je crois que si vous vérifiez de nouveau vous serez confronté à un total manque de preuves.
Ben se fichait de ces détails. Que Ronald Worth ait l’aplomb de se dresser devant eux pour se plaindre d’une violation de documents après ce qu’il avait fait lui donnait envie de lui démolir le portrait.
— Votre tueur est mort.
Worth fronça ses épais sourcils.
— De quoi me parlez-vous ?
— De celui qui a assassiné Steve Wasserman, Greg Parker et Ken Dwyer.
Ben refusait d’entrer dans son jeu. Il avait vu un professionnel tenter de convaincre Davis et presque réussir. Davis avait beau le nier maintenant, il avait lu la victoire sur le visage du tueur et la souffrance sur celui de Lara. Cet instant de panique resterait gravé à jamais dans sa mémoire.
— Le même qui a été engagé pour couvrir une décision vieille de vingt ans, d’où a résulté la mort d’une jeune fille.
— Andrea McClintock, précisa Connor.
Le visage de Ronald se décomposa. C’était comme si la gravité avait tiré son masque vers le bas, révélant ses véritables émotions.
— Je ne…
— Je vous en prie ! le coupa Ben, excédé. La seule question qui se pose ici est : jusqu’où êtes-vous mouillé dans cette conspiration ?
— Je ne suis en aucune façon impliqué dans tout cela.
Ben sentit son humeur grimper en zone rouge. Il regarda le paysage ensoleillé par la fenêtre, songea à la chance qu’il avait eue de survivre à la matinée, mais même cela ne parvint pas à apaiser les battements violents de son cœur.
— Cette fille est morte.
— J’étais en voiture.
Voyant que tout le monde se taisait, Ronald poursuivit.
— J’ai fait monter Martin, Steve et Nancy, qui remontaient de la plage.
— Initiant ainsi un mensonge qui devait perdurer des dizaines d’années. Mais aujourd’hui quelqu’un ne veut pas qu’il soit rendu public, et Steve a menacé de vous exposer. Alors je vous le redemande : qui effectue les paiements ?
Ronald secoua la tête.
— Je ne sais rien de ce tueur dont vous me parlez.
— Mais vous aviez des soupçons, répliqua Ben en lui tendant un portable. Appelez Martin et dites-lui que vous venez le voir.
Ronald parut épouvanté à cette idée.
— Pourquoi ferais-je cela ?
Connor s’avança, saisit le téléphone et le colla sur sa poitrine.
— Parce que votre carrière est finie. Ce pour quoi vous jouez maintenant, c’est une chance de ne pas aller en prison.
Un silence plombé suivit la menace de Connor. Aucun des deux hommes ne bougea. Finalement, Ronald prit l’appareil et composa le numéro.
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